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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
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Derrida, l'art, l'oeuvre                     Derrida, l'art, l'oeuvre
Source (livre) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 11 janvier 2006

[Derrida, l'art, l'oeuvre]

Autres renvois :
   

Qu'est-ce que l'art?

   

Derrida, la peinture

   

Le cadre (parergon)

Derrida, le musée

                 
                       

Jacques Derrida a-t-il produit sa propre théorie sur l'art, voire sa propre esthétique? Il aurait probablement récusé l'une et l'autre. Toute théorie sur l'art, toute esthétique, relève du logocentrisme, du discours sur l'art dont il se tient à l'écart. Mais il n'était pas dupe. Quelles que soient les précautions prises, il savait que ce qu'il disait et écrivait sur la peinture, le dessin, voire la poésie ou le théatre, il savait que cela s'inscrivait dans une généalogie, une tradition (Platon - Kant - Hegel - Nietzsche - Heidegger - Benjamin - Bataille) dont il était le continuateur, voire le comptable tout autant que le déconstructeur. S'il n'a jamais payé tribut à l'histoire de l'art entendue comme savoir totalisant, il a écrit d'innombrables textes sur des oeuvres, sans négliger leur place dans l'histoire. Partant de ses propres vocables (différance, auto-affection, economimesis, parergon, subjectile), il a dérangé l'ordre du discours sur l'art et frayé une voie. Il a déblayé le chemin d'une autre approche.

 

- L'art, la différance et son arrêt (parergon).

Partons d'une formulation qui résume le point de vue de Jacques Derrida sur l'art, bien qu'il ne l'ait pas donnée exactement en ces termes : Il y a oeuvre d'art quand la différance est impossible à arrêter. Pour qu'il y ait oeuvre d'art, il faut qu'il y ait différance, il faut une tentative de l'arrêter, et il faut que cette tentative bute sur un impossible. Ce triptyque pourrait être l'une des façons de présenter la pensée derridéenne de l'art. L'oeuvre répand une énergie, un chaos qui entretient, ne serait-ce que par clin d'oeil, le battement de la différance. Il suffit d'un détail, et le processus est en branle : il commande la parole et aussi le silence. Puis il arrive que l'artiste se lasse ou s'épuise. Ça suffit! Il se protège en abandonnant l'oeuvre. Il la signe, il lui donne un titre. Il laisse des parerga : suppléments qui la délimitent et la cadrent, qui en déterminent la forme, mais restent fragiles. Il en résulte une stricture (un entrelacs qui ne suture pas). L'arrêt est indécidable, c'est un trajet, une pliure.

 

- Déconstruction.

La déconstruction est toujours à l'oeuvre dans l'oeuvre. Il suffit d'un rappel, d'un travail sur une pierre d'angle, d'une poussée marginale, et la force dislocatrice de l'oeuvre s'enclenche et lui fait dire autre chose que ce qu'elle dit. Elle se déconstruit elle-même.

 

- Qu'est-ce qu'une oeuvre?

Si Derrida conteste (peut-être) l'existence de l'art en-dehors du discours qui le supporte, il ne conteste pas qu'il y ait des oeuvres. Tous les arts sont des mises en oeuvre, et Derrida utilise couramment ce mot. S'agit-il pour autant d'oeuvre d'art? S'appuyant sur ses prédecesseurs, il se limite au constat presque empirique selon lequel, entre oeuvre et art, fonctionne une sorte de circularité. Impossible de s'interroger sur une oeuvre sans s'interroger sur l'art; et Derrida passe son temps à lire des oeuvres (et aussi à en écrire sans quitter les marges de la philosophie, qui pourraient être aussi les marges de l'art).

 

- De la production au retrait.

Pour qu'il y ait oeuvre, il faut un droit positif, des conventions, un système de référence, et il faut que ce système soit perturbé. L'oeuvre ne s'expose pas dans la certitude, mais dans la fragilité. Après l'acte du démiurge, vient son désoeuvrement. Avant toute interprétation, l'oeuvre invite à un acte de confiance, d'accueil du monde, mais c'est aussi une chose qui excède toute description et se passe de discours (comme khôra).

Une oeuvre est délimitée par un cadre, un titre, une signature (ou autre parergon). Elle est le lieu d'une tension, d'un espacement, d'une productivité inventive. Il est impossible de concevoir un art absolument non-logocentrique, si ce n'est à la place du dégoût.

 

- Rhétorique, interprétation, musée.

Toute oeuvre, même la plus silencieuse, même la plus abstraite, même la plus déconstructrice, même si elle coupe le souffle, est soumise à la parole. Elle doit la vérité et peut rendre intarissable. C'est son côté rhétorique, logocentrique. Les experts se l'approprient. Elle invite à parler, à interpréter, elle nous commande d'illustrer une vérité cachée. Nous sommes supposés avoir sur elle un droit de regard dont nous devons nous servir. Chacun contemple l'oeuvre, mais les regards ne se croisent jamais.

Le cartouche (ou cartel), la légende, le commentaire, le titre ou le modèle qui commémorent, décrivent ou expliquent la généalogie de l'oeuvre, commandent sa place dans un musée ou un lieu d'exposition. Mais l'autre face du musée, c'est que pour qu'une oeuvre y ait sa place, il faut qu'elle s'expose aux coups et à la différance.

 

- De la restitution à la surabondance.

Au commencement, la perte est irrémédiable. Nous avons l'expérience de la mort, de l'oubli. L'art est une intense familiarité avec un reste qui ne cesse de revenir. Les mots, les oeuvres sont des spectres. Le dessin, comme la peinture, part d'un manque. Il rend une chose, il la restitue dans ses droits ou sa vérité. A partir d'un frayage invisible, il remplace la vision courante. Mais la perte subsiste. L'oeuvre ne rétablira jamais le passé dans sa présence. Elle ne répondra pas à la question posée. Elle perpétuera la blessure qu'elle répare (Artaud). N'étant pas sûre de sa propre possibilité, elle procèdera par suppléance ou supplémentation, sans résoudre le manque initial.

Au commencement de l'image, il y a la ruine [d'un présent perdu, d'un signataire disparu]. En traçant une figure, un cadre ou un trait autour de ce qui se disjoint ou se disloque, la peinture se tend, compose avec l'invisible, maintient ensemble. Se sacrifiant elle-même, elle fait don d'une bénédiction. Ce qu'elle rend dépasse et déborde ce qui faisait défaut.

 

- Evénement, subjectile, pictogramme.

L'oeuvre est un événement apocalyptique. Pourquoi apocalyptique? Parce qu'elle fixe un certain moment, un temps d'extase qui est aussi un commencement, le début d'un cataclysme. Un drame va se produire. Il est irréductible à tout cliché, y compris celui de l'authenticité. Comme toute naissance, cet événement est unique, il ne se laisse pas répéter. Il fait du matériau un subjectile : un fond sans fond qu'affectera la différance. Il surprend radicalement, sans se laisser classer dans aucun genre, comme le pictogramme d'Artaud. Il n'a pas d'histoire. La portée de cet oeuvre-événement tient à la tension qu'il entretient aux bornes du discours.

 

- Duplicité.

Le mur d'église, le musée, l'oeuvre d'art, ont un point commun : leur duplicité. Une oeuvre est un coup porté, une attaque. Il faut qu'elle contribue à détruire les conventions établies (sans quoi ce n'est pas une oeuvre). Mais dans le même temps elle s'institue, elle se fait oeuvre. C'est pourquoi, malgré ses imprécations, Antonin Artaud a été accueilli au MOMA, ce lieu de trahison, ce subjectile seul capable de sauver sa dissonance, de la garder, et aussi de la relever.

 

- Auto-affection, mouvement.

Se laissant contaminer par des citations externes dont elle répète en elle la pliure, s'écartant d'elle-même, indépendamment de son référent, l'oeuvre declenche un mouvement. Cette capacité mystérieuse, ouverte, infinie que Derrida appelle auto-affection, nous l'expérimentons aussi dans la voix et le temps. Aucun père n'en répond.

Une oeuvre affecte ce qui fonctionne pour moi comme scène primitive. Sa tension tient mon désir en arrêt, me force à changer de peau. Je me plais à la contempler. Je fais le deuil de mes comportements habituels, je m'en désintéresse - j'accède ainsi à cet objet indivisible, que rien n'affecte du dehors, l'oeuvre d'art, qui se reconnaît et se garde elle-même.

 

- Economimesis.

L'oeuvre ne fournit rien d'échangeable. Elle est pure productivité, elle donne dans un jeu gratuit d'imitation, toujours plus, sans salaire autre qu'elle-même, sans limite à toutes les substitutions possibles. Dans cette liberté qui est celle attribuée à l'art, l'humanisme est réaffirmé. Un marché devient possible.

 

- Le beau.

Derrida radicalise la définition kantienne de la beauté. L'objet beau n'a ni finalité, ni but. Nous restons bouche bée devant cet abîme. Une esthétique est celle d'un manque, d'une ruine (ce qui reste après une crue, un déluge qu'on a réussi à contrôler à grand peine). Devant cela nous faisons l'expérience d'un non-savoir, d'une coupure que les mots ne peuvent définir. Nous produisons l'objet beau. Affectés par lui, nous nous plaisons à l'éprouver comme tout-autre.

On voit la bonne forme, elle s'impose à nous, mais la beauté elle-même, on ne la voit pas.

 

- Les discours sur l'art et la vérité.

L'histoire de l'art distingue des genres : la peinture, la photographie, la musique ou le cinéma. Ces subdivisions, comme tous les couples d'oppositions, appartiennent à une tradition dominée par la distinction forme/matière. L'oeuvre déborde et transgresse ce type de distinction. Elle met en mouvement. Elle nous doit une ou des vérité(s) qui ne sont pas celles de l'académisme. A partir de l'oeuvre, plusieurs discours sur l'art sont possibles : stricture tournée vers le dedans, laçage traversant le dehors et le dedans, sériature tendue vers le dehors.

 

- Le tout-autre, son spectre.

Il y a dans l'art une dimension étrangère au discours, quelque chose d'énigmatique, d'irréductible et inassimilable, une mise en abyme où l'incertitude est infinie. Par sa date, sa signature, sa singularité indéchiffrable, l'oeuvre se met hors de portée. Elle se détache du sujet. Le voile qui nous en sépare est indéchirable.

Dans l'art revient le spectre de l'origine. Il en est l'expérience, à travers ces mots, ces marques ou ces traits qui se présentent comme tels.

Le tout-autre hante l'autoportrait dont le signataire, le plus souvent déjà mort, n'a laissé que cette trace d'une présence impossible. S'il en appelle à la mémoire, c'est avec d'autres voix ou plus exactement des voix autres, toujours déjà à l'oeuvre dans l'oeuvre. Cette mémoire n'est pas intériorisante, mais déconstructrice. Mettre en oeuvre, c'est circoncire.

 

- Texte.

Une oeuvre est un texte et se rattache, elle aussi, au texte général. Sous cet angle (mais seulement sous cet angle), elle est appropriation, sélection et choix de mémoire, comme l'archive.

 

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Propositions

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Une "pensée derridéenne de l'art" articule autour de ses propres concepts - différance, auto-affection, économimesis - le rapport au tout-autre

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Tous les arts sont mis en oeuvre

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[Il y a oeuvre d'art quand la différance est impossible à arrêter]

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Dans l'art se révèle, par auto-affection, le cercle ouvert, infini, de la différance

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Dans le dessin d'art, un "clin d'oeil" entretient le battement de la différance

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Une oeuvre d'art préserve un fonds indéterminé, un espace vide où la différence, tremblante, est mise en mouvement

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Cinéma et psychanalyse témoignent d'une seule et même mutation : un détail ouvre la différance

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[Exposer une oeuvre, l'archiver dans un musée et dans l'histoire de l'art, c'est l'ex-poser aux coups et à la différance sans lesquels il n'y a pas de regard]

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La salle de théatre, arrachée à soi par le jeu et les détours de la représentation, déchirée par la différance, multiplie en soi le dehors

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Il y a dans l'oeuvre d'art une double mise en demeure : celle qui commande le silence, et celle qui commande de parler

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[Signer un texte ou une oeuvre, c'est trancher proprement, l'arrêter, en faire une chose]

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L'oeuvre est un chaos de lave rouge qui durcit sauf à ne pas coaguler

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La logique de l'oeuvre d'art est celle de la stricture : entrelacer la différance sans la suturer

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Ce qui fait oeuvre, c'est l'arrêt de la série, la séparation de corps : ça suffit!

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[Derrida : Il faut un parergon pour donner lieu à l'oeuvre (ergon) et se protéger de son énergie (energeia)]

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Une oeuvre peut être vue comme événement d'auto-affection de la scène primitive

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Tout commence dans le pli de la citation

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Une oeuvre d'art se détache de sa portée subjective

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Il faut à l'oeuvre une forme circoncise : changer de peau, l'arracher, la greffer, la contourner, tenir le désir en arrêt entre deux mouvements au-delà du cercle

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Le "plaisir désintéressé" produit par l'objet beau ou sublime est un "se-plaire-à" : une auto-affection purement subjective

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Le beau est une structure d'hétéro-affection pure : auto-affection affectée de l'objectivité pure du tout-autre

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Dans le jugement esthétique, l'hétéro-affection la plus irréductible habite l'auto-affection la plus close

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La date opère toujours comme un schibboleth : elle manifeste qu'il y a de la singularité chiffrée, irréductible au concept et au savoir

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Le privilège de la parole poétique dans l'art tient à un travail de deuil qui transforme l'hétéro-affection en auto-affection

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L'oeuvre n'est divisible que par elle-même, rien ne l'affecte du dehors, jusque dans la dissémination de sa lignée

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Un art ouvre l'incertitude infinie du rapport au tout-autre

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La peinture dans son milieu abstrait (le mur du musée) se détache doublement, comme produit et comme oeuvre : double marque de pliure et de dissémination

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L'art est une certaine expérience de la langue, de la marque et du trait comme tels

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Au-delà de tout genre, l'art suppose, dans un espace quasi-transcendantal, l'éloignement de tout référent perceptible

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Le subjectile (jeté/jetant) se fonde et s'institue dans le mouvement où il devient le support de l'oeuvre

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De la déconstruction, il y en a toujours à l'oeuvre dans les oeuvres - elles se déconstruisent elles-mêmes

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Khôra est le lieu où la peinture se fait oeuvre

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La littérature ou l'art sont souvent porteurs d'une déconstruction générale à quoi résistent les appareils conceptuels

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L'art n'est peut-être qu'une intense familiarité avec l'inéluctable originarité du spectre

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Avec la reproduction photographique, la valeur d'unicité et d'authenticité de l'oeuvre d'art se trouve déconstruite et cesse de dissimuler le politique comme tel

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La peinture rend, restitue, réajuste ou complète ce qui s'est retiré, hors d'usage, hors du tableau

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Si la déconstruction est toujours déjà à l'oeuvre dans l'oeuvre, il suffit de faire oeuvre de mémoire pour savoir déconstruire

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[Hypothèse de Jacques Derrida : "Dans le dessin ou dans la peinture, il s'agit de restituer la vue par suppléance, supplémentation ou substitution"]

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Par la force du trait, le disjoint fait oeuvre

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Il y a dans l'écriture ou le dessin un "rendre la vue" : don, surabondance, reconnaissance qui précède le savoir, recevoir avant de voir, bénédiction

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Dans toute oeuvre, il y a un sacrifice

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L'art promet d'être fidèle à un passé qui le préoccupe, mais qui ne se laissera jamais ranimer dans l'intériorité d'une conscience

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Ce qui fait oeuvre, c'est que les regards des lecteurs/spectateurs ne se croisent pas

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Le trait du dessin est comme un Dieu invisible qui se retire pour laisser place à la figure

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Au commencement de l'image, il y a la ruine

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A un moment, le démiurge platonicien ne fait rien, et c'est ce désoeuvrement, cette destitution ou cette mort symbolique qui fait oeuvre

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Le subjectile, fond sans fond, se retire à l'infini derrière les figures, mais jamais complètement : il y a toujours plus de fond, de la figure vient en plus

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Avant toute perspective, avant que tout trait soit tracé, un frayage invisible hante le dessin (aperspective originaire)

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Tout dessinateur est aveugle, ou sinon c'est l'opération du dessin ou le dessin lui-même qui compose avec l'invisible

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Il y a dans tout dessin d'aveugle un autoportrait du dessin dans son origine, qui spécule sur sa propre possibilité

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Une oeuvre [d'art] exhibe son propre manque : en cela elle se suffit à elle-même et se déborde, se supplémente

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Le dépareillé induit à penser la vérité de la paire, tout comme le hors d'usage exhibe l'utilité, et le désoeuvrement expose l'oeuvre

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L'argument des deux-souliers de Van Gogh, c'est que la paire, fétichisée, rive à l'usage, tandis que le dépareillé oeuvre selon la logique du parergon : il met en mouvement

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L'oeuvre [d'art] suppose un acte de confiance, d'accueil du monde, qui engage dans la langue et le discours

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La chose que vous regardez [l'oeuvre] n'a que faire de mon discours et s'en passe fort bien

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Toute description d'une oeuvre d'art requiert de nouveaux suppléments descriptifs - que n'épuisent ni le discours sur l'art, ni les cartouches

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Ce qui est commun à l'écriture et à la peinture, c'est que devant le tribunal du logos, elles se révèlent impuissantes à répondre aux questions

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Quiconque écrit sur des arts sans voix (peinture, sculpture, musique) est mis en demeure d'adresser des mots, mais à qui?

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La peinture se passe de langage, demeure hétérogène au discours et lui interdit tout surplomb

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C'est comme s'il y avait deux peintures dans la peinture : l'une coupant le souffle; l'autre volubile, intarissable, reproduisant un vieux langage

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L'oeuvre photographique est photographie de photographie, mise en abyme, livre sans mot, sans énoncé, et même sans image

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Nous sommes, nous qui parlons, l'inutile illustration de l'oeuvre

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La mimesis s'apparente au "pharmakon"

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L'art participe d'une economimesis : économie pure où le propre de l'homme se réfléchit dans sa productivité

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L'economimesis est une économie générale où la voix (la parole, la poésie ou l'art) donne sans recevoir d'autre salaire qu'une surabondance infinie

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Il faut lutter pour faire survivre les oeuvres en fonction de leur force, leur nécessité, leur génialité, leur inventivité productive, dans un espace public ouvert au-delà de l'espace national

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Quand on s'interroge sur l'art, on ne peut pas échapper à une circularité : l'art existe par les oeuvres, et les oeuvres par l'art

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Une oeuvre est un événement apocalyptique : à la fois mise en ordre et ruine

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Dans une oeuvre photographique, à la différence de ce qui se passe dans toute autre image, l'histoire ne précède pas le récit

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"Pictogramme" : cet oeuvre dans lequel la peinture, le dessin ou l'écriture ne tolèrent la paroi d'aucun partage - entre arts, genres, supports ou substances

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Le subjectile est le corps unique de l'oeuvre, en son premier événement, qui ne se laisse pas répéter

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Le "parergon" est un supplément à l'oeuvre d'art, ni intérieur ni extérieur, qui la délimite, la cadre et la borde

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Un cartouche est un acte d'écriture discursive, archive ou document testamentaire qui commémore, explique, décrit, raconte l'histoire ou la structure d'une oeuvre

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En tant que parergon (ornement), le cadre d'une oeuvre d'art est appelé comme un supplément depuis le manque de cela même qu'il vient encadrer

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L'oeuvre se reconnaît, se garde et se regarde, non sans ironie, par les cartouches et parergon qui la cadrent

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Le parergon est atopique : ni oeuvre, ni hors d'oeuvre, il dérange l'ordre du discours sur l'art et donne lieu à l'oeuvre

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Dans l'oeuvre d'art, la vérité du cadre est sa parergonalité : il construit (fixe les formes et les oppositions), mais il est fragile (supplémentarité)

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Ce qui fait oeuvre est une perturbation dans le système normal de la référence, en rapport avec les limites et le jeu du cadrage

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Le cartouche (texte accompagnant une oeuvre) inscrit le récit selon lequel l'oeuvre a un père et une généalogie

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La main d'Adami (ou chez Adami) a pour fonction d'arrêter l'oeuvre : c'est elle qui fait de lui un artiste

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L'oeuvre devient oeuvre à partir du moment où l'espace occupé, investi, structuré par la jouissance de l'artiste, est abandonné

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L'objet-texte [livre, oeuvre] est le reste d'une pliure qui déchire l'hymen, laisse le texte vierge et intact le secret

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En espaçant le cadre, le passe-partout laisse paraître l'oeuvre

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Un titre est le nom propre d'une oeuvre ou d'un texte qui, en étant dedans et dehors, garantit conventionnellement son identité

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Tout titre est pris dans la structure parergonale d'un cartouche : une performance sans présence qui produit l'oeuvre

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Le cartouche, lieu du titre et de la signature d'une oeuvre, est une performance qui, elle aussi, n'a lieu qu'une fois - mais s'augmente aussitôt jusqu'à l'arrêt

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["Je vous dois la vérité en peinture" : par ce contrat de vérité, les limites du cadre sont transgressées, le tableau est débordé]

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Un art impossible à arraisonner ne se laisserait ni questionner, ni nommer : comme celle du tout-autre, son énergie resterait inassimilable et absolument refoulée

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Un art non-logocentrique occuperait la même place que le dégoût : insubstituable, irreprésentable, innommable, impossible à arrêter, même par le mot qui le désigne

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Tout musée d'art classique et contemporain fonctionne à la gloire et sous la commande du cartouche

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Rendre une oeuvre accessible, c'est soumettre une interprétation à une interprétation

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N'importe qui a "droit de regard" sur une oeuvre : il peut lui prêter des voix, l'interpréter, la développer, en raconter la perspective

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L'archive est appropriation violente, prise de pouvoir, et c'est aussi une oeuvre

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L'oeuvre surgit et reste toujours devant la loi

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Une oeuvre (ergon) est un "pharmakon" dont aucun père ne répond - comme l'écriture

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Le musée est l'un des pouvoirs d'une machine culturelle, sociale, policière et métaphysique de spéculation d'Etat sur les marchés, de fondation, de légitimation et de canonisation

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Pour dire la vérité de l'oeuvre, le savoir académique se l'approprie, s'y identifie, la restitue au code en excluant son extériorité

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[L'oeuvre d'art est un acte de maladresse volontaire, un coup dissonant que redouble une consonance qui la fait vivre et survivre]

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Ce qui fait oeuvre, c'est l'arrêt du trajet, l'apaisement du subjectile, l'interruption d'un jet qui garde la trace d'une brûlure mais donne consistance à ce qu'il attaque

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Comme le mur d'église, le musée est un subjectile : lieu d'accueil et d'accumulation qui garde la discordance, la relève et la sauve dans une consonance

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Chaque geste, chaque mot d'Artaud a une double valeur : perforer-blesser-détruire / réparer-cicatriser-faire oeuvre

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Une ruine devient belle après le passage d'une crue, d'une surabondance qu'elle a emmurée

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Le beau tient à quelque effet parergonal : les Beaux-Arts sont toujours du cadre et de la signature

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La beauté libre s'expérimente par une coupure pure, un "sans" sans finalité qui ouvre le jeu

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La beauté est l'expérience d'un non-savoir irréductible : il y a dans l'objet la trace d'une absence

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La trace du "sans" est l'origine de la beauté

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Pour qu'il y ait sentiment de beauté, il faut que l'objet beau soit coupé de son but; devant cet abîme, nous restons bouche bée

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On ne voit jamais la beauté, et pourtant il y en a, et c'est beau

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Le beau se dit d'une opération subjective qui est passage à la limite entre l'acte producteur et le produit

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Au point critique de la bonne forme, il y a extase : dans la pointe suspendue d'un instant, l'artiste atteint une acmé

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La bonne forme est une conquête de l'espace, elle l'investit, elle le maîtrise, elle s'en empare avec violence

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Tous les discours philosophiques sur l'art le subordonnent à la voix, à la parole, au logos

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Kant construit le concept d'art à partir de la liberté pour réaffirmer le privilège absolu de l'humanisme

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Trois discours sur l'art s'entrelacent : la stricture bien serrée dans un laçage; le lacs qui traverse et disloque les jointures; la série qui supplémente, transforme et détache

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Depuis Kant, le manque est le cadre de toute théorie de l'esthétique

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On a inventé avec le cinéma, il y a un siècle, une expérience sans précédent de la croyance : la spectralité, qu'aucun art ne peut plus ignorer

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L'autre du portrait reste irréductible, il résiste à toute intériorisation, subjectivation, idéalisation

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L'autoportrait, comme n'importe quel dessin, paraît toujours dans la réverbération d'une autre voix ou de plusieurs voix qui en appellent à la mémoire

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Il y a marché de l'art car, l'oeuvre étant détachée de tout référent, il n'y a pas de limite à la surenchère substitutive

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La peinture de Valerio Adami est, comme le travail de Jacques Derrida, un texte

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Chaque oeuvre d'Adami est une scène; le dessin s'arrête au moment où va se produire un événement, un drame

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La circoncision, on peut la mettre en oeuvre : c'est aimer l'autre absent (le prépuce)

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La parokhet (voile qui séparait le "Saint" du "Saint des Saints") est une oeuvre double : vers le seuil, elle est faite par un artisan; vers le secret, elle est inventée par un artiste

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Je vous dois la vérité en peinture, et je vous la dirai

Jacques Derrida ŕ Ris-Orangis en 2004

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