| Il faudrait faire la généalogie de la trace. Derrida dit l'avoir empruntée à Lévinas, mais elle a d'autres sources, dans la philosophie et en-dehors. Même si le concept derridéen (l'archi-trace) lui appartient aussi spécifiquement que la différance ou la déconstruction, il n'a pas les mêmes soubassements.
La trace est originaire, mais elle a disparu (comme la trace mnésique de Freud). Elle n'existe plus, sauf comme espacement, écart, mouvement dynamique qui ouvre l'extériorité - trace qui trace. Elle est dans le monde, dans un dehors irréductible, inexpugnable, scellée, innommable, une archi-écriture où elle reste hétérogène. Elle nous confronte à l'angoisse de la disparition. L'histoire du logocentrisme se confond avec celle de sa réduction.
Dès la première trace, le texte est double.
Elle peut s'instituer, se constituer en système de renvois, en espace-temps. C'est là que nous habitons, dans des limites temporelles, mais ce système n'est jamais totalement présent. Il procède, lui aussi, de l'extériorisation. Il renvoie à l'absence, il annonce le tout-autre.
Au départ, Derrida opposait la voix et la trace. La voix réduit l'extériorité de la trace, elle subordonne la lettre au discours, elle abrite le sujet dans la présence, tandis que la trace est incompatible avec la présence. Mais il a atténué cette opposition, jusqu'à l'effacer quand la voix est devenue spectrale. Laisser venir la trace, ce pourrait être aussi laisser revenir d'autres voix, au-delà de certaines oppositions discursives.
Au cinéma, la trace survit par l'image et la parole. |