| Depuis toujours, Derrida apprécie le cinéma en tant que loisir. Il le considère comme un art de la présence, de la voix, du discours, appartenant, comme les autres arts, au logocentrisme.
Chacun est seul au cinéma, avec ses singularités. Les émotions s'impriment directement. Il libère les interdits, autorisant toutes les identifications.
Mais il y a plus. Le cinéma n'a-t-il pas contribué à mettre en oeuvre, depuis un siècle, un type de croyance nouveau, sans précédent? Déjà Benjamin l'a rapproché de la psychanalyse et de la photographie apparues à la fin du 19ème siècle avec le monde scientifique. Ce monde des télé-techno-sciences se caractérise par la spectralité à laquelle le cinéma appartient lui aussi, de part en part. Il est une fantomachie : il a la mémoire de ce qui nous hante, sans être présent. En voyant un film, nous faisons le deuil de ces apparitions tout en les magnifiant.
Certes, le cinéma est un simulacre, mais c'est le simulacre de la survivance absolue. Il est incapable de reproduire la trace, mais il peut la produire à nouveau, la faire survivre. La voix peut faire revivre sa présence. Telle est l'essence du cinéma.
Le cinéma est une industrie. Il doit être pensé avec le capital qui, comme sa critique marxiste, relève de la spectralité.
Pour composer un film, on procède par montage, un type d'écriture déconstructive qui n'est pas sans lien avec la façon dont Derrida lui-même écrit. |