| Le tout-autre de Jacques Derrida est cette altérité absolue qui, du dehors, altère en son dedans la parole vive. Nous le rencontrons comme autre texte, extériorité face au champ clos usuel des différences, comme détour qui rend la présence impossible.
Il est invisible, inaccessible, mais il répond de la croyance et fait la loi. Dans tout événement, il se manifeste comme un spectre. On ne le voit pas. Il s'annonce dans la trace, porté par l'arbitraire du signe.
Il est innommable, indicible. Il n'est rien, comme la khôra. Nous l'oublions.
La dissémination le maintient dans une altérité absolue, hors de toute idéalité.
Dans la singularité de sa date et de sa signature, c'est à lui que s'adresse le poème. Il ouvre dans l'art une incertitude infinie. Si nous le voyons dans le beau, il nous est hétérogène.
Nous ne l'attendons que dans un déchirement messianique; mais les religions résistent à cette altérité.
Ce tout-autre, avec un petit a, est aussi l'autre de l'Autre symbolique (celui de Lacan, par exemple). Il est absolument autre, ce qui n'est pas le cas de l'autre courant - mais il y a toujours du tout-autre dans l'autre. Nous sommes à son égard dans une dissymétrie infinie. |