| Le messianique de Derrida est une structure formelle, sans contenu, universelle, indéconstructible. Il s'écarte des messianismes, marxistes ou non, qui ont un contenu propre. Il n'a ni horizon pré-établi, ni chemin assuré.
Il nait dans le désert, avant toute croyance particulière, là où tout crédit se fonde. S'il est irréductible, s'il doit arriver, c'est parce qu'il y va de la justice.
C'est une affirmation, une pure promesse d'émancipation, indécidable jusqu'à ce qu'elle advienne.
L'espace messianique est ouvert par l'événement. A l'autre, au visiteur absolument inattendu, je dis "Viens", au risque de perdre ma propre identité. Je ne sais rien de lui, je n'en attends rien. Je me retire devant l'espacement auquel il donne lieu.
Ce messianique s'appuie sur le projet général de la déconstruction. Il creuse l'espace d'un politique et d'une démocratie à venir, déterminés non par l'histoire, mais par une justice incalculable.
Comme celui de Marx, le messianique sans contenu est à la fois indissociable de l'héritage abrahamique et d'un type nouveau. Il est ouvert sur l'avenir - comme la tradition biblique - mais c'est une hantologie, pas une théologie.
Dès le jour de sa circoncision, Derrida, comme Abraham, quitte sa famille. Il devient Elie, Moïse, prophète et eschatologiste, peut-être le dernier comme il serait le dernier des juifs. Il est comptable de cette tradition, de la tora et aussi de la Cabale. Même si ce n'est que du bord des lèvres, il la lit comme déconstruction, celle des maîtres (le tserouf d'Aboulafia) et aussi celle qui est cachée en lui. |