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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, auto-immunité                     Derrida, auto-immunité
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 25 octobre 2006

[Derrida, auto-immunité]

Autres renvois :
   

Derrida, le propre, exappropriation

   

Derrida, auto-affection

   

Derrida, dédoublement, duplicité

Derrida, l'indemne

                 
                       

Même si le mot est emprunté à la médecine, c'est un concept typiquement derridéen. Il ne s'entend pas sans la différance, car pour autant qu'il faille s'immuniser, c'est contre cet autre hétérogène et inassimilable. Il y a auto-immunité dès que les défenses (encadrements, arrêts, conjurations) s'en prennent aussi à ce qu'elles prétendent défendre : par exemple le moi, la société, les regards intrusifs. Ce refoulement génère des forces qui s'accumulent et contribuent à la déconstruction.

Le schème d'auto-immunité domine la pensée et la philosophie occidentale depuis Platon, qui s'en est servi dans son analyse de l'écriture. Non sans abus étymologique, on peut l'associer au double sens du sacré en indo-européen (Benveniste). La raison, la science, la religion et d'autres phénomènes comme le 11 septembre 2001 se rattachent à sa logique paradoxale d'appropriation - désappropriation, pour laquelle Derrida a inventé un autre mot : exappropriation.

La réaction immunitaire se déclenche parce que, dès l'origine, il y a infection. Quelque chose d'autre, une citation, un pharmakon, a provoqué une allergie. La chose, qui se vit comme propre, est menacée. Ce surgissement a toujours été là; la chose ou l'être apparemment indemne était déjà impropre. Il faut le sacrifier.

Toute communauté est travaillée par ce mécanisme. Pour se protéger, elle peut remplacer l'intrus par un bouc émissaire. De même qu'Athènes nourrissait des étrangers pour les sacrifier, la technoscience actuelle s'en prend, parfois cruellement, au corps et au sexe pour se venger contre la machine. On se sert de la technique comme d'un pur objet magique (indemne), mais qui nous arrache à notre identité. On s'en sert aussi pour combattre ses effets.

Fabriquer une oeuvre, c'est tenter de la finaliser tout en préservant son mouvement, autre forme d'auto-immunité.

Il n'est pas facile de se tenir à l'écart de ce mécanisme. Ainsi Jacques Derrida lui-même, dans son rapport au judaïsme, n'échappe pas aux effets d'hyperbole ou de surenchère.

L'auto-immunité intervient aussi dans les pires crimes, dont aucune institution ne sort indemne (ainsi la Shoah).

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Propositions

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Un schème domine la philosophe occidentale : une bonne écriture (naturelle) opposée à une mauvaise (artificieuse) ne peut être désignée que dans la métaphore de la mauvaise

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Un mouvement quasi-machinique d'exappropriation attache et arrache, selon une logique d'auto-immunité, à la religion, la famille, l'identité, l'ethos, le lieu, l'idiome, etc...

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La différance est l'accueil de l'autre en-dedans

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Le moi vivant est auto-immune : il accueille l'autre en-dedans et dirige, pour lui-même, ses défenses contre lui-même

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[Derrida : le "pharmakon" est ce qui, surgissant du dehors, force le vivant à avoir rapport à son autre, au risque d'un mal d'allergie]

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Le pharmakon est un "bouc émissaire" nourri par la cité, puis sacrifié pour la purifier d'une infection après une crise

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L'écriture infecte la parole vive

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Ecrire veut dire greffer : incisions violentes de citations dans le texte, qui en contaminent le contenu

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Il y a, dans la déconstruction, une figure auto-interprétative [auto-affection] qui n'impose sa nécessité qu'en accumulant les forces qui tentent de la refouler [auto-immunité]

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Une pulsion de mort travaille en silence toute communauté : pour survivre, elle témoigne d'un héritage inviolable auquel elle se sacrifie (auto-immunité)

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L'indemne, c'est l'être dans sa propriété

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L'indemne, le propre, n'est-ce pas la chose même de la religion?

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Pour que la chose s'affecte elle-même, il faut qu'elle se vive propre, non souillée, devant l'infection qui menace

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L'ellipse ou la duplicité originaire de la religion, c'est que la loi de l'indemne exige et exclut le sacrifice

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Le sacré est double : intact, intègre, digne de vénération quand il concerne les dieux; chargé d'une souillure ineffaçable, suscitant l'horreur quand il est maudit

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En indo-européen, la notion de "sacré" exige deux signes : positif (chargé de présence divine) [sanctus] / négatif (interdit au contact des hommes) [sacer]

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Science et religion sont indissociablement liées dans une logique d'auto-immunité de l'indemne

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La religion et la raison ont la même source qui se divise machinalement et tente de restaurer l'indemne qu'elle menace d'elle-même

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La religion croise deux veines irréductibles l'une à l'autre : croyance en un tout-autre inaccessible en sa source absolue; expérience de l'indemne, du sacré ou du saint

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Le "droit de regard" est ambigu : c'est une autorité abusive; et c'est aussi la révolte contre cette autorité

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Une nouvelle cruauté allie la calculabilité technoscientifique la plus avancée à la sauvagerie auto-immunitaire

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Il n'y a ni salut, ni chemin, ni issue aux apories du monde actuel, car l'acte de foi y a toujours partie liée avec son opposition

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La singularité de notre temps, c'est que la nouvelle alliance ou Internationale ne peut se développer que sur les réseaux télé-technologiques qu'elle combat

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A la technoscience expropriatrice et délocalisatrice répondent deux figures : arrachement à toute identité et filiation propres; usage magique, archaïque de la machine et des artefacts

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Pour qu'il y ait oeuvre, il faut l'idée ou le désir d'une oeuvre légitime, achevée, signée, et aussi le procès d'écriture qui ne laisse pas intacte cette idée

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De la shoah, aucune institution religieuse au monde ne sortit indemne, immune, saine et sauve

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Le 11 septembre est un symptôme d'auto-immunité suicidaire

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Une surenchère hyperbolique gouverne le rapport du Juif non communautaire au judaïsme : "Moins tu es juif, plus tu l'es"

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