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Derrida, le dessin                     Derrida, le dessin
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 4 août 2006.

[Derrida, le dessin]

Autres renvois :
     

Le dessin

     

Derrida, la peinture

     
 
                   
                         

Dans deux de ses textes sur le dessin (Mémoires d'aveugle (1990) et +R (1975, publié dans le recueil La vérité en peinture), Derrida l'associe au mouvement d'une supplémentation. On retrouve cette idée dans les autres propos qu'il tient sur l'art, qu'il s'agisse, entre autres, de poésie ou de photographie. Pour qu'il y ait dessin, il faut qu'il y ait d'abord eu aveuglement, exposition à l'invisible. Commencer à dessiner, tracer un trait sur le papier, implique de cesser de voir, ne serait-ce que le temps d'un clin d'oeil. Une logique de la substitution n'est possible que parce qu'il y a eu préalablement retrait de la vue. La substitution ne peut entrer dans l'économie mimétique que parce qu'il y a d'abord eu mise à mort du modèle, du paradigme dont le dessin est le reste.

Telle est son hypothèse de base : le dessin se substitue à la vue en la rendant. C'est un don, une bénédiction qu'il procure avec surabondance, au-delà même de la vision, par l'audition ou le toucher.

Il y a dans le dessin la double dimension qu'on trouve aussi dans la peinture. D'une part, ce qu'il laisse (le dessin achevé, complet) est l'objet du discours, voire de la loi. Mais d'autre part, le mouvement qu'il implique est hétérogène au langage. Le dessin tue le père (la chose dessinée). Il est hors-langue, il porte une logique de l'invisible.

Le dessin est un simulacre qui fait croire en un modèle. Cela (la chose, le modèle, le référent), Derrida l'appelle paradigme, car lui aussi est produit par le dessin.

Un dessin est toujours une interrogation sur sa propre possibilité. C'est le cas de l'autoportrait, qui n'est reconnu comme tel que sur la base d'un indice, d'un titre ou d'un appel à la mémoire (il ne se suffit pas à lui-même). C'est le cas aussi du portrait qu'Adami a fait de lui. Le narratif, l'allégorique et d'autre types d'écriture s'y croisent.

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Propositions

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[Un retrait du trait est à l'origine du dessin comme de l'écriture]

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Le trait du dessin se retire dans l'acte de tracer; dans ce qu'il sépare ou différencie, rien ne lui appartient, pas même sa propre trace

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Dans le battement d'un clin d'oeil se trace le trait du dessin, entre la vision et son retrait

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En se retirant, le trait du dessin laisse une parole, une rhétorique qui articule un ordre du discours

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[Hypothèse de Jacques Derrida : dans le dessin ou dans la peinture, il s'agit de restituer la vue par suppléance, supplémentation ou substitution]

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A l'origine du dessin, il y a deux logiques de l'invisible : le transcendantal (sa possibilité) et le sacrificiel (ses thèmes)

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Tout dessinateur est aveugle, ou sinon c'est l'opération du dessin ou le dessin lui-même qui compose avec l'invisible

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Le dessin met en scène un travail et une jouissance quant au reste

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Dans le dessin d'art, un "clin d'oeil" entretient le battement de la différance

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Le dessinateur raconte l'histoire du "modèle" comme celle d'un paradigme qui nous hante parce que nous le croyons "premier"

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Le dessin est ce qui reste d'une mise à plat, une mise à mort d'un paradigme

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Dans un dessin ou une peinture, une lettre - trait ou forme - se donne à voir hors langue

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Le trait maintient ensemble le dessin en une quasi-complétude que la couleur, qui vient en plus, transgresse avec violence

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Le trait du dessin est comme un Dieu invisible qui se retire pour laisser place à la figure

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"Cela" (le modèle ou paradigme du dessinateur) qui reste sans exemple, s'est tiré (retiré) pour laisser place à la lignée des dessins

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"Valerio Adami, Jacques Derrida, portrait allégorique, crayon sur papier" (Valerio Adami, 2004)

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La lecture, comme le dessin, écoute en regardant

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A l'origine du graphein (écriture ou dessin), il s'agit d'observer la loi, d'ordonner la vérité à la dette par la grâce du trait

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L'aveugle, comme le dessinateur, se sert des mains pour échapper à l'obscurité, tandis que les prisonniers de la caverne platonicienne font appel aux idées et à la voix

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Il y a dans l'écriture ou le dessin un "rendre la vue" : don, surabondance, reconnaissance qui précède le savoir, recevoir avant de voir, bénédiction

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Il y a dans tout dessin d'aveugle un autoportrait du dessin dans son origine, qui spécule sur sa propre possibilité

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L'autoportrait, comme n'importe quel dessin, paraît toujours dans la réverbération d'une autre voix ou de plusieurs voix qui en appellent à la mémoire

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Dans le dessin d'Adami, la lettre fait événement : éclat de parole, elle troue l'espace du tableau, l'articulation du discours et aussi le langage

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Adami fait appel, dans le dessin, à d'autres types d'écriture : littéraire, politique, historique

     


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