| L'hospitalité de Jacques Derrida n'est pas un programme, ni une règle de conduite, ni une notion politique ou juridique. Elle ne relève ni de la morale ni même de l'éthique. C'est un principe à maintenir, un concept liée à la structure de messianité qui caractérise l'expérience humaine de la croyance : nous sommes irréductiblement exposés à la venue de l'autre.
A l'égard d'un visiteur, j'ai deux attitudes possibles : l'invitation si je le reçois en fonction des règles en usage chez moi; la visitation si je laisse ma maison ouverte. Dans le premier cas, l'hospitalité est conditionnelle; dans le second elle est inconditionnelle.
Ce que Jacques Derrida appelle "hospitalité" correspond au deuxième cas : elle est inconditionnelle (ou pure, ou absolue). L'étranger de la visitation, qu'on appelle aussi arrivant absolu, est indéterminé. Ce peut être n'importe qui. L'hôte est affecté, exposé à ce visiteur inattendu. Pour lui, il envisage de se transformer, au risque de perdre son identité. Il accepte qu'il fasse la loi chez lui.
Dans la déconstruction, ce qui arrive à la langue est de l'ordre de l'hospitalité inconditionnelle. L'autre qu'elle accueille l'oblige à parler autrement.
En accueillant chez moi l'hôte le plus étranger ou le plus incompréhensible, je conjure la menace de l'insuppléable ou de l'irremplaçable - car si l'ipséité était la loi, nous deviendrions fous.
Inacceptable en pratique, la visitation est incontournable conceptuellement. Notre responsabilité est d'inventer un lieu de rencontre, de compromis, d'émergence poétique, qui prenne acte de son conditionnement et de sa médiatisation par un tiers, mais sans la trahir. Ce faisant, nous nous ouvrons à l'hospitalité, mais en même temps, nous la conjurons.
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En pratique, face aux problèmes de l'immigration, on peut se donner pour tâcher de substituer l'hospitalité à l'assimilation. On prendra le risque de s'exposer à l'étranger, plutôt que de vouloir à toute force imposer une notion unitaire de la culture.
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