| Délibérément, Derrida recourt de manière équivoque au concept de signifiant. Dans une première phase de la déconstruction, il se sert des oppositions de la langue courante pour renverser le système. On ne peut mettre en question la domination du signifié (le sens, l'idéalisation) qui caractérise le logocentrisme qu'à partir du discours. A ce stade la voix semble transcendante. Elle se donne comme maîtrise d'un signifiant qui reste à l'abri. Les mots et les concepts donnent l'illusion d'une présence à soi.
Mais l'écriture derridéenne, seconde phase de la déconstruction, ne s'arrête pas là. Elle vient en supplément. Elle détruit le concept même de signe. Elle excède la syntaxe. Le signifiant, porteur d'une trace irréductible, d'une extériorité, s'efface devant le quatrième côté où se déploie la restance du texte.
Sur ce plan Derrida s'oppose à Lacan, qui reste dans les limites du logocentrisme. Le signifiant lacanien suit ce qui lui est propre (son origine est aussi sa destination). Il est soumis à une transcendance - comme le phallus. |