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Derrida, dédoublement                     Derrida, dédoublement
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 31 octobre 2007.

[Derrida, dédoublement, duplicité]

Autres renvois :
     

Derrida, auto-affection

     

Derrida, auto-immunité

     
 
                   
                         

Ce pourrait être une figure de l'origine. Au commencement, Dieu créa la duplicité. De même que la tora commence par la lettre beth (deux), la pensée derridéenne commence par la loi de l'hymen (deux), qui est aussi la loi de la dissémination (deux fois deux font quatre - et quatre est le chiffre derridéen). Mais les choses se compliquent dès le départ, car s'il y a au moins deux, c'est qu'il y a plus de deux.

On pourrait aussi partir d'un récit biographique. Substitut d'un enfant mort, Derrida s'est toujours senti fils/non-fils, juif/non-juif, enseignant/non-enseignant, etc... Il ne s'est stabilisé que dans sa pensée du double, cette pliure sur soi qu'il appelle auto-affection. Ne se pense-t-il pas comme un autre Abraham? Victime d'une auto-immunité mortifère, il s'est combattu lui-même jusqu'à l'échec final (la mort). Il en reste une incroyable prolifération de textes eux-mêmes presque toujours doubles, comme Glas, et marqués par la duplicité du mot écriture dont il avait, au départ, fait son cheval de bataille. Car il y a deux écritures comme il y a deux textes, ne vous leurrez pas.

Dès la première trace, la différance sème l'autoduplication. Elle produit du supplément, qui lui-même est remplacé par son double, et ainsi de suite : un entraînement fatal qui peut faire peur. Toutes les formes de croyance ou de représentation sont affectées : la religion, avec ses deux sources (qui apparaissent dans l'étymologie ou les pratiques sacrificielles), la raison, l'imagination, la peinture. En art, on a appelé mimesis cette duplication proliférante qui oscille entre fidélité et simulacre, et que Platon condamnait. Le présent aussi est double, et aussi le sacré, et aussi la voix - et même le phallus. Quant aux grands auteurs comme Marx, si l'on regarde de plus près, ils sont aussi bifides. On les reçoit et on les transmet car l'héritage, aussi, est double.

Ce qui est double n'est pas symétrique. Il peut être dépareillé, comme les chaussures de Van Gogh dont la pliure pousse au mouvement, à la marche.

Borner la mimesis à l'imitation, c'est méconnaître la logique du double, qui est proliférante, additive et qui nous place sans cesse, comme Oedipe, devant une bifurcation. Tu peux toujours et encore monter à l'échelle, une autre échelle s'y ajoutera.

Dans ce contexte, la stratégie de la déconstruction ne peut être que double : 1. renverser les hiérarchies (de l'intérieur), 2. désorganiser les systèmes (de l'extérieur).

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Propositions

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Par la loi de l'hymen, la théorie dérridéenne du double prolonge l'inquiétante étrangeté freudienne

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Loi de la dissémination : tout commence par une doublure

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La structure du supplément implique qu'il puisse se faire remplacer par son double, et qu'un supplément de supplément soit possible et nécessaire

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Il y a plus d'Un, c'est-à-dire au moins deux, ce qui implique une alliance à plus de deux : n + Un

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Etude pour un dessin d'après Glas - double échelle (Valerio Adami, 1975)

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Avec la dissémination, on ne peut compter ni par le un, ni par le deux, ni par le trois : c'est une pratique du quatre qui commence par la dyade

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La textualité intervient dès la première trace, qui déjà se marque de duplication, d'écho, de miroir

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Il y a dans la tradition occidentale deux écritures : logocentrique et disséminatrice

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Il y a deux textes - le texte courant et l'autre texte, comme il y a deux écritures

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L'écriture est le supplément par excellence puisqu'elle marque le point de redoublement initial où le supplément se donne comme supplément de supplément

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Ce qui va par deux n'est pas nécessairement une paire : comme les chaussures de Van Gogh, ça ne marche pas, ça boîte

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La déconstruction a une structure de double marque (double lecture, double écriture et double science) : l'une intérieure au logocentrisme (système d'oppositions), l'autre extérieure

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La stratégie générale de la déconstruction est double : intervenir en renversant les hiérarchies; désorganiser les systèmes en explorant les écarts

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La dissémination déplace toute mimétologie (interprétation de la mimesis qui méconnaît la logique du double et du supplément d'origine)

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Il y a deux types d'imagination : l'une est mimétique et l'autre met en jeu la productivité libre et spontanée

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La mimesis prolifère à l'infini par autoduplication

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La duplicité interne de la mimesis la divise vers deux points de fuite : soit la reproduction fidèle, soit le supplément qui fait exister un non-être

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Il faut chasser la mimesis car elle est doublement condamnable : inutile comme copie, elle est dangereuse comme simulacre ou tromperie

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Il y a, dans le présent, un présent simple et un plus-que-présent

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L'héritier doit répondre à une double injonction : 1. Réaffirmer ce qui n'est pas choisi; 2. Choisir de le maintenir en vie, le réinterpréter activement

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Oedipe, poussé par une colonne invisible, hésitant entre deux chemins qui ne cessent de se dédoubler, ne peut que briser la surface à laquelle il se heurte

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La religion et la raison ont la même source qui se divise machinalement et tente de restaurer l'indemne qu'elle menace d'elle-même

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Il y a deux sources étymologiques du mot "religion" : relegere (cueillir, rassembler) et religare (lier, relier)

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La religion croise deux veines irréductibles l'une à l'autre : croyance en un tout-autre inaccessible en sa source absolue; expérience de l'indemne, du sacré ou du saint

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L'ellipse ou la duplicité originaire de la religion, c'est que la loi de l'indemne exige et exclut le sacrifice

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Le phallique, dans sa différence, a une double valeur : sa pure et propre présence / son fantôme, son spectre, son fétiche

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La voix donne aux sensations et intuitions une seconde présence qui vaut dans le domaine de la représentation

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C'est comme s'il y avait deux peintures dans la peinture : l'une coupant le souffle; l'autre volubile, intarissable, reproduisant un vieux langage

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Tout rapport à un tableau implique un mouvement double de rapprochement et d'éloignement, de marque et de marche (Fort/Da)

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La peinture dans son milieu abstrait (le mur du musée) se détache doublement, comme produit et comme oeuvre : double marque de pliure et de dissémination

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Il y a dans Marx deux axiomes contradictoires : il respecte le mouvement de la différance, mais il en reste à une ontologie critique de la présence

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Derrida se sent double car il est presque le jumeau d'un frère mort

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"Je pourrais, pour moi, penser un autre Abraham" - ou plus d'un Abraham

     


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