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Spectral de Derrida                     Spectral de Derrida
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 29 juillet 2005.

[Le spectral de Derrida]

Autres renvois :
     

Conjuration, exorcisme, contestation

     

Survivance, spectralité

     
 
                   
                         

Quand le spectre appelle, c'est un événement unique. Il apparaît. Nous y sommes livrés, de génération en génération. Etrange voix, à la fois présente et non présente, singulière et multiple, porteuse de différance, aussi fantômatique qu'un être humain, différente d'elle-même et de son propre esprit. Il est un autre et plus d'un autre. Il désarticule le temps. Il est une trace. Quoique venant du passé, portant un héritage, il est imprévisible et surtout irréductible, ce qui fait de l'hantologie un concept central de l'oeuvre de Derrida, plus ample que l'ontologie. Le spectre n'est-il pas inséparable de la déconstruction? N'est-il pas son lieu le plus hospitalier?

Le motif du spectre est associé à la quête de l'origine que Derrida a toujours déniée et poursuivie. Des spectres ne cessent de s'annoncer (en provenance des générations passées, de l'inconscient ou de la chose même). Ils s'infiltrent sous la représentation, dans l'image ou la peinture, derrière les chaussures de Van Gogh ou derrière l'écran, dans ces suppléments qui, comme l'écriture, s'ajoutent à la perception courante. Ce sont des figures de la loi dépositaires d'un droit de regard. Il faut vivre avec, en faire son deuil ou aller au-delà.

La spectralité est un lieu où se creusent des places vides à partir desquels on peut s'entretenir avec ces autres, ni morts ni vivants. Nous en héritons et nous les respectons.

Vers 1900, avec les technosciences, on a inventé une expérience de croyance sans précédent. Nous accueillons l'événement, qu'il soit politique (la démocratie à venir, la révolution), divertissant (cinéma et photographie), technique ou médiatique. L'image de ce spectre est inquiétante, ni stable, ni spéculaire. Même quand nous nous identifions à lui, c'est sa ruine qui nous hante. On est tenté de l'exorciser, le conjurer avec l'aide des mêmes télé-technologies qui l'ont fait émerger, mais cette conjuration le conforte.

Comme fétiche, le spectre résulte du dédoublement phallique. Il produit des effets de virtualité, divise le présent, multiplie les croyances et contribue à relancer la guerre des religions.

Voilà qu'un autre spectre arrive, non visible : le revenant.

Paradoxe : on n'accueille le spectre que pour le chasser. Il faut aller plus loin. Au-delà du deuil, vers la déconstruction.

 

POST-SCRIPTUM : L'événement un peu particulier qui s'est produit dans les rapports du scripteur avec Jacques Derrida, c'est qu'au moment précis où il a entrepris (le scripteur) d'introduire dans ce site l'oeuvre dudit Jacques, c'est-à-dire en octobre 2004, eh bien à ce moment précis, ledit Jacques, il a trépassé, de sorte que cet axe-là s'est enroulé autour d'un spectre. Comment interpréter cela? Le spectre ne m'a rien dit. Il ne semble ni désireux de résister à l'outrage ni menacer de revenir porteur d'une terrifiante visière. Alors je continue. Il faut bien que je coexiste avec lui.

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Propositions

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Un spectre est un revenant : il est l'origine, et aussi la perte inéluctable de l'origine

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Toute image porte la ruine originaire qui fut l'unique objet de la hantise de Jacques Derrida

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S'il faut conjurer le spectre, c'est parce qu'il est une voix porteuse de différance

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L'écriture, s'abritant dans la crypte où s'oublie la mémoire vivante, abandonne son fantôme à la logique

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Chaque fois qu'un spectre est présent, c'est l'événement même, tout autre

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La thématique du fantôme ou plutôt du revenant traverse la plupart de mes textes, elle n'est pas loin de se confondre avec celle de la trace même

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Le spectre est aussi puissant et plus efficace qu'une présence vivante

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Nous sommes livrés à la voix du spectre

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Une conjuration est un appel pour faire venir par la voix un spectre afin de l'exorciser

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Le spectre est l'apparition charnelle de l'esprit, son corps phénoménal, sa vie déchue

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Trois choses concernent le spectre : le deuil, les générations, le travail de l'esprit

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"The time is out of joint" : par l'effet de la chose spectrale, le temps est désarticulé

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Le spectral dans Derrida renvoie à ce qui revient et le messianique à ce qui advient

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Le spectre dispose du droit de regard absolu, il est le droit de regard même

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Le spectre, c'est du visible, même s'il n'est pas présent en chair et en os, tandis que le revenant n'apparaît pas à la vue

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Le spectre, fantôme ou fantasme, est visible sur un horizon, on peut le voir venir, tandis que le revenant n'a pas d'horizon : il arrive comme la mort

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Le spectre interrompt toute spécularité et toute synchronie : effet de visière qui le distingue du fantasme et du simulacre

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La logique spectrale envahit tout, partout où se croisent le travail du deuil et la tekhnè de l'image

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Rien ne précède le marché, car la valeur d'échange s'est toujours déjà annoncée, au moins sous forme de hantise, dans la valeur d'usage

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Avec les télétechnologies, le présent vivant se divise entre sa vie et sa survie : il n'y a image ou archive que s'il se spectralise

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La quatrième surface de la scène représentative est un miroir-écran brisé, avec et sans tain, qui ne laisse passer le fantôme des figures qu'après permutation et transformation

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Le spectral, ce sont ces autres, jamais présents comme tels, ni vivants ni morts, avec lesquels je m'entretiens

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Derrida : La logique de l'identification est hantée par le double : le Je et l'autre Je

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"Apprendre à vivre", c'est respecter la loi de l'autre (promesse et fidélité) selon le triple anagramme : respect, spectre, sceptre

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Il y a toujours plus d'un spectre

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On n'hérite jamais sans s'expliquer avec plusieurs spectres

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L'Hamlet européen regarde des millions de spectres

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L'homme est le plus inquiétant de tous les fantômes

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Tous ceux qui sont occupés par les spectres ne les accueillent que pour les chasser ou les conjurer : hospitalité et exclusion vont de pair

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La figure de la loi est hétéronomique, dissymétrique : elle nous regarde comme un spectre à travers un effet de visière où nous nous sentons vus sans pouvoir croiser son regard

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Une tâche derridéenne : "Vis-à-vis du spectre, aller au-delà du travail de deuil"

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La pensée déconstructrice de la trace se porte au-delà de l'opposition entre le travail vivant et le spectre

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Marx, comme un spectre, appelle d'avance l'imprévisibilité de sa propre transformation

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Le lieu de la spectralité est celui où on doit laisser une place vide en mémoire de l'espérance : la démocratie à-venir

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La structure de la peinture est "restante" : ce qui y revient n'est ni une vérité, ni une présence dans la représentation, mais une marque

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Les chaussures de Van Gogh sont hantées, elles sont la revenance même

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Le phallique, dans sa différence, a une double valeur : sa pure et propre présence / son fantôme, son spectre, son fétiche

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Le spectral est l'essence de la photographie

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L'expérience cinématographique appartient, de part en part, à la spectralité

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On a inventé avec le cinéma, il y a un siècle, une expérience sans précédent de la croyance : la spectralité, qu'aucun art ne peut plus ignorer

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La télé-techno-discursivité, qui détermine l'espacement de l'espace public, est irréductiblement spectrale

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Cinéma, médias et télé-technologies mettent en scène des spectres dont on ne peut pas faire son deuil

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L'enjeu déclaré des guerres de religion cyberespacées d'aujourd'hui "Qu'est-ce que le présent?" est aussi la relance accélérée des spectres fondateurs

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Une spiritualisation spectrale est à l'oeuvre dans toute tekhnè

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La logique de la spectralité est inséparable du motif de la déconstruction

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Dans la logique spectrale, la déconstruction trouve son lieu le plus hospitalier, au coeur du présent vivant

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Entre le spectre et l'esprit passe la différance

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L'hantologie est une catégorie irréductible qui, à l'époque des médias, rend possible une prise de position politique

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Une hantologie (logique de la hantise) serait plus ample qu'une ontologie et abriterait en elle l'eschatologie et la téléologie mêmes

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Pour rendre compte des effets de virtualité, simulacre et spectralité, il faut que la déconstruction inscrive la possibilité de renvoi à l'autre, hétérogénéité, différance

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Le manifeste du parti communiste commence comme Hamlet : par un spectre qui hante l'Europe

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Spectres de Marx (Jacques Derrida, 1993) [SMX]

     


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