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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, Dieu                     Derrida, Dieu
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 29 août 2005

[Derrida, Dieu, le nom de Dieu]

Autres renvois :
   

Derrida, athéisme

   

Derrida, religion, théologie

   

Derrida, sa Cabale cachée

                 
                       

Il faut distinguer entre Dieu et le nom de Dieu :

- le Dieu de la religion est associé à la lumière, en tant qu'elle commande et qu'elle commence. Pour témoigner d'une vérité, pour en attester, il faut invoquer un tel Dieu, même absent, même quand on fait appel à la raison. Mais dès la révélation, les Tables étaient brisées. Le silence avait interrompu sa voix. Sa face se dissimulait. On ne pouvait que l'interroger. Il ne répondait pas autrement que par la violence du vide.

- le nom de Dieu [le tétragramme] est imprononçable, inaudible. Pour le dire, il faudrait une autre langue, une autre syntaxe, d'autres noms - qui peut-être ne nommeraient pas Dieu - il faudrait une autre interrogation, qui n'appartienne à aucun livre. On ne pourrait le réinventer qu'en déjouant toute réappropriation. C'est peut-être ce que James Joyce a tenté avec ses machines d'écriture qui, dans le même temps, signent et contresignent le nom de Dieu, déclarent et déconstruisent le commencement.

Quand Dieu clame son nom comme il l'a fait à Babel, il le divise. Il déclare la guerre à la langue unique, il déconstruit, il interrompt les lignées et impose de traduire d'une langue à l'autre. Il faut modifier, transformer les langues, bien qu'on se heurte à l'intraduisible. Lui seul pourrait être totalement présent, avec une parole totalement vive. Mais sa voix ne dirait rien. Tout au plus pourrait-elle pleurer.

Chaque expérience de ce qui se retire - par exemple le trait du dessin - opère comme un Dieu invisible.

On peut trouver dans la tradition des tentatives de déconstruction du nom comparables à celle de Jacques Derrida. Exemples : le brassage des lettres par Abraham Aboulafia; ou la Khôra de Platon, ce lieu an-humain, a-théologique, qu'on peut rapprocher du maqom des Juifs.

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Propositions

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"Yhvh parlant face à face avec Moïse" : telle est l'expérience nue de la présence totale à laquelle nous n'avons jamais accès, ni par le visage, ni par la voix

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Pour parler du nom de Dieu, il faut inventer une autre langue et une autre syntaxe

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Tout témoignage, serment, attestation ou adresse engendre et invoque un dieu auquel promettre la vérité

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[La lumière commande et commence le discours, tant dans la notion indo-européenne de dieu (lumineux, céleste) que dans les pensées qui s'y opposent (les Lumières)]

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Dieu demande la traduction car, pour commander, la loi doit être lue et déchiffrée; il pleure après la traduction de son nom, alors même qu'il l'interdit

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Il s'agit pour Derrida de rendre compte du fait que le langage a commencé avant nous -, qui est ce que le théologien appelle "dieu"

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Religion et raison témoignent toutes deux d'un "Je promets la vérité" où dieu est témoin absolu, même dans son absence

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Si Dieu est une voix, elle me parle pour ne rien dire

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Dieu se terre à mort en moi par la violence du vide

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Pour Dieu seul, la franchise de l'expression est du côté de la parole vive

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Dieu s'est séparé de soi en laissant le silence interrompre sa voix : son écriture commence avec les Tables, à la voix rompue et à la dissimulation de sa Face

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L'interrogation de Dieu n'appartiendra jamais à aucun livre

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Le trait du dessin est comme un Dieu invisible qui se retire pour laisser place à la figure

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Nos tâches : refonder les religions en s'en jouant, réinventer la circoncision, recirconcire ce qui se décirconcit, déjouer la réappropriation des langages par un Dieu-Un

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Le tournant de Derrida repose sur deux formulations : "Il y a de l'indéconstructible", et "Il y a du tout-autre"

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Derrida déconstruit, comme Aboulafia, le nom commun de dieu (Adonaï) pour construire le nom indicible (Yhvh)

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Ce qui fait oeuvre chez Joyce, c'est qu'il a signé et contresigné le nom de Dieu

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L'événement d'écriture de Joyce, c'est que la marque fait loi : son contenu essentiel est la lettre inaudible, imprononçable, intraduisible

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Par ses mots écrits en plusieurs langues, James Joyce joue de la lettre inaudible comme du nom de Dieu : il déclare et déconstruit le commencement (Yahwé/he war)

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Une des logiques les plus formalisées et irréductibles que Derrida a signées, sous le nom grec de khôra (le lieu), est en affinité profonde avec l'un des noms du Dieu des Juifs : le Lieu

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La constance de Dieu dans ma vie s'appelle d'autres noms, si bien que je passe à juste titre pour athée

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