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Derrida, la lettre                     Derrida, la lettre
Source : Derrida, sa Cabale cachée               Derrida, sa Cabale cachée
Jacques Derrida - "La Dissémination", Ed : Seuil, 1972, p345

Le (i) est la lettre qui s'écarte de son propre

     
     
     
     
                   
                         

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Derrida commente la façon dont Mallarmé présente certaines lettres comme le (i), le (l), le (m) ou le (r) dans Les mots anglais. Selon lui, tous les exemples donnés par Mallarmé, sans exception sont assujettis à la loi de l'hymen. Il y a dans chaque lettre une duplicité qui l'éloigne d'elle-même. Dans le cas du (i), on voit le point se couper et se décoller du corps. Sa pique, sa pointe châtrée danse au-dessus : "le i chaque fois pique et déchire - presque - le voile, décide - presque - du texte" (p290).

C'est cela qui nous intéresse ici, cette loi de l'hymen que Derrida repère dans les exemples qu'il sélectionne et que Mallarmé énonce à sa façon à propos du M et non pas du i (tome 2 des OC de Mallarmé dans la Pléiade, pp1011-12) : cette lettre commence les mots (comme mâle (mab) ou maternel (mother) - masculin/féminin). Il y a fusion (to melt) et mélange (to mash, to mingle), joie puissante (mirth, mighty) entre ces termes (amidst), au milieu (middle). Alors intervient un revirement : manque (miss), un gémissement (moan). La pliure de l'hymen, dans sa duplicité, se déchire et unifie - interprétation presque mystique, cabalistique, de la valeur des lettres latines.

Le (i) de crise (p290) (dans la Crise de vers mallarméenne) se trouve deux fois dans critique (p291) (il s'agit de la critique à laquelle Mallarmé réplique) et trois fois dans circoncision (Circonfession p71). Jeu de guématria à la manière derridéenne : le point sur le (i) supplémente le (i). Qu'il soit dans l'Idée et dans la fiction, il est suspendu (c'est le suspens de la dissémination).

S'il y avait une essence de la lettre (i), ce serait le rythme de son déchirement et de son union, comme chez Schwitters. Le point s'écarte, mais il est toujours dans la lettre.

Derrida sécularise la Cabale en faisant sur les lettres latines la même opération que le Sefer Yetsirah sur les lettres hébraïque. Il sécularise la tradition juive, sur ce point comme sur d'autres (l'alliance, le messianisme).

     


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