| La lettre derridéenne n'a pas de trajet propre. Dès le commencement, elle menace de ne pas arriver à destination. Elle se divise indéfiniment, sans retour possible. Elle n'est qu'un reste. Elle n'a ni lieu, ni auteur, ni destinataire final. Elle fait trou. On ne peut rien lui associer avec certitude. Elle pousse à l'espacement - comme le point par rapport au corps de la lettre (i).
Ces caractéristiques la distinguent de la lettre lacanienne qui est (comme le signifiant ou le phallus) unique, indivisible, indestructible et identique à elle-même.
En poésie, la lettre derridéenne morcelle le corps du mot. Dans les arts graphiques, elle se donne à voir comme événement, hors langue. Elle ne revient pas à son point de départ. Ce n'est pas elle qui est à la source, mais le supplément, le gramme.
La lettre parasite l'intériorité.
L'histoire du peuple juif - en tant qu'il s'écarte de son propre - s'ancre dans la lettre. Par elle le non-dit devient prononçable - ce qui introduit à une autre logique.
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