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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le tout-autre                     Derrida, le tout-autre
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 1er avril 2006

[Derrida, le tout-autre]

Autres renvois :
   

Derrida, l'autre

   

Derrida, l'à-venir

   
                 
                       

Le tout-autre de Jacques Derrida est cette altérité absolue, incalculable, imprévisible, qui altère en son dedans la parole vive. Toute croyance, toute crédibilité, tout acte de foi, présuppose ce tout-autre inaccessible auquel nous croyons parce que nous le rencontrons comme extériorité face au champ clos usuel des différences. Il peut se manifester comme pensée exposée à l'événement, aporie, détour qui rend la présence impossible, etc...

On ne le voit pas. Il est innommable, indicible, invisible - comme l'archi-écriture. Il n'est rien, comme la khôra. Nous l'oublions. Mais il revient porté par l'arbitraire du signe. Il s'annonce dans la chose ou dans la trace. Dans chaque événement, il se manifeste comme un spectre. En faisant la loi, il s'adresse à moi dans ma singularité.

Sa marque, laissée dans la langue, entretient la promesse d'un ailleurs, d'une autre langue indécidable, sans itinéraire, ni chemin, ni point d'arrivée.

La dissémination le maintient dans une altérité absolue, hors de toute idéalité.

Dans la singularité de sa date et de sa signature, c'est à lui que s'adresse le poème. Il ouvre dans l'art une incertitude infinie. Si nous le voyons dans le beau, il nous est hétérogène.

Déconstruire, c'est se préparer à sa venue, la laisser-venir, la saluer, mais sans la programmer ni la calculer, sans l'organiser. Il faut pour cela une messianicité d'un type particulier (sans horizon ni contenu), à laquelle les religions résistent autant qu'elles le peuvent. Cet avenir est indéfinissable, mais c'est le seul qui doit digne d'intérêt.

Ce tout-autre, avec un petit a, est aussi l'autre de l'Autre symbolique (celui de Lacan, par exemple). Il est absolument autre, ce qui n'est pas le cas de l'autre courant - mais il y a toujours du tout-autre dans l'autre. Nous sommes à son égard dans une dissymétrie infinie.

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Propositions

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La différance est l'économie qui met en rapport l'altérité radicale ou l'extériorité absolue avec le champ clos et hiérarchisant des oppositions différentielles

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Point énigmatique, impensable de la différance : elle est à la fois détour économique dans l'élément du même et rapport au tout-autre, à l'impossibilité de la présence

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Avec la dissémination, le trois ne se donne plus comme idéalité, mais comme différance : le nom d'un des deux termes de l'altérité absolue

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Une avant-première langue, toute autre, laisse sa marque dans la langue - mais comme un dehors absolu, hors-la-loi, une promesse, un appel à venir

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L'altérité absolue de l'écriture altère du dehors, en son dedans, la parole vive

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L'expérience de la pensée est sans charte ni carte, elle est exposée à l'événement, à la venue du radicalement autre

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Dans la trace, le tout autre s'annonce comme tel dans ce qui n'est pas lui

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Chaque fois qu'un spectre est présent, c'est l'événement même, tout autre

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Dans sa folie, l'expérience de l'aporie fait appel à un acte de mémoire qui promet une structure tout autre, à venir

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Ce qui suscite le dégoût est innommable dans le système logocentrique : c'est l'autre absolu, indicible, auquel aucune représentation ne peut se substituer

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Khôra n'est rien : le lieu d'une restance infinie, d'un immémorial désert dans le désert, impassible, sans visage, tout-autre

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Le signe est porteur d'une hétérogénéité, d'une altérité absolue : le tout-autre

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La chose qui fait loi est au plus proche, et aussi toute autre - en elle jouit la vérité, comme en la serviette-éponge de Ponge

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Depuis sa propre date, le poème s'adresse à une date toute autre : il conjoint et rassemble les deux dates hétérogènes en un même anneau

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Le lieu pour la justice est la dissymétrie infinie du rapport à l'autre

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Pour Francis Ponge, la chose n'est pas seulement ce qu'on peut décrire ou connaître, c'est le tout-autre qui dicte sa loi et m'adresse une demande, à moi dans ma singularité

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Déconstruire, c'est se préparer à la venue de l'autre : le laisser venir, "invenir", hétérogène et incalculable

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Le seul avenir désirable et digne d'intérêt, c'est de laisser se mettre en mouvement la différance de l'autre

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La messianicité est l'ouverture structurelle de la parole : dépouillée de tout, elle adresse son salut au tout-autre

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Par son absence, l'écrivain pratique l'écriture comme différance et économie de la mort, oubliant l'infiniment autre

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Dans la religion, il y va d'un rassemblement, d'une résistance à l'altérité absolue

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Dans la religion, le tout-autre fait la loi et prescrit la réponse et la responsabilité

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La religion croise deux veines irréductibles l'une à l'autre : croyance en un tout-autre inaccessible en sa source absolue; expérience de l'indemne, du sacré ou du saint

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Un art ouvre l'incertitude infinie du rapport au tout-autre

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Le beau est une structure d'hétéro-affection pure : auto-affection affectée de l'objectivité pure du tout-autre

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Ce qui met Jacques Derrida en mouvement - la promesse d'un tout-autre, ailleurs, dans l'attente d'une langue - est inexplicable sans sa généalogie judéo-franco-maghrébine

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