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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'à-venir                     Derrida, l'à-venir
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 11 novembre 2005

[Derrida, l'à-venir]

Autres renvois :
   

Derrida, la promesse

   

Derrida, le tout-autre

   

Derrida, l'invention, l'avènement

                 
                       

Il ne faut pas confondre, dans la conceptualisation de Jacques Derrida [même si les mots sont parfois interchangeables], l'à-venir et le futur. Le futur (comme le passé) est un présent décalé dans le temps, tandis que l'à-venir est un événement imprévisible, irréductible à quelque présent que ce soit. Le futur répète un passé, tandis que l'à-venir est une expérience qui s'ouvre à partir d'une archive à lire et interpréter - chaque fois de manière unique, nouvelle. Cette conception s'appuie sur une théorie (freudienne) de la mémoire qui n'est pas la restitution d'un passé, mais l'ouverture d'une différence projetée vers un avenir.

Dès que j'ouvre la bouche, je promets, j'annonce un à-venir. Lequel? On est tenté de répondre à cette question par des contenus : par exemple une langue, une éthique, la démocratie, l'ordre mondial, une nouvelle alliance, de nouvelles Humanités, etc.... Mais l'à-venir derridien est imprévisible, incalculable. Il n'a pas de contenu. Aucun savoir ne le guide. Il est promis, certes, mais comme performatif à venir, qui n'entre dans aucun horizon d'attente. Si cette promesse est messianique, c'est sans messianisme, en s'engageant pour l'avenir à garder un secret.

Qu'est-ce qui est à venir? Peut-être une époque, à condition de préciser que cette "époque" n'est pas de l'ordre du temps; ou une démocratie, si les termes qui la qualifient restent, dans leur contenu, imprévisibles. Il est urgent de répondre à l'appel de la justice, cet appel à une vie qui, valant plus encore que la vie, commande de refonder et de transformer le droit, une exigence en même temps illimitée, incalculable, et impliquant l'action politique, le calcul, la négociation. Il y a des commandements, des tâches, des exigences impératives. Leur imprévisibilité est le sens même de la liberté. Pour les dire, il faut une pensée neutre, indéterminée, une pensée sans horizon [une pensée elle-même à-venir].

Pourtant je l'annonce, cette langue inouïe, cette autre éthique, etc.... J'ai décidé de les laisser se mettre en mouvement. Bien qu'ils n'aient pas de sens, bien qu'ils ne soient rien, j'ai préparé des lieux pour les accueillir, des lieux sans issue ni chemin, comme le désert ou la spectralité - mais des lieux d'accueil.

Il n'y a ni mémoire, ni discours, ni adresse à l'autre, sans une croyance préalable, un héritage, un "Oui" originaire qui gage l'avenir. Mais cette origine n'est pas déterminée à l'avance, elle s'annonce avec retard. Elle garde en elle un poids d'impensé, une indétermination radicale qui, à chaque instant, ouvre d'autres portes à l'avenir.

Un avenir programmé qui ne serait pas un à-venir, ce serait l'annulation de l'avenir, le mal radical.

 

 

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Propositions

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L'époque à venir est celle d'une pensée qui, par son ouverture, ne veuille rien dire et rende l'écriture possible à partir de rien

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Ce qui excède l'époque du logocentrisme (celle qui, comme histoire, clôt le savoir) n'est rien : ni la présence de l'être, ni le sens, mais autre chose qui n'a pas de nom

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Notre horizon, ici maintenant, est une absence d'horizon : des lieux sans issue ni chemin assuré, sans dehors prévisible, qui conditionnent l'avenir

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Le seul avenir désirable et digne d'intérêt, c'est de laisser se mettre en mouvement la différance de l'autre

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Pour dire l'époque à venir de la différance, il faudrait une pensée blanche, neutre, indéterminée, sans poids

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Le "messianique" est doublement indéterminé : (1) aucun savoir, théorie ou épistémé ne le guide (2) comme performatif à venir, il n'entre dans aucun horizon d'attente

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Le messianique sans messianisme (ou messianisme sans contenu) est le concept étrange qui guide la quête d'une démocratie à-venir

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L'autre éthique à-venir est "ce qui vient", "ce qui arrive", une hétéronomie où l'autre est ma loi

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Chaque fois que j'ouvre la bouche, je promets : et cette promesse annonce l'unicité d'une langue inouïe, à venir

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Promettre, c'est s'engager pour l'avenir à garder un secret

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Les nouvelles "Humanités" à venir, sur lesquelles il faut travailler, traitent d'une idée ou d'un "propre" de l'homme qui implique toujours la promesse

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Il y a trois portes à l'avenir : promesse, indétermination, affirmation inconditionnelle

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La mémoire est l'ouverture de la différence, sa révélation dans la présence même du présent, projetée vers le futur

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Il n'y a pas de méta-archive; on ne peut éclairer, lire, interpréter un héritage qu'en l'inscrivant irréductiblement dans l'avenir

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Transcendante est la Différence : plus elle avance sur l'origine, plus elle annonce son au-delà, plus l'origine est toujours à-venir

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Axiome : nul à-venir sans héritage, possibilité de répéter, promesse, alliance à soi et confirmation du oui originaire

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L'archive garde en elle un poids d'impensé qui engage l'histoire du concept, son ouverture à l'avenir, sa promesse messianique

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En l'absence de langue maternelle, quand le passé est indisponible, surgit le désir d'écrire pour restaurer une langue originaire - comme promesse d'une langue à venir

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La garde de l'archive, qui ordonne la mémoire et anticipe l'à-venir, enjoint aussi de mettre à mort l'archonte et tout ce qui, dans la tradition, porte la loi

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En excédant le calcul, le programme et les règles, l'appel à la justice ouvre à l'avenir, il commande la transformation et la refondation du droit, y compris par le calcul et la négociation

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Il y a du libre là où "ce qui vient" est imprévisible, où il y a de l'"à-venir"

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L'université devrait être "sans condition" : un espace de résistance critique, déconstructrice, où s'élaborent de nouvelles Humanités, un nouveau concept de l'homme

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Le lieu de la spectralité est celui où on doit laisser une place vide en mémoire de l'espérance : la démocratie à-venir

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L'annulation de l'avenir est le plus grand risque, le mal radical qui nous menace

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Walter Benjamin réveille la tradition judaïque selon laquelle le plus vivant de la vie - qui vaut plus que la vie -, c'est sa justice, l'avenir de son être-juste

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