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Le récit de l'Orloeuvre

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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, exappropriation                     Derrida, exappropriation
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 30 juillet 2007

[Derrida, le propre, l'exappropriation]

Autres renvois :
   

Derrida, auto-immunité

   
   
                 
                       

Tout existant (un sujet désirant, une conscience, un animal...) est porté par un double mouvement : d'un côté il tente de s'approprier l'extérieur; de l'autre, pour exister, il lui faut la persistance de cette extériorité. D'un côté, il entend son être comme son propre; de l'autre, ce propre est effacé dès l'origine (ou ce qui, comme Khôra, en tient lieu). Il est pris dans la logique d'une double loi paradoxale, un double bind.

L'exappropriation conditionne l'écriture et l'archi-écriture, et aussi le sens, le désir et l'amour. Elle opère dans toute technologie. Pour transmettre, pour produire, pour dessiner, il faut accepter de perdre jusqu'à la trace de son geste. A notre époque, l'injonction est plus exigeante que jamais : il faut signer en son nom propre, et aussi accepter que cette signature, qui porte le deuil du moment perdu, soit mise en abyme (comme celle de Francis Ponge). La différance est irréductible à toute réappropriation.

Disons que cette structure paradoxale caractérise l'humain. Cet être qui laisse ouverte la possibilité du supplément ou de l'événement les ressent comme des dépossessions. Par le travail, ou la langue, ou le perfectionnement, ou la religion, il nourrit sa passion de l'indemne. Il ne se lasse jamais de vouloir inventer un remède (pharmakon), ou encore une oeuvre d'art, ou encore un tout-autre sans essence stable qui s'y substituerait. Echouant toujours, il implore, il déplore, il pleure.

L'exappropriation est vécue comme une menace. On se réfugie chez soi, avec ses proches, dans des pratiques magiques; on cherche à s'immuniser, à conjurer la peur d'une infection; ou encore on développe des rites qui en prennent acte, comme la circoncision. Mais la position la plus radicale est celle d'Artaud, qui aurait préféré n'être pas né plutôt que de subir ce qu'il dénonce comme trahison ou imposture.

Plus que d'autres, le Juif, qui n'a rien en propre, est engagé dans une dialectique de retrait et de réparation. Il doit s'arracher à sa communauté pour rester Juif. Jacques Derrida revendique cette posture, qu'il qualifie d'autocirconcision. On la retrouve dans son rapport à la langue - et aussi, plus généralement, dans le schème d'auto-immunité qu'il ne cesse de développer et de déplier dans les différents champs sur lesquels il écrit.

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Propositions

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"Il faut" un mouvement d'appropriation fini, une exappropriation : le "faillir" de ce "il faut" est l'existence même en général

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Un mouvement quasi-machinique d'exappropriation attache et arrache, selon une logique d'auto-immunité, à la religion, la famille, l'identité, l'ethos, le lieu, l'idiome, etc...

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Le "graphein" (archi-écriture) est effacement originaire du nom propre, oblitération du propre qui se produit dès le premier matin du langage

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La différance relève d'une théologie négative irréductible à toute réappropriation ontologique, théologique ou philosophique

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Le pharmakon n'a ni identité idéale, ni essence stable, ni caractère propre

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Avec la khôra, on est en un lieu où la loi du propre n'a plus aucun sens

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L'écriture est déjà une télétechnologie, avec ce que cela comporte d'exappropriation originelle

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Jacques Derrida : "Je n'ai qu'une langue, et ce n'est pas la mienne"

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Artaud dit la vérité contre laquelle il proteste avec violence : tout moi en son nom propre est appelé à l'expropriation familiale du nouveau-né

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L'exappropriation est la condition du sens, du désir, de l'amour, du deuil

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Un événement ne s'identifie jamais avec lui-même : il s'ex-approprie, se perd dans la répétition où il se rend lisible

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L'exappropriation, c'est que, pour transmettre, il faut se séparer du geste de laisser en son nom une trace

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Signer, c'est affirmer de façon fière, triomphante, quelque chose dont on a déjà fait son deuil

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L'indemne, c'est l'être dans sa propriété

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Si je veux être chez-moi, ici-maintenant, avec mes proches, c'est pour répondre à la menace d'expropriation dont les télé-technologies sont une forme

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L'indemne, le propre, n'est-ce pas la chose même de la religion?

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Ainsi s'entend l'être : son propre

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La supplémentarité rend possible tout ce qui fait le propre de l'homme

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L'art participe d'une economimesis : économie pure où le propre de l'homme se réfléchit dans sa productivité

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"Autofellocirconcision" serait le concept derridéen du "propre"

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L'essence de l'oeil est le propre de l'homme : par l'imploration, les yeux sont dissociés de leur fonction organique afin de pleurer, déplorer

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La perfectibilité est le propre de l'homme, car elle ne s'épuise pas dans la présence

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Marx détermine la différance comme travail, pratique et retard à la réappropriation

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Ecrire, aujourd'hui, c'est mettre en abyme sa signature pour qu'elle disparaisse

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A la technoscience expropriatrice et délocalisatrice répondent deux figures : arrachement à toute identité et filiation propres; usage magique, archaïque de la machine et des artefacts

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Le trait du dessin se retire dans l'acte de tracer; dans ce qu'il sépare ou différencie, rien ne lui appartient, pas même sa propre trace

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Les Ephraïmites, qui ne peuvent pas prononcer schibboleth, sont incirconcis de la voix - comme on peut l'être des lèvres, de la langue, des oreilles ou du coeur

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Le Juif n'a rien en propre, sauf son nom, qui est imprononçable : schibboleth

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