| Même si le mot est emprunté à la médecine, c'est un concept typiquement derridéen. Il ne s'entend pas sans la différance, car pour autant qu'il faille s'immuniser, c'est contre cet autre hétérogène et inassimilable. Il y a auto-immunité dès que les défenses (encadrements, arrêts, conjurations) s'en prennent aussi à ce qu'elles prétendent défendre : le moi, la société, les regards intrusifs.
Le schème d'auto-immunité domine la pensée et la philosophie occidentale depuis Platon, qui s'en est servi dans son analyse de l'écriture. Non sans abus étymologique, on peut l'associer au double sens du sacré en indo-européen (Benveniste). La raison, la science, la religion et d'autres phénomènes comme le 11 septembre 2001 se rattachent à sa logique paradoxale d'appropriation - désappropriation, pour laquelle Derrida a inventé un autre mot : exappropriation.
La réaction immunitaire se déclenche parce que, dès l'origine, il y a infection. Quelque chose d'autre, une citation, un pharmakon, a provoqué une allergie. Ce surgissement a toujours été là; la chose ou l'être apparemment indemne était déjà impropre. Il faut le sacrifier.
Toute communauté est travaillée par ce mécanisme. Pour se protéger, elle peut remplacer l'intrus par un bouc émissaire. De même qu'Athènes nourrissait des étrangers pour les sacrifier, la technoscience actuelle s'en prend, parfois cruellement, au corps et au sexe pour se venger contre la machine. On se sert de la technique comme d'un pur objet magique (indemne), mais qui nous arrache à notre identité. On s'en sert aussi pour combattre ses effets.
Ce mécanisme produit des effets paradoxaux, ainsi le Juif qui surenchérit sur le pharmakon.
De certains événements, comme la shoah, aucune institution ne sort indemne.
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