Projet
Derrida
Art
Sources
Scripteur
Mode d'emploi
         
 
         
Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le supplément                     Derrida, le supplément
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 23 octobre 2005

[Derrida, le supplément]

Autres renvois :
   

Derrida, itérabilité, marque, re-marque

   
   
                 
                       

Paraphrasant l'affirmation usuelle sur la perfectibilité de l'homme, Jacques Derrida soutient que celle-ci n'est possible que par un mouvement antérieur au logos et irréductible à tout système d'oppositions : la supplémentarité, dite aussi différance supplémentaire. Ce mouvement est une faculté par laquelle le supplément, qui est capable de se supplémenter lui-même, est remplacé par son double : un supplément de supplément. Dans ce mouvement sans fin, ce qui se répète est le même (l'identique), et aussi l'excès (toujours plus de supplément). Cette faculté, qui nait dans ce lieu béant, silencieux qu'est la bouche, rend possible la pensée, le langage, la représentation, et aussi l'acte d'écrire. Elle fait en sorte qu'il y ait toujours plus d'Un, plus de deux, etc...

Différance et supplémentarité marchent ensemble. La différance est le mouvement qui produit le supplément; et le supplément, comme milieu élémentaire mais aussi comme excès, fait venir la différance. Le pharmakon (terme platonicien qui, selon Derrida, désigne le supplément) n'a aucune identité stable. Il est une réserve sans substance où se produit la différenciation. Il peut agir par la voix nue, par la parole inarticulée, qui est déjà un supplément d'origine, et aussi par certains mots ou formes syntaxiques privilégiés comme la promesse, la phrase nominale, la conjonction ou la copule.

Sans cette étrange structure supplémentaire, on sombrerait dans la folie. On resterait englué dans l'unique, l'insuppléable (à la place fantasmatique de la mère).

Ce supplément qui surgit du dehors, c'est aussi la société (selon Jean-Jacques Rousseau), ou l'altérité dont la cité veut se purifier en sacrifiant un bouc émissaire, celle qui rend malade (allergie), ou encore l'autre qui nous persuade, nous séduit, que nous devons exorciser. C'est aussi le spectre : il y a toujours plus d'un spectre - ou la métaphore. Le supplément est immaîtrisable. Il ne se transmet qu'en se mettant en question. On le retrouve comme ajout, conjonction ou menace dans toute déconstruction : Plus d'une langue.

On peut définir l'art (poésie, dessin ou peinture) comme ce qui fait don d'une surabondance infinie. On tente de l'encadrer, mais on n'y parvient pas. On voudrait distinguer la figure du fond, mais l'oeuvre - comme le subjectile - participe des deux. On tente de restituer une vision ou une audition perdue, mais ce qui vient arrive en plus, exorbitant, par-dessus le marché, au-delà des limites circonscrites de l'oeuvre (son orbe), exposant l'autre scène. A travers la mimesis, on produit du supplément, on fait exister un non-être. Sur la scène contemporaine, une quatrième surface excède son propre milieu.

Déjà, Rousseau caractérisait le signe comme un supplément, une figure du mal, figure dangereuse, artefact, menace d'altération désobéissant à la nature - comme le pharmakon grec. Il espérait réparer cette effraction. Mais sa propre imagination l'entraînait dans l'autre direction : le supplément de supplément, l'écriture étrangère à toute éthique, le virtuel. L'acte même d'écrire est suppléance.

Pour qu'il y ait logos et soumission à la loi, il faut inverser le supplément. C'est ce qui s'opère avec l'archive, qui est à la fois accumulation et oubli, conservation et hypomnésie.

L'axiome de la dignité humaine suppose un principe supplémentaire, une transcendance par laquelle la vie vaut plus que la vie.

Dans le cas de la science, le supplément n'est précédé d'aucune présence.

Quand la différance s'arrête, le supplément se fige en oppositions; mais son ambivalence menace toute stabilité et pureté intérieure. L'identification elle-même est supplémentaire.

La métaphysique occidentale tend à détruire violemment le supplément, dans la langue et dans la pensée. Seuls quelques auteurs, comme Freud, en ont anticipé le concept.

Jacques Derrida annonce un autre Abraham, un autre appel qui irait au-delà de l'altérité juive - dont le prototype est la circoncision (moins = plus = autre) - par une surenchére encore moins communautaire et encore plus marquée d'hétérogénéité disséminale.

 

 

--------------

Propositions

--------------

-

[Derrida, le supplément]

-

Le langage humain se distingue du langage animal par le pouvoir de substituer un organe à un autre, c'est-à-dire la faculté d'articulation ou de supplémentarité

-

La supplémentarité rend possible tout ce qui fait le propre de l'homme

-

Tout ce qui se désigne comme "propre de l'homme" relève de la différance supplémentaire

-

La dignité de l'homme, c'est que, en témoignant du non-vivant qui l'excède (loi, Dieu, transcendance), la vie ne vaut qu'à valoir plus qu'elle même

-

L'orifice buccal ne cesse jamais d'être un lieu silencieux du corps; il ne devient parlant que par supplémentarité

-

A l'origine du sujet, "Je se touche" au lieu béant de la bouche : événement d'une loi de fiction qui ne trouve son lieu que dans le remplacement, la prothèse

-

Le pharmakon est le milieu élémentaire, mixte, antérieur, impur, où se produit la différenciation

-

Le pharmakon n'a ni identité idéale, ni essence stable, ni caractère propre

-

Le supplément n'entre dans aucune opposition, il n'est pas plus un signifiant qu'un signifié, une écriture qu'une parole

-

Même par la voix nue, sans organe ni instrument, le pharmakon agit

-

Il n'y a ni degré zéro ni origine simple, car le commencement est toujours déjà un supplément d'origine

-

La structure du "supplément d'origine" est étrange : "une possibilité produit à retardement ce à quoi elle est dite s'ajouter"

-

On ne peut penser la "pensée même" que par les additions et suppléments dangereux à l'oeuvre dans le "et" : plus d'un, de deux, de trois; plus d'une voix, plus d'une langue, etc...

-

Le verbe "suppléer" définit l'acte d'écrire

-

L'écriture est le supplément par excellence puisqu'elle marque le point de redoublement initial où le supplément se donne comme supplément de supplément

-

La pensée freudienne de l'après-coup, ce supplément originaire, est la seule qui ne s'épuise ni dans la métaphysique, ni dans la science

-

[Derrida : La représentation est un supplément originaire, qui supplée l'origine défaillante sans en être dérivé]

-

La structure du supplément implique qu'il puisse se faire remplacer par son double, et qu'un supplément de supplément soit possible et nécessaire

-

L'opération mimétique s'apparente à celle du "pharmakon" grec, ce remède-poison

-

Deux répétitions se substituent, s'ajoutent et se rapportent l'une à l'autre sans se dominer : le même et l'excès

-

L'archive est hypomnésique : c'est une répétition, un supplément accumulé en ce lieu extérieur où la mémoire, reproduite et consignée, défaille structurellement

-

[Derrida : le "pharmakon" est ce qui, surgissant du dehors, force le vivant à avoir rapport à son autre, au risque d'un mal d'allergie]

-

Il n'y a pas de règle à la déconstruction, mais une "quasi-règle" : chaque fois un ajout, une conjonction (un "et"), opère comme menace, disjonction

-

Pour renverser le pouvoir, l'ironie socratique précipite un "pharmakon" au contact d'un autre ou retourne sa surface

-

L'écriture et le supplément ne peuvent se penser qu'au-delà du bien et du mal, en annulant la qualification éthique

-

La différance supplémentaire est dangereuse, car liée à la mort

-

Il y a toujours plus d'un spectre

-

Dans la pharmacie, les pharmaka sont tenus en réserve pour la production de la différance

-

Un tant qu'écriture, le "pharmakon" est un excès, une sortie hors de la série des oppositions; mais il est aussi l'étrange différence qui rend possible la sérialité

-

Le pharmakon est un "bouc émissaire" nourri par la cité, puis sacrifié pour la purifier d'une infection après une crise

-

Une scène de famille met sans cesse en question la maîtrise des pharmaka qu'on devrait se transmettre de père légitime en fils bien né

-

Une oeuvre (ergon) est un "pharmakon" dont aucun père ne répond - comme l'écriture

-

En grec, "pharmakon" signifie la peinture dans le sens de couleur, teinte artificielle

-

La duplicité interne de la mimesis la divise vers deux points de fuite : soit la reproduction fidèle, soit le supplément qui fait exister un non-être

-

L'inversion du pharmakon est à l'origine de l'épistémé, du logos et de la soumission à la loi

-

L'effacement de la présence lexicale de l'être en Occident témoigne d'un procès de chute, de destruction ou de perte dont il ne reste que le supplément de copule : "est"

-

On peut répondre à l'effraction du supplément soit en le réparant (Rousseau), soit en le répétant (Mallarmé)

-

La différance s'arrête quand le jeu ambivalent qui produit des pharmaka semble se fixer en des termes opposés

-

La forme la plus générale du "supplément de copule" est la phrase nominale où la fonction "être" est assurée par un arrêt de la voix, le blanc d'un espacement

-

On promet toujours trop - et ce "trop" est l'essentiel de la promesse

-

La quatrième surface appartient, comme le surnombre, au milieu qu'elle excède, donnant à voir sans être vue

-

L'auto-affection du moi est comparable à l'onanisme : altérer la présence en restituant une autre présence qui n'est que représentation, supplément, altération

-

L'identification est, comme l'attribution, de structure supplémentaire ou parergonale

-

- Et au commencement, il y a le "et"

-

Il y a plus d'Un, c'est-à-dire au moins deux, ce qui implique une alliance à plus de deux : n + Un

-

Si j'avais à risquer une seule définition de la déconstruction, je dirais sans phrase : "plus d'une langue"

-

La figure de la métaphore dans le texte philosophique ne peut pas être conçue philosophiquement, car elle vient toujours en plus - ou en trop

-

La notion de virtualité assure une cohésion et une soudure entre deux ordres [la nature, la société], dont les rapports sont réglés par un mouvement de supplémentarité

-

L'economimesis est une économie générale où la voix (la parole, la poésie ou l'art) donne sans recevoir d'autre salaire qu'une surabondance infinie

-

Une oeuvre se donne et se rend au-delà de l'échange, en supplément, par-dessus le marché, comme on rend la justice

-

Le subjectile, fond sans fond, se retire à l'infini derrière les figures, mais jamais complètement : il y a toujours plus de fond, de la figure vient en plus

-

En tant que parergon (ornement), le cadre d'une oeuvre d'art est appelé comme un supplément depuis le manque de cela même qu'il vient encadrer

-

[Dans le dessin ou dans la peinture, il s'agit de restituer la vue par suppléance, supplémentation ou substitution]

-

Le trait maintient ensemble le dessin en une quasi-complétude que la couleur, qui vient en plus, transgresse avec violence

-

Au-delà de ce que l'on croit circonscrire comme oeuvre (son orbe), surgit une trace, un supplément dangereux (exorbitant), qui ouvre le sens et le langage

-

La peinture expose l'autre scène qui vient en plus, par-dessus le marché, à l'envers du texte et de l'image

-

La mère, comme lieu de la langue, est l'unique irremplaçable - qu'il faut remplacer car l'insuppléable est la folie même, toujours à l'oeuvre

-

Toutes les langues héritières de la métaphysique occidentale ont sur le "pharmakon" un effet d'analyse qui le détruit violemment

-

Tous les concepts qui déterminent une non-supplémentarité (nature, animal, primitif, enfant, ...) n'ont aucune valeur de vérité

-

Dans l'écriture universelle de la science (algèbre), le supplément est à la source, il n'est précédé par aucune présence ni aucune voix

-

Dans la société logoarchique, l'analogie est la règle qui soumet le jugement à une loi de supplémentarité

-

L'être n'étant rien, on ne peut en parler que "quasi"-métaphoriquement, avec la surcharge d'un trait supplémentaire, d'un "re-trait"

-

Pour Rousseau, le signe, comme l'écriture, est un supplément, une négativité, un mal qui supplée à la nature innocente et bonne

-

Dans la fiction rousseauiste, la nature sort de soi par un point d'inversion, imprévisible, d'extériorité / supplémentarité, où les virtualités déjà présentes font irruption

-

Pour Rousseau, la pitié comme loi naturelle, originelle, inexorable, dont toute institution est le supplément et la suppléance, est portée par la voix

-

Circoncision, je n'ai jamais parlé que de ça : limites, marges, marques, clôture, anneau, alliance, don, sacrifice, écriture du corps, pharmakos, coupure, ...

-

Une surenchère hyperbolique gouverne le rapport du Juif non communautaire au judaïsme : "Moins tu es juif, plus tu l'es"

-

"Je pourrais, pour moi, penser un autre Abraham" - ou plus d'un Abraham

-

Qu'il y ait encore un autre Abraham, voilà la pensée la plus ultimement juive : plus juive, plus que juive, autrement juive, voire autre que juive

logo

 

 

 

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
 
   
   
Follow @pdelayin

 

 

 
   
 
     
 
                               
Création : Qylal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

Derrida
DerridaSupplement

AA.BBB

DerridaCheminements

SU.PPL

AB_DerridaSupplement

Rang = zQuois_Supplement
Genre = -