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Logocentrisme                     Logocentrisme
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 14 septembre 2005.

La suspension de la voix

[Logocentrisme, phonocentrisme ou phallocentrisme : l'époque de la phonè ou de la voix selon Jacques Derrida]

La suspension de la voix Autres renvois :
     

Sur le logos

     
     
 
                   
                         

Le logocentrisme est le sol à partir duquel nous écrivons tous, y compris celui qui en a développé le concept, Jacques Derrida. Sans logocentrisme, il n'y aurait pas de philosophie (mais il y aurait quand même de la pensée). Sans logocentrisme, il n'y aurait ni idée, ni technique, ni même, peut-être, d'objet. L'être serait éloigné du sens et la voix irréductible au langage. La présence à soi n'aurait rien d'évident. La vérité ne s'opposerait pas à l'apparence. On ne serait pas à la recherche d'un signifié ultime.

Le logos n'est pas universel. Il a une histoire au croisement de la société et de la métaphysique. Il repose sur un système de la parole où la parole parle d'elle-même. Elle s'appuie sur la présence du père, sur sa voix idéalisante et phonétique. Elle passe par l'écriture alphabétique, dans une époque qui efface le signifiant. Sa vérité est circulaire : comme la logique, elle revient au père mort. Le mot même de signifiant y reconduit.

Pour rendre le logos possible avec son corrélat, la soumission à la loi, il a fallu inverser, par le graphème (écriture phonétique), la logique du supplément (pharmakon). Toute écriture, même phonétique, étant porteuse de ce supplément parricide, la présence pleine du logos est impossible.

Le logocentrisme est un phonocentrisme et aussi un phallogocentrisme : une articulation entre voix, phallus et logos que Lacan a mise à jour dans sa logique du signifiant. La foi en la puissance du signifiant, en sa capacité de calcul, redouble la fécondité sacro-sainte du vivant.

Nous commençons aujourd'hui à considérer l'époque du logocentrisme de l'extérieur car elle se disloque, elle va vers sa fin. Même si le vococentrisme est plus exacerbé que jamais, le sol se dérobe, l'écriture est transformée, débordée par les télé-technologies et par l'image. Pour autant nous ne savons pas où nous allons. Cet autre absolu qui s'écarte du logocentrisme est innommable.

Le savoir absolu, comme histoire du logocentrisme, se clôt.

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Propositions

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Dans la tradition métaphysique, le logos est l'origine

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Le logos est un fils dont l'origine est son père, et qui se détruirait sans sa présence

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Le lien établi par la tradition occidentale entre le langage et la voix (phonocentrisme) est le déguisement d'une écriture plus fondamentale

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A l'origine de l'épistémé, du logos et de la soumission à la loi est l'inversion du pharmakon

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Le graphème, venu en second, surgit comme origine pour rendre possible le logos

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L'avènement historial de la phonè est un passage à l'infini dans l'idéalisation de l'objet

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A l'époque de la voix, la maîtrise technique de l'être-objet est une mise en présence universelle et illimitée de l'objet idéal

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Avec le logocentrisme, il y a proximité absolue de la voix, de l'être et de l'idéalité du sens

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Le phonème se donne comme l'idéalité maîtrisée du phénomène

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La phonè possède une puissance d'énigme qui tient à ce qu'elle fait dépendre l'objectivité de l'objet du pouvoir d'idéalisation de la voix

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Il faut penser l'époque de la voix comme unité de la technè et de la phonè

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Le logocentrisme structure tout comme un langage - sauf ce qui, arbitraire et violent comme un cri informe, n'a rien à voir avec lui

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[Le mot "signifiant" reconduit et retient dans le cercle logocentrique]

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Le logos ne peut se produire comme auto-affection qu'à travers la voix, dans l'évidence de la présence à soi-même

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Le phallogocentrisme est une chose qui parle d'elle-même : elle a toujours raison quand elle s'entend

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Le sens propre, comme présence à soi du logos dans le s'entendre-parler absolu de la voix, est une fonction qui répond à une nécessité de système

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L'histoire de la métaphysique, qui se confond avec celle du logocentrisme, se produit tout entière comme réduction de la trace

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Le logos, qui est la parole comme auto-affection, se produit dans l'histoire par le détour d'une écriture, en rendant la voix à un silence dynamique

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L'essence de la phonè est proche de ce qui, dans la pensée comme logos, a rapport au sens

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Le logocentrisme est le désir irrépressible de mettre un terme au renvoi de signe à signe par un signifié transcendantal

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L'époque du logocentrisme, qui est celle de l'écriture phonétique, est aussi celle de l'effacement mondial du signifiant, dont le retrait libère la conscience

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L'époque de la phonè est celle de l'être dans la forme de la présence

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L'espace de la phonè ne s'est imposé comme habitat que lorsque l'écriture linéaire est devenue possible au croisement du social, du technique, du religieux, de l'économique, ...

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Dans le système de la parole et de l'écriture linéaire, la phonè commande la main, oriente l'oeil et donne à voir la voix

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Dans la société logoarchique, l'analogie est la règle qui soumet le jugement à une loi de supplémentarité

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La logique est ce qui revient au père mort comme à la loi et au logos; elle constitue la vérité du logocentrisme

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La vérité qui se parle dans le cercle logocentrique, c'est le discours de ce qui revient au père

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C'est à partir du logos que se donne à penser quelque chose comme la paternité

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Le point d'impossibilité d'une présence pleine et absolue du logos ne peut s'écrire que comme parricide

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La voix est le lieu idéal du phallus - sur sa présence s'édifie le "phallogocentrisme"

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L'effet phallique tient ensemble les deux sources de la religion : ce qui est intact, indemne, automatique (le machinique); ce qui se gonfle de présence vivante (la foi)

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Vouloir distinguer le mouvement du langage et l'auto-affection sexuelle est le voeu logocentrique par excellence

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La clôture du phonocentrisme libère la voix de sa complicité avec le logos

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L'irruption de l'écriture non-phonétique est une crise du logos

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L'écriture alphabétique est finie, terminée, débordée par l'expérience actuelle de l'image

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La dislocation du logocentrisme se présente aujourd'hui comme telle, libérant le projet d'une science de l'écriture (grammatologie) elle-même prise dans cette dislocation

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Ce qui excède l'époque du logocentrisme (celle qui, comme histoire, clôt le savoir) n'est rien : ni la présence de l'être, ni le sens, mais autre chose qui n'a pas de nom

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Le Contemporain compense les blessures galiléennes par un vococentrisme exacerbé

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L'époque de l'opposition de la vérité et de l'apparence est un temps historique déconstructible

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Le logocentrisme absorbe l'espace dans la voix

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Ce qui suscite le dégoût est innommable dans le système logocentrique : c'est l'autre absolu, indicible, auquel aucune représentation ne peut se substituer

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Un art non-logocentrique occuperait la même place que le dégoût : insubstituable, irreprésentable, innommable, impossible à arrêter, même par le mot qui le désigne

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Le cyberespace destitue une certaine suprématie du discours sur les autres modes de communication : le logocentrisme

     


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