| Ecrire, au sens de l'écriture courante, logocentrique, c'est publier pour un interlocuteur dont la personne est absente mais qui, en principe, est présent pour un dialogue. Ce genre de livre donne l'illusion d'une totalité signifiante, linéaire. Pour qu'il vienne à l'être, il a fallu rendre illisible la plus vieille écriture [l'archi-écriture], celle de la différance qui subsiste dans certaines interrogations, comme celle de dieu quand elle n'appartient à aucun livre. Un premier livre (mythique) a fait disparaître la parole vive.
Quand l'humanisme, la raison et la science sont mis en question, les normes d'écriture et de lecture se disloquent. On rejoue la scène des Tables brisées. Un autre texte advient, ouvert, où se disséminent des restes du hors-livre que Mallarmé avait pressenti (le Grand Livre) [et aussi Edmond Jabès]. Les textes lus s'y consument. Dans la turbulence générale, le livre se plie ou se roule, mais ne se ferme pas. Il se lit (au hasard) sur la tranche ou les marges. Il n'implique ni sujet, ni énoncé, ni même des mots : comme un livre de photographies. C'est un troisième, voire un quatrième livre.
Les nouvelles pratiques n'impliquent pas la mort du livre, mais mettent en question son unité.
Ecrire peut aussi se comparer à une auto-chirurgie.
|