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de Jacques Derrida

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Derrida, auto-affection                     Derrida, auto-affection
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 13 octobre 2005.

[Derrida, pliure, auto-affection]

Autres renvois :
     

Autoréférence

     

Derrida, auto-immunité

     

Derrida, dédoublement, duplicité

 
                   
                         

Parmi les concepts attachés au nom et à l'oeuvre de Derrida, il est peu courant qu'on cite l'auto-affection. On préfère des mots plus emblématiques, voire médiatiques, comme différance, déconstruction, trace, hospitalité. Pourtant, sans l'auto-affection, aucun de ces concepts n'aurait pu être construit. Structure universelle de l'expérience, engendrée par rien, reproduite par l'ouïe, la voix et le temps, l'auto-affection apparaît dès les tous premiers opus de l'oeuvre, et sa signification ne cesse d'être relancée.

Sans aucun détour par aucune extériorité, je m'entends parler. C'est le point-source de la voix et du temps, qui rend possible la subjectivité et aussi la transcendance, sur le modèle du se toucher. Comme dans l'expérience auto-érotique, un supplément vient altérer le moi. Le touchant-touché, travaillé par une division, accueille l'autre.

L'hymen, membrane ambivalente, se divise elle-même sans arrêt, par pliure. C'est ainsi qu'on écrit un lvire : par une auto-chirurgie qui est une sorte d'auto-circoncision - voire autofellocirconcision. La dissémination est un repli sur soi de la membrane, sans extériorité.

L'oeuvre surgit dans la pliure de la citation, mais dès qu'elle s'achève, elle devient indivisible, plus rien ne l'affecte du dehors.

L'auto-affection laisse un reste : une trace, un signifiant d'une extériorité irréductible.

Dans l'évidence de la présence à soi-même, le logos, qui est la parole comme auto-affection, se produit par le détour d'une écriture. Sa réactivité est à la source de la raison comme de la religion.

Entre la bouche et l'audition, à partir d'une différence pure, indépendamment de toute finalité externe, un processus autonome (comparable à la loi morale kantienne) se produit. Il est purement subjectif, comme le plaisir désintéressé qui s'attache au beau.

L'affect est le rapport à la vie. Il n'y a pas auto-affection dans tout affect, mais seulement dans les facultés qui, comme la voix et le temps, sont des mouvements actifs. C'est le cas de l'imagination ou de la poésie, où s'accomplissent la productivité la plus libre. C'est aussi le cas de la sexualité (même si le logocentrisme voudrait la mettre à part).

Quand le tout-autre (c'est-à-dire un objet) l'affecte, l'auto-affection devient hétéro-affection. C'est le jugement esthétique. Si l'événement est impossible à arrêter, il se peut qu'il y ait oeuvre d'art.

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Propositions

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L'auto-affection est une structure universelle de l'expérience

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L'affect, qui est le rapport du vivant à l'autre, est incalculable, irréductible, étranger à toute machine

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La pliure est une auto-affection : chaque pli déterminé se plie à figurer l'autre et à re-marquer ce pli sur soi de l'écriture

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Qu'en est-il de la voix et du temps? Tous deux reproduisent l'auto-affection pure, qui n'est engendrée par rien

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Le point-source du temps est auto-affection pure

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La voix est vécue comme une auto-affection absolument pure d'un type unique, car "je m'entends parler" sans aucun détour ni par le monde, ni par le non-propre

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L'auto-affection pure de la voix rend possible la subjectivité ou le pour-soi

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La voix est l'auto-affection d'une différence pure

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Sevrés de toute finalité externe, nous intériorisons par la bouche notre existence libre et autonome, c'est-à-dire morale

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Le "se toucher" semble livrer le modèle transcendantal du "manger", du "baiser" et du "s'entendre-parler de la voix"

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La différance est un mouvement de production du sujet par auto-affection

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"Autofellocirconcision" serait le concept derridéen du "propre"

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L'auto-affection du moi est comparable à l'onanisme : altérer la présence en restituant une autre présence qui n'est que représentation, supplément, altération

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L'hymen, se divisant, se rapporte à lui-même par des pliures dont rien, dans sa syntaxe, ne peut arrêter le jeu

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La dissémination circule infiniment sur elle-même; sa marche n'est limitée qu'à la marge, par pliure

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Dans la structure générale de l'auto-affection, l'opération du touchant-touché accueille l'autre

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Travaillée par une division, l'opération d'auto-affection accueille l'autre

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Le "plaisir désintéressé" produit par l'objet beau ou sublime est un "se-plaire-à" : une auto-affection purement subjective

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Le beau est une structure d'hétéro-affection pure : auto-affection affectée de l'objectivité pure du tout-autre

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Dans le jugement esthétique, l'hétéro-affection la plus irréductible habite l'auto-affection la plus close

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Tout commence dans le pli de la citation

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L'oeuvre n'est divisible que par elle-même, rien ne l'affecte du dehors, jusque dans la dissémination de sa lignée

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Ecrire un livre est une auto-circoncision, une auto-chirurgie

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Le logos ne peut se produire comme auto-affection qu'à travers la voix, dans l'évidence de la présence à soi-même

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La religion et la raison ont la même source qui se divise machinalement et tente de restaurer l'indemne qu'elle menace d'elle-même

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L'écriture alphabétique s'est imposée car elle est liée à l'événement de la voix dans une auto-affection supposée vivante

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Le logos, qui est la parole comme auto-affection, se produit dans l'histoire par le détour d'une écriture, en rendant la voix à un silence dynamique

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L'auto-affection laisse une trace de soi dans le monde : un signifiant inexpugnable dans une extériorité irréductible

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La faculté sensitive ne se sent pas elle-même d'elle-même, elle ne s'affecte pas sans le mouvement d'un objet extérieur

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Chez Rousseau, l'imagination est déterminée comme différance : faculté virtuelle la plus active, elle est en réserve dans la nature et la transgresse

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L'imagination ne peut être éveillée par aucune faculté : elle est pure auto-affection

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Par sa structure auto-affective, le s'entendre-parler qui la constitue, son intolérance à la prothèse, l'ouïe n'est pas un sens parmi d'autres

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Le privilège de la parole poétique dans l'art tient à un travail de deuil qui transforme l'hétéro-affection en auto-affection

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Une "pensée derridéenne de l'art" articule autour de ses propres concepts - différance, auto-affection, économimesis - le rapport au tout-autre

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Une oeuvre peut être vue comme événement d'auto-affection de la scène primitive

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Vouloir distinguer le mouvement du langage et l'auto-affection sexuelle est le voeu logocentrique par excellence

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Pour élaborer sa théorie de l'auto-affection de la voix, Derrida s'inspire de Heidegger

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J'ai du me porter moi-même lors de ma circoncision : c'est ce qui, pour qui sait lire, s'écrit dans la différance

     


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