| La vérité appartient à une certaine époque de l'être, celle de la métaphysique, dont nous vivons la clôture. Dans cette époque historique, déconstructible, sa norme est la présence du présent. Généralement voilée, elle se révèle dans la parole ou dans la voix, quand la signification efface le signifiant. Elle se parle dans la logique, le discours logocentrique, la mimesis.
La vérité fait retour au père. Mais pour être crédible, elle doit engendrer un dieu, un témoin absolu.
Il y a eu un âge plus ancien, celui de la différance, où prévalait le jeu de la trace.
A certains concepts, comme la lettre, on ne peut associer aucune vérité. A d'autres, comme les larmes, Derrida associe une vérité qui n'est pas un signifié, mais une adresse ou une valeur, laquelle ne peut être que supplémentaire (la supplémentarité, dans le système de Derrida, fonctionne comme un indice de vérité).
Selon certains commentateurs, il y aurait eu un tournant dit éthique dans l'oeuvre de Derrida (vers 1990). Il se serait alors réconcilié avec la vérité. On peut douter à la fois du tournant et de la réconciliation. D'une part Derrida ne s'est jamais tenu à l'écart d'un certain horizon de vérité : Il faut la vérité, c'est la loi déclarait-il en 1972. D'autre part des notions plus tardives comme celles d'hospitalité ou de messianique sans contenu ne dépendent pas plus de la notion métaphysique de vérité que la déconstruction.
Il n'y a nulle part, chez Derrida, de lieu propre de la vérité, même pas dans ses propres concepts. La vérité, on ne la dévoile pas (comme Freud le croyait). On ne la fait pas revenir (comme Lacan le croyait). Soit on la promet sans la dire, comme Cézanne, soit on ne la dit que du bord des lèvres, en la déconstruisant. Peut-être nous fait-elle clin d'oeil dans l'oeuvre d'art - celui de l'hymen ou du parergon.
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