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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, marque, re-marque                     Derrida, marque, re-marque
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 19 juin 2008

[Derrida, itérabilité, marque, re-marque]

Autres renvois :
   

Derrida, reste, restance

   

Derrida, écriture, archi-écriture

   

Derrida, date et signature

Derrida, le nom

                 
                       

La structure de la marque est décrite dans une "communication" faite lors d'un colloque de 1971 dont le thème était, justement, "la communication". Selon Derrida, ce qui passe dans "la communication" n'est pas un sens, mais une marque. En émettant cette marque, l'émetteur l'abandonne. Il la laisse à un destinataire qui, lui aussi, peut être absent. La marque ne sera réitérée que dans un autre contexte, imprévisible et hétérogène, dans lequel l'intention initiale de l'émetteur (son vouloir-dire) aura été perdue. Dans son fonctionnement, la structure de la marque ne diffère pas de l'écriture. Quand elle se re-marque, la marque est orpheline. Elle est ce qui reste d'une opération initiale, d'une production ou d'une prétendue origine dont on ne peut rien dire car, justement, la marque en surgit, coupée du référent ou du signifié initial. C'est une incision, une blessure, une rupture, et la conscience elle-même en est brisée.

La marque ne se reproduit pas identique à elle-même. Chaque répétition étant distincte de la précédente, elle altère ce qu'elle paraît reproduire, elle transgresse le code ou la loi qu'elle répète. Elle n'est pas une simple citation, mais une itération. L'itérabilité est en rapport essentiel avec la déconstruction. Elle ouvre un (ou des) monde(s). C'est une loi qui ne laisse intact aucun système d'oppositions, une structure au statut étrange qui soustrait le langage à tout fondement logique.

La re-marque est une pliure sur soi. Inscrite dans le corps, elle fait habiter la langue. Elle engage sur un chemin, dans une marche où le proche et le lointain s'entrelacent, un mouvement de démarquage que Derrida décrit par la séquence : marque, marche, marge. A partir de ces répétitions, l'idéalité est rendue possible.

Une marque secrète reste indéchiffrée, encryptée, comme un schibboleth. Mais en tant qu'écriture, un autre pourra toujours la déchiffrer. Elle rompra les attaches, se transformera en force de dissémination. En-dehors de son contexte initial, elle opèrera comme parasite, citation, greffe, signature ou nomination. Dans des machines d'écriture comme celles de James Joyce ou dans d'autres oeuvres dites d'art, la marque revient et nous hante.

Les objets, les mots, les signifiants, les inventions que multiplie la modernité, les oeuvres ou les tableaux ont un double sens. Ils s'inscrivent dans un système d'oppositions (première marque); et ils transforment ce système (seconde marque). La déconstruction opère sur cette double marque.

Dans l'archive, la marque s'inscrit comme telle. Elle se fait science et loi. Dans le corps, elle s'inscrit par la langue et aussi par des rites comme la circoncision, cette blessure-cicatrice à la fois intime et extérieure qui continue l'alliance [marque] mais rompt avec l'horizon de sens initial [remarque].

 

 

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Propositions

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Dès sa naissance, l'écriture est orpheline, coupée de l'assistance de son père, abandonnée par l'auteur-scripteur à sa dérive

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Loi de l'itérabilité : il est interdit et illégitime d'exclure ce qui vient brouiller, parasiter ou hanter la simplicité des oppositions alternatives

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Toute marque, fût-elle orale, est un graphème : ce qui reste d'une coupure qui l'a séparée de son référent ou de son signifié d'origine

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Dans la structure de la marque, la possibilité de l'absence du récepteur est toujours inscrite - elle contamine toute parole et toute écriture

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La structure de la peinture est "restante" : ce qui y revient n'est ni une vérité, ni une présence dans la représentation, mais une marque

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La conscience intentionnelle n'est pas indivisible; elle est structurée a priori par l'itération, qui y introduit une brisure essentielle

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La possibilité de prélèvement ou de greffe citationnelle appartient à la structure de toute marque, parlée ou écrite

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Une certaine pratique de l'itération, à ne pas confondre avec la citation, altère aussitôt ce qu'elle paraît reproduire : "Quelque chose de nouveau a lieu"

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Une date est une blessure, une entaille, une incision, une marque que le poème porte en mémoire dans son corps

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Une écriture est une marque déchiffrable par un autre : elle est constituée par son itérabilité

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L'itérabilité transgresse le code ou la loi qu'elle constitue; elle inscrit a priori, de façon irréductible, l'altération dans la répétition

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La signature requiert un "oui" plus vieux que le savoir, un oui qui, derrière chaque mot et même sans mot, confirme le gage d'une marque laissée

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La marque ne va jamais sans son redoublement : re-marque qui répète le premier mot, le signe et le nomme

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L'absence remarque d'avance la marque; une re-marque qui fait étrangement partie de la marque

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La pliure est une auto-affection : chaque pli déterminé se plie à figurer l'autre et à re-marquer ce pli sur soi de l'écriture

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La restance n'est ni présente, ni absente; c'est ce qui, dans la structure d'itérabilité, conditionne le surgissement de la marque

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La déconstruction a une structure de double marque (double lecture, double écriture et double science) : l'une intérieure au logocentrisme (système d'oppositions), l'autre extérieure

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La peinture dans son milieu abstrait (le mur du musée) se détache doublement, comme produit et comme oeuvre : double marque de pliure et de dissémination

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La dissémination est la force qui permet à une marque de rompre son attache avec l'unité d'un signifié et de défaire l'édredon du symbolique

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Tout rapport à un tableau implique un mouvement double de rapprochement et d'éloignement, de marque et de marche (Fort/Da)

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Le liminaire (marque, marche, marge) se lit de la dissémination, comme une préface

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Pas plus que le parasite, la greffe n'est étrangère au corps sur lequel elle est entée; elle le hante d'avance

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Avant tout discours, l'expérience de la marque articule dans la langue, à même le corps, les traumas singuliers et la structure désappropriante de la loi (re-marque)

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Dans le fantasme d'incorporation, des forces muettes installent violemment dans le Moi des marques parasitaires, secrètes, encryptées

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Schibboleth, signal d'appartenance, nomme toute marque insignifiante inscrite dans le corps pour habiter la langue

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Schibboleth est la marque chiffrée du pouvoir différentiel que nous partageons avec l'autre

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Le rite est un trait structurel de toute marque : il est itérable, et son succès dépend d'une cérémonie

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L'itérabilité, qui déplace et déjoue les limites oppositionnelles, est en rapport essentiel avec la force de déconstruction

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L'itérabilité de la marque ne laisse intacte aucune opposition; elle porte en soi son autre, sa re-marque qui la parasite et lui interdit de sa rassembler auprès de soi, de se réapproprier

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La structure d'itérabilité soustrait le langage à tout fondement logique ou assise philosophique

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Comme celui de la différance, le concept d'itérabilité a un statut étrange : c'est une autre sorte de concept, un "quasi-concept" hétérogène au concept philosophique du concept

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Ce n'est pas l'idéalité qui rend possible la répétition (comme le croit Husserl) - c'est la possibilité des actes de répétition qui constitue l'idéalité

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L'invention est comme une marque ou une trace : un mouvement de différance et d'envoi, dans lequel se loge la possibilité d'une récurrence

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L'événement d'écriture de Joyce, c'est que la marque fait loi : son contenu essentiel est la lettre inaudible, imprononçable, intraduisible

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Dans son mouvement même, la science consiste en une transformation des techniques d'archivation, impression, inscription, formalisation, chiffrage et traduction des marques

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Circoncision, je n'ai jamais parlé que de ça : limites, marges, marques, clôture, anneau, alliance, don, sacrifice, écriture du corps, pharmakos, coupure, ...

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La circoncision est l'archive et la marque intime d'une inscription extérieure, survenue à même le corps propre

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L'art est une certaine expérience de la langue, de la marque et du trait comme tels

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