| Il faut distinguer entre Dieu et le nom de Dieu :
- le Dieu de la religion est associé à la lumière, en tant qu'elle commande et qu'elle commence. Pour témoigner d'une vérité, pour en attester, il faut invoquer un tel Dieu, même absent, même quand on fait appel à la raison. Mais dès la révélation, les Tables étaient brisées. Le silence avait interrompu sa voix. Sa face se dissimulait. On ne pouvait que l'interroger. Il ne répondait pas autrement que par la violence du vide.
- le nom de Dieu [le tétragramme] est imprononçable, inaudible. Pour le dire, il faudrait une autre langue, une autre syntaxe, d'autres noms - qui peut-être ne nommeraient pas Dieu - il faudrait une autre interrogation, qui n'appartienne à aucun livre. On ne pourrait le réinventer qu'en déjouant toute réappropriation. C'est peut-être ce que James Joyce a tenté avec ses machines d'écriture qui, dans le même temps, signent et contresignent le nom de Dieu, déclarent et déconstruisent le commencement.
Quand Dieu clame son nom comme il l'a fait à Babel, il le divise. Il déclare la guerre à la langue unique, il déconstruit, il interrompt les lignées et impose de traduire d'une langue à l'autre. Il faut modifier, transformer les langues, bien qu'on se heurte à l'intraduisible. Lui seul pourrait être totalement présent, avec une parole totalement vive. Mais sa voix ne dirait rien. Tout au plus pourrait-elle pleurer.
Chaque expérience de ce qui se retire - par exemple le trait du dessin - opère comme un Dieu invisible.
On peut trouver dans la tradition des tentatives de déconstruction du nom comparables à celle de Jacques Derrida. Exemples : le brassage des lettres par Abraham Aboulafia; ou la Khôra de Platon, ce lieu an-humain, a-théologique, qu'on peut rapprocher du maqom des Juifs. |