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Tout texte - et tout langage - est mis en mouvement par une structure plus "vieille" que la parole, une archi-promesse qui engage et promet le vrai ou le nouveau. Il faut promettre. Même si on ne peut pas tenir la promesse, on peut la renouveler comme acte, comme performance, comme archive, réserve de pensée ou de mémoire.
L'essence de la promesse est qu'elle vient en plus, en trop. Pour rester une promesse, il faut que l'avenir qu'elle ouvre soit insaturable, indéterminable, il faut que soit préservé le secret qu'elle garde. Car l'à-venir qu'elle annonce est, comme celui du Démiurge, déroutant, imprévisible. Elle informe toute parole, mais ne garantit pas ce qu'elle propose, et ne fixe pas d'horizon à l'attente. Aucune communauté ne peut la prendre en charge.
La promesse est le lieu où s'inscrit la possibilité du politique, de l'éthique, du droit, de l'histoire, de l'enseignement et aussi de la religion. En principe, on ne peut promettre que du bien (la promesse appartient à l'ordre de la bénédiction) - mais on ne peut exclure la possibilité d'une promesse non sérieuse ou menaçante.
On a pu dire que l'homme était l'être capable de promesse. Cette formule promet beaucoup, elle invite à de nouvelles Humanités, à condition de ne pas la figer dans un "propre de l'homme".
Cette structure obéit à une loi de disjonction (ou d'aporie). La promesse doit être en même temps finie dans son principe - car à promettre indéfiniment, on ne promet pas; et infinie, incalculable, intenable, car une promesse ne peut pas se figer dans un programme. Elle suppose à la fois un désoeuvrement et un endettement, un acte et une déconstruction. C'est la loi du texte : impossible de se rassembler dans la présence. La promesse est, à tout instant, prise dans le battement des portes de l'avenir.
Dans la promesse intervient l'unique axiome de la déconstruction : ouverture de l'avenir. Chaque fois que j'ouvre la bouche, je promets une langue inouïe. Même quand elle s'annonce comme réparation, désir de restaurer une langue originaire qui aurait laissé sa marque, la promesse n'a pas d'autre contenu qu'une structure formelle, vide mais messianique.
On ne peut pas en jouir directement, mais on ne peut pas non plus jouir d'autre chose que d'une promesse.
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