| Pour désigner une sorte de complexe aux frontières floues, de vaste conglomérat regroupant les médias, la science, la technique, la télévision, l'audiovisuel, l'Internet etc..., Jacques Derrida se sert d'une série de syntagmes plus ou moins interchangeables : télé-communications, télé-technique, télé-techno-science, techno-télé-discursivité, etc.... Cet ensemble comprend aussi le cinéma (mais la photo, silencieuse, s'en distingue). Il est spectral : une spectralité envahissante, irréductible, à laquelle on est forcé de croire, de s'identifier, c'est-à-dire dont ne peut pas faire son deuil. L'esprit moderne y est à l'oeuvre. Il produit la parole publique à travers des artefacts qui tiennent lieu de réalité.
Les télétechnologies ne sont pas nouvelles dans leur principe. L'écriture est déjà une technologie. Dans le prolongement de la mort de dieu issue de Rome et du christianisme, il faut les penser avec la religion. Elles poussent toujours plus loin la logique d'une mondialatinisation qui allie abstraction et calculabilité à des réactions sauvages contre ce qui est perçu comme menaçant. Des mécanismes d'auto-immunité produisent des effets paradoxaux : expropriation, arrachement à toute identité, usages magiques de la machine, comportements archaïques.
Les télé-technologies d'aujourd'hui ont une spécificité : leur prétention à garder vivantes des choses qui n'ont eu lieu qu'une fois. Ce n'est qu'une croyance, car entre le présent initial et ce qui est montré, il y a un écart, une division. Même si elle n'est qu'un effet, cette croyance au direct ou au temps réel transforme notre perception. Dès qu'il y a reproduction, il y a effet virtuel.
Les télétechnologies déplacent les frontières. Elles renouvellent la menace d'expropriation qui est déjà dans tout rapport à l'autre. Elles entretiennent une demande de déconstruction qui conduit, entre autres, à un nouveau concept du politique, une nouvelle éthique.
Les intellectuels doivent s'organiser face à cet ensemble, imposer des normes et des conditions qui permettent à leur point de vue d'être entendu. |