| Le mot "espacement" a, chez Jacques Derrida, le statut d'un concept. Espacer, c'est mettre de l'écart, interposer. Un autre mot de la langue désigne ce processus : entre. Quand il y a de l'entre... (ceci et cela), il y a de la différence et de la dissémination, même sans sujet, même sans présence. L'archi-écriture est un espacement.
Rien ne vient commander l'espacement. Il ne se fait depuis aucun centre, aucune place préétablie, pas même Khôra. Il indique l'altérité. Sans ce devenir-espace, cette différance irréductible, le passage entre parole et écriture serait impossible.
Le spacieux est ce mouvement qui, par espacement, institue l'espace. L'écart, encadré par une structure ou stricture, se fige.
Derrida développe tout un lexique de l'"entre" : l'hymen, le supplément, la différance, etc... Entre-deux, il y a écart, mais aussi suspension des différences.
Freud appelle cela des frayages : un retard originaire, plus temporel que spatial, qui expose la pensée à l'éloignement, à la distanciation. Le symbole de ce retard est Oedipe, qui ne devient aveugle qu'après-coup.
Le Contemporain joue sur l'espacement pour maintenir des écarts irréductibles. On le trouve dans les télé-technologies, le surréalisme, tout ce que nous appelons l'espace vocal.
Une des particularités du peuple juif est qu'il s'interpose entre la voix et la lettre. Ainsi certains retraits maintiennent-ils à jamais l'espacement. |