| Tout existant (un sujet désirant, une conscience, un animal...) est porté par un double mouvement : d'un côté il tente de s'approprier l'extérieur; de l'autre, pour exister, il lui faut la persistance de cette extériorité. D'un côté, il entend son être comme son propre; de l'autre, ce propre est effacé dès l'origine (ou ce qui, comme Khôra, en tient lieu). On retrouve la logique de cette double loi paradoxale, ce double bind, dans l'auto-immunité ou l'autocirconcision derridéenne.
L'exappropriation conditionne l'écriture et l'archi-écriture, et aussi le sens, le désir et l'amour. Elle opère dans toute technologie. Pour transmettre, pour produire, pour dessiner, il faut accepter de perdre jusqu'à la trace de son geste. La différance est irréductible à toute réappropriation.
Cette structure paradoxale est le propre de l'homme. Il croit se réapproprier par le travail, la langue, la perfectibilité, la religion et sa passion de l'indemne, un quelconque remède (pharmakon) ou encore l'oeuvre d'art, ce tout-autre qui n'a aucune essence stable. Echouant toujours, il implore, il déplore, il pleure.
L'exappropriation peut être vécue comme une menace. On se réfugie alors chez soi, avec ses proches, dans des pratiques magiques. On cherche à s'immuniser, à conjurer la peur d'une infection. On développe des rites qui en prennent acte, comme la circoncision.
[A rapprocher d'une dialectique du retrait et de la réparation]. |