| Dès que j'ouvre la bouche, je promets, j'annonce un à-venir. Mais lequel? On est tenté de répondre à cette question par des contenus : j'annonce une langue, une autre éthique, etc.... Mais l'à-venir derridéen est imprévisible, incalculable. Il n'a pas de contenu. C'est en cela qu'il est messianique. Pour le dire, il faut une pensée neutre, indéterminée, une pensée sans horizon. Cette imprévisibilité, c'est le sens même de ma liberté.
Pourtant je l'annonce, cette langue inouïe, cette autre éthique. Je ne la connais pas, mais elle sera ma loi. Bien qu'elle n'ait pas de sens, bien qu'elle soit rien, j'ai prévu des lieux pour l'accueillir, des lieux sans issue ni chemin, comme le désert ou la spectralité.
Et la liste n'est pas close. Qu'est-ce qui est à venir? La démocratie, l'ordre mondial, une nouvelle alliance, et même peut-être une époque, à condition de préciser que cette époque n'est pas nécessairement de l'ordre du temps. Ces termes imprévisibles dans leur contenu ne relèvent pas d'une réalité empirique mais du concept. Pourtant ils sont inscrits dans l'histoire. Ils induisent des tâches qui ne sont pas des devoirs ni des actes militants.
L'à-venir répète l'héritage. En annonçant l'au-delà de l'origine, il avance vers elle.
Un à-venir calculable serait l'annulation de l'avenir, le mal radical.
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