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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, christianisme, latinisation                     Derrida, christianisme, latinisation
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 9 fév 2017

[Derrida, latinisation, christianisme]

Autres renvois :
   

Derrida, croyance, foi, fiduciarité

   
   
                 
                       

1. Latinité.

On entend par christianisme une religion, un mot qui vient de Rome et se dit en latin. Cette religion unique, singulière, déterminée par un idiome, une situation, un régime de croyance, est datée, localisée géographiquement et historiquement. Ce qui la caractérise, par rapport à d'autres croyances, c'est qu'elle a été et qu'elle est encore le support de la mondialisation, ce phénomène historique que Derrida préfère nommer : mondialatinisation. En prolongeant l'Europe gréco-chrétienne, en rassemblant sous son autorité les traditions biblique et philosophique, cette universalisation combine l'expérience de la mort de Dieu avec celle du capitalisme comme économie et télé-technologie. Elle fait proliférer, dans l'espace public, des images spectrales qui convertissent une fabrication machinique (la production des médias) en simulacre de présence vivante, d'incarnation.

 

2. Père/Fils, la présence.

Dans la doctrine chrétienne de l'Incarnation, le Père et le Fils sont identiques (homousia). Ils se touchent et ils nous touchent par la main divine, qui unifie la chair et l'esprit. Cette unité du Pére/Fils, qui se dit par la bouche, est la condition même de l'être. Jésus parle, et le Père, plus grand et plus haut que lui, atteste que la filiation est légitime. Par cette énonciation, qui est le logos, le fini et l'infini sont liés. Le logos ou verbe proclamé à haute voix (kérygme ou profession de foi) crée le vivant, il est la vie du vivant, la présence à soi. Ceci est mon corps dit le Christ, Ceci est mon sang, le sang de l'alliance. Sur la présence de son corps déjà mort et déjà spirituel, sur sa voix déjà disparaissante, réduite à rien, il fonde l'alliance. Sans cette force d'amour, sans ce plérôme surabondant, rien n'existerait. Le mouvement qui soumet la vie à la raison est aussi celui qui peut produire autre chose, la transsubstantiation, briser la loi.

Avec la peinture, c'est une conversion du même ordre qui est tentée. Il s'agit d'ordonner la vision charnelle (le tableau) à la vision divine (l'invisible). Il faut pour cela que le dessin séduise, qu'il invite à la louange, à la prière, et qu'en même temps le regard soit hiérarchisé, verticalisé [ce qui est autorisé par certaines images, et non par d'autres : on n'a jamais peint le pénis circoncis du Christ, affirme Derrida - ce qui d'ailleurs se discute]. Dans cette opération, les corps incarnés (le Fils) font figure de Verbe. Dieu ne se montre pas, seule l'œuvre est vue. On fait appel au regard, mais c'est pour le ruiner, pour implorer une résurrection. De la présence du Père, on ne peut attester que par un aveuglement.

 

3. Du don de la mort à la responsabilité.

Le christianisme fait émerger, avec la foi personnelle, une responsabilité d'un type nouveau. Il ne s'agit plus de recevoir l'idée de ce qui, en général, est juste, beau ou bon (comme le soutenait Platon), mais de la responsabilité, à l'égard d'autrui, d'un sujet qui s'oublie soi-même pour décider de ce qui est bon. Une singularité irremplaçable s'impose comme obligation, comme loi, la bonté même. Pour donner la bonté, il faut qu'il s'efface, se donne la mort devant l'autre. Le paradoxe de cette éthique, c'est que, par cette décision, le sujet se fait le porteur inconditionnel d'un autre, un Dieu qui le regarde. En devenant personne, il accomplit le rite sacrificiel exigé par l'autre. Il ne peut plus limiter la responsabilité à ses proches, ses amis, sa famille. Elle doit s'exercer à l'égard de tout autre, y compris si cette exigence implique de donner la mort à son propre fils, comme dans le récit du sacrifice d'Isaac. Les disciples du Christ, dans l'Evangile de Luc, doivent pouvoir haïr "son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs et même sa propre vie" pour obéir à leur foi. Selon Derrida, cet engagement excessif ne peut pas être effacé du christianisme. Un Dieu absent, silencieux, séparé, secret, exige un amour infini, auquel le chrétien, être fini, ne peut répondre que dans la crainte et le tremblement. Dans sa solitude absolue, il ne peut que dire Adieu à cet Autre auquel il doit obéir. C'est le mysterium tremendum, cet affect incontrôlable, si proche du corps, qui déclenche l'imploration, les larmes, la culpabilité, le péché et le repentir.

 

4. Une économie du salut.

Le chapitre 6 de l'Evangile de Matthieu, où la prière chrétienne "Notre Père" est énoncée, est organisé autour de la question du secret : "Ton père, qui te voit dans le secret, te le rendra" est-il dit trois fois. Le Dieu invisible peut voir le lieu secret de la faute, de la culpabilité et du repentir. Le sujet peut espérer le salut, mais seulement dans la crainte et le tremblement. Cette économie sacrificielle repose sur une dissymétrie des regards. Dès lors qu'il n'y a plus de secret pour Dieu, le lieu du secret devient étranger au sujet, il ne lui appartient plus, une logique qui prépare celles de Freud (l'inconscient) ou de Heidegger (l'Unheimlich). Mais quand le sacrifice demandé est compensé ou récompensé dans l'autre monde, celui des cieux, on ne fait qu'ajouter à une économie circulaire, finie, une autre économie hétérogène, dissymétrique et infinie. Le calcul infini du jugement dernier ne fait que prendre la relève du calcul fini de l'échange.

 

5. l'Europe au-delà du christianisme.

L'homme d'aujourd'hui a du mal à avouer que la responsabilité, qu'il croit liée à une décision libre de son moi, se rapporte à la transcendance de l'autre. Cette logique est pourtant impliquée dans le concept de responsabilité. Même pour ceux qui ne se situent pas dans la religion, l'expérience de la bonté exige la renonciation à soi, un don inconditionnel, sans bordure. Dans la culture européenne, on n'est jamais assez coupable, assez responsable de l'autre. Des notions comme l'amour (Hegel), l'égalité, la fraternité ou la tolérance (Voltaire ou Kant) témoignent d'une condescendance le plus souvent associée à un discours tenu du côté du pouvoir

Si le dernier mot de la responsabilité est le don de celui qui se retire inconditionnellement, on peut penser une autre responsabilité, une autre tolérance, qui dépasse la leçon chrétienne. Il s'agit de respecter l'espacement là où il prend sa source (khôra) : distance, dissociation, disjonction, dissymétrie. Il n'y aura, selon Derrida, d'avenir pour l'Europe que si cette promesse est déployée radicalement, au-delà de l'échange sacrificiel (chrétien).

 

 

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Propositions

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Le mot "religion" circule dans le monde en latin, en anglais, comme l'événement unique, intraduisible, d'une "mondialatinisation"

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La mondialatinisation est une alliance étrange du christianisme, comme expérience de la mort de dieu, et du capitalisme télé-technoscientifique

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Avec le logocentrisme, une opération "européenne" impose une hégémonie, une autorité en rassemblant les traditions bibliques et philosophiques

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Le coeur de la christologie est l'identité d'être et de substance (homousia) entre le Père et le Fils

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Penser l'être comme vie dans la bouche, dans l'unité du père et du fils, c'est le logos

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La pensée gréco-judéo-chrétienne unit en un même concept, une "logo-zoïe", le logos et la vie du vivant

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Dans le "Ceci est mon corps" de la Cène christique, ce qui se mange et se consume, ce supplément incalculable qui "est" "comme" rien, c'est l'esprit

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Hegel en appelle au plérôme de l'amour, cette "belle oeuvre" de Marie-Madeleine la pécheresse, dont la surabondance peut seule briser le cercle de la loi

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Pour Hegel, l'infini positif peut se penser, dans le schème d'une pleine présence à soi

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Pour Hegel, aucune ontologie n'est possible avant l'Evangile ou hors de lui; l'être ne peut pas être ce qu'il est sans l'unité du père-au-fils, la famille spéculative

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Avec le christianisme émerge une nouvelle responsabilité : la bonté même, un don venu de l'autre comme la loi, qui commande au donataire sa propre mort

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La thématique chrétienne du don - amour infini, bonté, oubli de soi, péché, salut, repentir, sacrifice et don de la mort - se retrouve, en Europe, dans le concept de responsabilité

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On peut dire "religieuse" une logique qui, sans dogme institué ni l'événement d'une révélation, pense la possibilité d'un tel événement

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Pour qui assume la responsabilité personnelle, ni le sacrifice d'Isaac, ni la parole de Luc exigeant des disciples la haine de leurs proches, ne peuvent être effacés

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L'événement chrétien du "devenir-responsable" est lié au don sacrificiel où l'homme, dans sa singularité même, devient personne - vue par le regard d'un autre, d'un Dieu

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Par la crainte et le tremblement, on dit adieu à l'Autre, au tout autre absent, silencieux, séparé, secret, qui, dans la solitude absolue, ordonne d'obéir

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Il n'y aura un avenir pour l'Europe, et un avenir en général, que si la promesse du "mysterium tremendum" chrétien, cette responsabilité hérétique, est déployée radicalement

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Le motif de l'amitié fraternelle, souveraine, inconditionnelle, exceptionnelle et indivisible, se retrouve avec ses paradoxes dans toute la tradition gréco-chrétienne

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La Révolution française a sécularisé et mis en oeuvre la promesse d'égalité et de réciprocité qui, dans l'amitié chrétienne, lie entre eux les frères

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En tant qu'économie du sacrifice, la responsabilité chrétienne renvoie à une dissymétrie entre les regards : "Ton père qui te voit dans le secret, te le rendra"

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La figure de la loi est hétéronomique, dissymétrique : elle nous regarde comme un spectre à travers un effet de visière où nous nous sentons vus sans pouvoir croiser son regard

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"Plus de secret, plus de secret" : dès lors qu'il n'y a plus de secret pour Dieu, s'instaure pour le sujet un lieu de retrait où plus de secret encore, en supplément, peut se loger

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Dans l'économie chrétienne du sacrifice, cette étrange économie du secret, un calcul infini prend la relève d'un calcul fini

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Pour ouvrir la dimension de la foi ou de la responsabilité, il faut l'invisible absolu, secret au-delà du secret : ça me regarde, par la voix d'un autre, même là où je ne vois rien

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La peinture chrétienne met en oeuvre une allégorie qui, en ordonnant la vision charnelle à la vision divine, convertit le regard

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Une oeuvre est un événement sacrificiel, apocalyptique, qui ruine ce qu'il met en ordre et implore la résurrection de qu'il ruine

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La tolérance organise un discours aux racines religieuses, le plus souvent tenu du côté du pouvoir

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On peut désormais penser une "autre tolérance" comme scrupule, retenue, respect devant la distance de l'altérité infinie

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On n'a jamais peint le pénis circoncis du Christ

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