| Le logocentrisme est le sol à partir duquel nous écrivons tous, y compris celui qui en a développé le concept, Jacques Derrida. Sans logocentrisme, il n'y aurait pas de philosophie (mais il y aurait quand même de la pensée). Sans logocentrisme, il n'y aurait ni idée, ni technique, ni même, peut-être, d'objet. L'être serait éloigné du sens et la voix irréductible au langage. La présence à soi n'aurait rien d'évident. La vérité ne s'opposerait pas à l'apparence. On ne serait pas à la recherche d'un signifié ultime.
Le logos n'est pas universel. Il a une histoire au croisement de la société et de la métaphysique. Il repose sur un système de la parole où la parole parle d'elle-même. Elle s'appuie sur la présence du père, sur sa voix idéalisante et phonétique. Elle passe par l'écriture alphabétique, dans une époque qui efface le signifiant. Sa vérité est circulaire : comme la logique, elle revient au père mort. Le mot même de signifiant y reconduit.
Pour rendre le logos possible avec son corrélat, la soumission à la loi, il a fallu inverser, par le graphème (écriture phonétique), la logique du supplément (pharmakon). Toute écriture, même phonétique, étant porteuse de ce supplément parricide, la présence pleine du logos est impossible.
Le logocentrisme est un phonocentrisme et aussi un phallogocentrisme : une articulation entre voix, phallus et logos que Lacan a mise à jour dans sa logique du signifiant. La foi en la puissance du signifiant, en sa capacité de calcul, redouble la fécondité sacro-sainte du vivant.
Nous commençons aujourd'hui à considérer l'époque du logocentrisme de l'extérieur car elle se disloque, elle va vers sa fin. Même si le vococentrisme est plus exacerbé que jamais, le sol se dérobe, l'écriture est transformée, débordée par les télé-technologies et par l'image. Pour autant nous ne savons pas où nous allons. Cet autre absolu qui s'écarte du logocentrisme est innommable.
Le savoir absolu, comme histoire du logocentrisme, se clôt.
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