| Comme l'auto-immunité derridéenne, la conjuration est double. 1. je jure. 2. en conjurant, j'arrête les effets délétères de mon juron. On retrouve ce dédoublement dans l'exorcisme, la contestation ou encore dans ce que Derrida appelle la chasse : par énonciation vocale, je fais exister ce dont je prétends me débarrasser. Je tiens à garder à ma portée ce que je poursuis (le supplément). Si la voix a de tels pouvoirs, c'est qu'elle porte plus et autre chose que sa propre présence. Conjurer, c'est lancer un appel (faire venir un spectre), c'est aussi en forcer le deuil (le détruire). C'est ce que font, par exemple, ceux qui croient se protéger de la crainte de la mort par la parole vive (comme Socrate) ou ceux qui, dans un autre registre, espèrent se débarrasser du spectre de Marx.
Tout ce qui laisse des traces s'exorcise, y compris la machine [et peut-être aussi le tableau, d'après la définition de Panofsky]. |