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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida : Restituer la vue                     Derrida : Restituer la vue
Sources (*) : Derrida, le supplément               Derrida, le supplément
Jacques Derrida - "Mémoires d'aveugle, L'autoportrait et autres ruines", Ed : RMN, 1990, p9 Derrida, le dessin

[Dans le dessin ou dans la peinture, il s'agit de restituer la vue par suppléance, supplémentation ou substitution]

Derrida, le dessin
   
   
   
Derrida, la peinture Derrida, la peinture
Derrida, l'art, l'oeuvre               Derrida, l'art, l'oeuvre    
                       

Cette formulation est pour Jacques Derrida une hypothèse qu'il appelle hypothèse de la vue. Il l'évoque au début de son texte, Mémoires d'aveugle (1990), mais on la trouve déjà dans le titre de l'article qui clôt La vérité en peinture (publié en 1978) "Restitutions". Elle se dédouble en deux postulats : premièrement, tout dessinateur est aveugle; deuxièmement, tout dessin d'aveugle évoque l'origine ou la possibilité même du dessin. Pour qu'il y ait dessin, il faut qu'il y ait eu, au commencement, retrait de la vue, un frayage à partir duquel le trait du dessin a été tracé, laissant à son tour la place à la figure. Sans ce trou, cet oeil crevé (comme celui du Cyclope), cet aveuglement initial, il n'y aurait même pas eu de trait.

Le dessin d'aveugle est paradigmatique de l'acte de dessiner car tout dessin présuppose une perte initiale qu'il vient effacer en rendant la vue. Tout dessin est une compensation pour cette perte vécue comme un châtiment. Toute peinture restitue, "rend" quelque chose (une fiabilité, une vérité). Si elle exhibe son manque, c'est pour le déborder.

Puis le fil se déroule : substituer les mains à la vue, un fils à un autre (ou à son père), des artefacts au visage nu, le trait à la vision, l'invisible au trait, la pensée à la vision, le spectateur au miroir, etc... On aboutit à la mimesis (le dessin remplace l'objet) ou à l'appropriation par le spectateur ou le critique d'art, qui "projette" ses identifications, comme l'ont fait Heidegger et Schapiro à propos des chaussures de Van Gogh.

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Que faut-il pour qu'un dessin ou une peinture puissent être dits "d'art"? Derrida ne veut pas se poser cette question rhétorique, qui est en-dehors de son champ. Prenons-la à notre compte à partir de ce qu'il dit : quand un certain battement, un clin d'oeil, ouvre la différance sans l'arrêter, alors l'image prend à son compte quelque chose d'irréductible, une poussée que le discours ne parvient pas totalement à ordonner.

 

 

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Propositions

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[Derrida, le trait et son retrait]

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Avant toute perspective, avant que tout trait soit tracé, un frayage invisible hante le dessin (aperspective originaire)

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Pour rendre ou restituer une vérité, la peinture doit être fiable : offrir une alliance originaire, antérieure à tout produit ou objet symbolique

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Le trait du dessin se retire dans l'acte de tracer; dans ce qu'il sépare ou différencie, rien ne lui appartient, pas même sa propre trace

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Au commencement de l'image, il y a la ruine

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Une oeuvre [d'art] exhibe son propre manque : en cela elle se suffit à elle-même et se déborde, se supplémente

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Hypothèse de la vue selon Jacques Derrida : "l'homme commence à penser les yeux en les perdant, et alors il implore"

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Nous sommes irrémédiablement aveugles : toute vue est une vue de l'esprit

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La vision de l'oeuvre est conditionnée par le regard ou la voix d'un autre, spectateur supposé qui est, lui, dérobé à la vue

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Il n'y a pas d'autoportrait; s'il y en avait, il assignerait d'abord sa place au spectateur

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En se retirant, le trait du dessin laisse une parole, une rhétorique qui articule un ordre du discours

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La peinture rend, restitue, réajuste ou complète ce qui s'est retiré, hors d'usage, hors du tableau

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Dans le dessin d'art, un "clin d'oeil" entretient le battement de la différance

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Il y a dans tout dessin d'aveugle un autoportrait du dessin dans son origine, qui spécule sur sa propre possibilité

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L'aveugle, comme le dessinateur, se sert des mains pour échapper à l'obscurité, tandis que les prisonniers de la caverne platonicienne font appel aux idées et à la voix

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Tobit voit dans son fils qui lui rend la vue et dans l'ange invisible qui l'a guidé l'origine même de la capacité de voir

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Heidegger et Schapiro veulent tous deux s'approprier les chaussures peintes par Van Gogh

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