| La restance de Jacques Derrida est moins connue que la différance. Dans les deux cas, une productivité active est en oeuvre, qu'il est impossible de réduire à un discours, à un sens ou à une parole. A l'intérieur même du texte, une autre loi, une extériorité laisse un reste inéliminable. Il se dissémine, comme une lettre jetée au vent, sans destination ni trajet propre. Le discours tend à le domestiquer, à le sublimer, à le reconduire dans un système, mais il se dérobe.
Exemples de restance : la khôra qui est une restance infinie. Ou encore : le dessin qui, mettant à mort son modèle, produit sa propre origine comme un reste : le trait d'une jouissance. Ou encore : les Vieux Souliers aux lacets de Van Gogh, hors d'usage et abandonnés, et pourtant oeuvre d'art. Ce qui revient dans la peinture n'est pas une présence, mais un reste.
Toutes les oppositions, y compris entre l'originaire et le dérivé, commencent là.
Ce thème peut être rapproché du rechimou cabalistique, une des étapes de la création, quand Dieu vide un point sans le laisser complètement vide. Il faut des restes disparates, dissymétriques, pour que le monde se diversifie.
Derrida habite un reste : Ce qui reste de judaïsme (de et non pas du). |