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Le récit de l'Orloeuvre

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Derrida, la vue                     Derrida, la vue
Source : Derrida, l'humain               Derrida, l'humain
Jacques Derrida - "Mémoires d'aveugle, L'autoportrait et autres ruines", Ed : RMN, 1990, p128

 

En finir avec les pleurs (David Salle, 1993) -

Derrida, exappropriation

L'essence de l'oeil est le propre de l'homme : par l'imploration, les yeux sont dissociés de leur fonction organique afin de pleurer, déplorer

Derrida, exappropriation
   
   
   
Pleurs, larmes Pleurs, larmes    
                 
                       

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L'essence de l'oeil est le propre de l'homme, cette phrase qui peut surprendre dans la bouche de Derrida est écrite telle quelle. Il s'agit bien de l'homme au sens de l'humanisme, celui qu'on oppose à l'animal (car l'animal ne pleure pas), celui qui s'inscrit dans l'espace anthropologique, celui de la théologie (Saint Augustin) et aussi de la philosophie (Nietzsche) ou de l'art. Y aurait-il un propre de l'homme qui ne serait pas celui de la supplémentation ou de la différance? Non, car l'essence de l'oeil n'est pas la vision mais l'imploration, et l'imploration est elle-même différance, si l'on interprète ainsi la dernière strophe du poème d'Andrew Marvell cité et traduit par Derrida à la fin du texte : En vous laissez ainsi le torrent déborder la source, / Qu'oeil et larme soient un : / Alors chacun porte la différence de l'autre; / Les yeux pleurant, ces larmes voient.

Implorer, c'est recevoir l'aveuglement comme une bénédiction car, à travers le voile des yeux, il permet d'entrevoir la différence.

Derrida reprendra la même citation de Marvell (But only human eyes can weep) en 2004, quand il attirera l'attention sur une autre fonction de la vision humaine : la saisie, l'appréhension.

 

 

Cela va plus loin. Car si l'essence de l'oeil est imploration (et non pas vision), le propre de l'humain est le rapport à l'autre, au tout-autre, voire au grand Autre.

Où l'on retrouve la question du tournant de 1990. Le propre de l'humain, sa vérité, c'est qu'il y a du tout-autre : On ne peut pas voir avec la seule vision, et sans un autre regard, il n'y aurait pas non plus d'autoportrait.

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