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Derrida, sa Cabale cachée                     Derrida, sa Cabale cachée
Source : MQi               MQi  
Pierre Delayin - "Buées blanches sur le quai de l'Idve", Ed : Idixa.net, 1988-2008, Page créée le 13 décembre 2005

[La Cabale cachée de Jacques Derrida]

Autres renvois :
     

Occurrences de la Cabale dans l'oeuvre de Jacques Derrida

     

La Cabale juive

     

Derrida, le judaïsme

 

Derrida, le retrait

                   
                         

Imaginer trouver sous le discours, un autre discours, sous le propos un autre propos, sous la structure une autre structure, serait naïf, injuste et certainement peu compatible avec une pratique déconstructive. Il s'agit pourtant de quelque chose comme ça, à condition que dans "autre discours", autre soit porteur d'une hétérogénéité irréductible qui exclut tout repos, toute stabilisation possible. Comment arriver à ce résultat?

D'abord, rassurons le lecteur : l'autre discours n'est pas une Cabale au sens d'un complot, d'une manoeuvre ou d'une ruse. Il n'est porteur d'aucune maîtrise. Il ne dissimule aucune fuite. S'il porte quelque chose, c'est une tâche (voire une éthique). Pour parler le langage courant, il sécularise.

Je ne me réfère pas ici à ce que Derrida dit explicitement de la Cabale, mais à la part éloignée, distante, pas vraiment dissimulée, accessible seulement à ceux qui ont l'oeil pour le lire derrière certains mots : l'innommable, le retrait, l'effacement, le rien, la trace, la voix, le point, l'abîme, l'indicible ou la lettre. Plus je réfléchis, plus la liste s'allonge. L'interrogation inépuisable sur l'origine ou l'impossibilité du commencement, ainsi que celle sur l'époque à-venir, avec son eschatologie messianique, y reconduisent.

Tout part du déclenchement. C'est un événement, une arrivance absolue. Dessin, écriture, texte, photographie tiennent à un retrait, à un mouvement de différance entretenu par une colonne invisible. Ce mouvement, comme chez Louria, ne laisse pas un vide, mais un reste qui se dissémine, une émanation qui se diffuse en s'écartant de l'origine, comme le point sur le (i) ou le nombre quatre, qu'on retrouve dans la Cabale.

De même qu'il n'y a rien en-dehors de dieu, il n'y a rien en-dehors du texte. Le texte, dans sa multiplicité, fabrique de l'extériorité en s'auto-affectant, en se réfléchissant, en se retirant de lui-même. Mais il s'écrit dans une autre langue, où l'on ne distingue plus entre lui et son auteur (dieu).

Comme les cabalistes, Derrida rapproche la philosophie de la tradition hébraïque et ses quatre niveaux d'interprétation. Il assume l'héritage de sa filiation jusqu'à envisager d'écrire un Livre d'Elie sur la circoncision, jusqu'à se dire qu'il pourrait enseigner, lui, aux quatre rabbins revenus du Pardès.

On peut jouer de la permutation des lettres, de la répétition des nombres ou construire un nom indicible sans être mystique. C'est le travail de la déconstruction : faire jaillir une extériorité du texte même.

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Propositions

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Toute l'oeuvre de Jacques Derrida est une interrogation sur l'origine

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Le commencement est un déclenchement de texte, où la présence n'est jamais présente

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La première figure de l'arrivant absolu, de l'origine d'un monde, c'est la naissance d'un enfant

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Il est impossible de commencer

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Loi de la dissémination : tout commence par une doublure

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La déconstruction derridienne résulte de la sécularisation des théories de la Cabale sur le texte

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"Il n'est rien en-dehors du texte" soutient la Cabale, et aussi Derrida

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Un retrait (tsimtsoum) maintient à jamais l'espacement qui génère le texte

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Le (i) est la lettre qui s'écarte de son propre

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La Cabale fusionne l'auteur (Dieu) et le livre (la tora), tandis que Derrida résorbe l'auteur dans le texte, lui conférant son infinité

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La dissémination passe par une colonne transparente, réfléchissante - phallus vidé de lui-même ou tour de Babel - où se joue le déplacement des marges

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La différance de Derrida suppose une réception de texte(s) comparable à celle de la Cabale

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A la limite du temple, une colonne invisible, indéchiffrable, unique, s'extrait de la crypte, travaille l'ordre en son dedans et fait proliférer l'excédent

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Dans "La Dissémination", Derrida commente en abîme un texte de Philippe Sollers qui décrit l'engloutissement de la représentation classique sous le nombre

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Ce qui excède l'époque du logocentrisme (celle qui, comme histoire, clôt le savoir) n'est rien : ni la présence de l'être, ni le sens, mais autre chose qui n'a pas de nom

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Pour parler du nom de Dieu, il faut inventer une autre langue et une autre syntaxe

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Jacques Derrida réactive indéfiniment l'effet de circoncision : il mêle sa voix à celles des quatre rabbins du Pardès

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Le modèle quaternaire du discours paradisiaque de la "rationalité" juive (pshat - Remez - Drash - sod), je l'ai dans le sang

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Quand Derrida se réfère à la tradition juive, sa fidélité est celle de la déconstruction

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Avec la dissémination, on ne peut compter ni par le un, ni par le deux, ni par le trois : c'est une pratique du quatre qui commence par la dyade

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La restance de Jacques Derrida laisse un reste qui ressemble au rechimou ou aux écorces vides (klipot) de la Cabale lourianique

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[Un retrait du trait est à l'origine du dessin comme de l'écriture]

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Dans la photographie, le tout se retire et ne laisse des traces qu'en forme de fragment

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En photographie, l'effet de réel tient à l'irréductible altérité d'une autre origine du monde dont émane un regard, en un point zéro de l'apparaître

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Dès 1976, Derrida projetait d'écrire un livre sur la circoncision, le Livre d'Elie, qui est resté sous forme de carnets

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Lire la Cabale comme dissémination, c'est-à-dire de façon athée, c'est la réduire à sa textualité, en ruiner le centre hégémonique, en subvertir l'autorité comme l'unicité

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[Derrida, la Cabale]

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"Je suis le dernier des eschatologistes"

     


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