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Derrida, auto-immunité                     Derrida, auto-immunité
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 25 octobre 2006.

[Derrida, auto-immunité]

Autres renvois :
     

Derrida, le propre, exappropriation

     

Derrida, auto-affection

     

Derrida, dédoublement, duplicité

 
                   
                         

Même si le mot est emprunté à la médecine, c'est un concept typiquement derridéen. Il ne s'entend pas sans la différance, car pour autant qu'il faille s'immuniser, c'est contre cet autre hétérogène et inassimilable. Il y a auto-immunité dès que les défenses (encadrements, arrêts, conjurations) s'en prennent aussi à ce qu'elles prétendent défendre : le moi, la société, les regards intrusifs.

Le schème d'auto-immunité domine la pensée et la philosophie occidentale depuis Platon, qui s'en est servi dans son analyse de l'écriture. Non sans abus étymologique, on peut l'associer au double sens du sacré en indo-européen (Benveniste). La raison, la science, la religion et d'autres phénomènes comme le 11 septembre 2001 se rattachent à sa logique paradoxale d'appropriation - désappropriation, pour laquelle Derrida a inventé un autre mot : exappropriation.

La réaction immunitaire se déclenche parce que, dès l'origine, il y a infection. Quelque chose d'autre, une citation, un pharmakon, a provoqué une allergie. Ce surgissement a toujours été là; la chose ou l'être apparemment indemne était déjà impropre. Il faut le sacrifier.

Toute communauté est travaillée par ce mécanisme. Pour se protéger, elle peut remplacer l'intrus par un bouc émissaire. De même qu'Athènes nourrissait des étrangers pour les sacrifier, la technoscience actuelle s'en prend, parfois cruellement, au corps et au sexe pour se venger contre la machine. On se sert de la technique comme d'un pur objet magique (indemne), mais qui nous arrache à notre identité. On s'en sert aussi pour combattre ses effets.

Ce mécanisme produit des effets paradoxaux, ainsi le Juif qui surenchérit sur le pharmakon.

De certains événements, comme la shoah, aucune institution ne sort indemne.

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Propositions

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Un schème domine la philosophe occidentale : une bonne écriture (naturelle) opposée à une mauvaise (artificieuse) ne peut être désignée que dans la métaphore de la mauvaise

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Un mouvement quasi-machinique d'exappropriation attache et arrache, selon une logique d'auto-immunité, à la religion, la famille, l'identité, l'ethos, le lieu, l'idiome, etc...

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La différance est l'accueil de l'autre en-dedans

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Le moi vivant est auto-immune : il accueille l'autre en-dedans et dirige, pour lui-même, ses défenses contre lui-même

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Le pharmakon est ce qui, surgissant du dehors, force le vivant à avoir rapport à son autre, au risque d'un mal d'allergie

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Le pharmakon est un "bouc émissaire" nourri par la cité, puis sacrifié pour la purifier d'une infection après une crise

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L'écriture infecte la parole vive

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Ecrire veut dire greffer : incisions violentes de citations dans le texte, qui en contaminent le contenu

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Une pulsion de mort travaille en silence toute communauté : pour survivre, elle témoigne d'un héritage inviolable auquel elle se sacrifie (auto-immunité)

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L'indemne, c'est l'être dans sa propriété

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L'indemne, le propre, n'est-ce pas la chose même de la religion?

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L'ellipse ou la duplicité originaire de la religion, c'est que la loi de l'indemne exige et exclut le sacrifice

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Le sacré est double : intact, intègre, digne de vénération quand il concerne les dieux; chargé d'une souillure ineffaçable, suscitant l'horreur quand il est maudit

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En indo-européen, la notion de "sacré" exige deux signes : positif (chargé de présence divine) [sanctus] / négatif (interdit au contact des hommes) [sacer]

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Science et religion sont indissociablement liées dans une logique d'auto-immunité de l'indemne

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La religion et la raison ont la même source qui se divise machinalement et tente de restaurer l'indemne qu'elle menace d'elle-même

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La religion croise deux veines irréductibles l'une à l'autre : croyance en un tout-autre inaccessible en sa source absolue; expérience de l'indemne, du sacré ou du saint

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Le "droit de regard" est ambigu : c'est une autorité abusive; et c'est aussi la révolte contre cette autorité

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Une nouvelle cruauté allie la calculabilité technoscientifique la plus avancée à la sauvagerie auto-immunitaire

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Il n'y a ni salut, ni chemin, ni issue aux apories du monde actuel, car l'acte de foi y a toujours partie liée avec son opposition

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La singularité de notre temps, c'est que la nouvelle alliance ou Internationale ne peut se développer que sur les réseaux télé-technologiques qu'elle combat

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A la technoscience expropriatrice et délocalisatrice répondent deux figures : arrachement à toute identité et filiation propres; usage magique, archaïque de la machine et des artefacts

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De la shoah, aucune institution religieuse au monde ne sortit indemne, immune, saine et sauve

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Le 11 septembre est un symptôme d'auto-immunité suicidaire

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Une surenchère hyperbolique gouverne le rapport du Juif non communautaire au judaïsme : "Moins tu es juif, plus tu l'es"

     


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