| La vision est un sens idéel : on ne mange ni ne touche ce qu'on voit. Son objet reste dehors, contrairement à l'objet de l'audition (la voix) qui s'entend au-dedans. Mais elle n'est pas purement idéelle. Elle suppose aussi l'existence sensible, extérieure de l'objet.
Il n'y ni vision naturelle ni vision primordiale; la vue se substitue toujours à autre chose, elle supplée, elle est suppléance, spectrale, comme la main qui supplée chez l'aveugle au manque de vue.
L'essence de l'oeil n'est pas la vision, c'est l'imploration. Dissociée de sa fonction organique, elle est révélée par les larmes. Quand l'homme perd la vue, alors il implore. Tobit, seul aveugle de l'Ancien Testament à recouvrer la vue, reçoit d'un autre (son propre fils ou un ange) la capacité de voir. C'est dans cette substitution que joue la différance et que se pensent les yeux.
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