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Derrida, vérité                     Derrida, vérité
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 9 septembre 2005.

Être et vérité

[Derrida, la vérité]

Être et vérité
     
     
     
 
                   
                         

La vérité appartient à une certaine époque de l'être, celle de la métaphysique, dont nous vivons la clôture. Dans cette époque historique, déconstructible, sa norme est la présence du présent. Généralement voilée, elle se révèle dans la parole ou dans la voix, quand la signification efface le signifiant. Elle se parle dans la logique, le discours logocentrique, la mimesis.

La vérité fait retour au père. Mais pour être crédible, elle doit engendrer un dieu, un témoin absolu.

Il y a eu un âge plus ancien, celui de la différance, où prévalait le jeu de la trace.

A certains concepts, comme la lettre, on ne peut associer aucune vérité. A d'autres, comme les larmes, Derrida associe une vérité qui n'est pas un signifié, mais une adresse ou une valeur, laquelle ne peut être que supplémentaire (la supplémentarité, dans le système de Derrida, fonctionne comme un indice de vérité).

Selon certains commentateurs, il y aurait eu un tournant dit éthique dans l'oeuvre de Derrida (vers 1990). Il se serait alors réconcilié avec la vérité. On peut douter à la fois du tournant et de la réconciliation. D'une part Derrida ne s'est jamais tenu à l'écart d'un certain horizon de vérité : Il faut la vérité, c'est la loi déclarait-il en 1972. D'autre part des notions plus tardives comme celles d'hospitalité ou de messianique sans contenu ne dépendent pas plus de la notion métaphysique de vérité que la déconstruction.

Il n'y a nulle part, chez Derrida, de lieu propre de la vérité, même pas dans ses propres concepts. La vérité, on ne la dévoile pas (comme Freud le croyait). On ne la fait pas revenir (comme Lacan le croyait). Soit on la promet sans la dire, comme Cézanne, soit on ne la dit que du bord des lèvres, en la déconstruisant. Peut-être nous fait-elle clin d'oeil dans l'oeuvre d'art - celui de l'hymen ou du parergon.

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Propositions

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La vérité qui se parle dans le cercle logocentrique, c'est le discours de ce qui revient au père

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La logique est ce qui revient au père mort comme à la loi et au logos; elle constitue la vérité du logocentrisme

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La vérité a pour norme, ordre et loi la présence du présent, soit comme dévoilement de la chose, soit comme accord entre la chose et la représentation

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Tout témoignage, serment, attestation ou adresse engendre et invoque un dieu auquel promettre la vérité

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Le jeu de la trace, qui appartient à l'âge de la différance, est "plus vieux" que la vérité de l'être

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La voix s'entend au plus proche de soi, comme l'effacement absolu du signifiant, qui est la condition de l'idée même de vérité

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À la lettre, on ne peut associer avec certitude ni un destinataire, ni un expéditeur, ni un sens - ni une vérité

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Entre les motifs du voile et de la voix, il y a une complicité structurelle

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Il n'y a pas de vérité de dévoilement : seulement un clin de l'hymen, une chute rythmée, une cadence inclinée

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"Il faut la vérité", c'est la loi - disséminatrice et fétichiste

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L'époque de l'opposition de la vérité et de l'apparence est un temps historique déconstructible

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La femme comme figure de la castration ou de la vérité, fait revenir le phallus ou le signifiant en sa demeure (stricture de l'anneau)

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"Il faut la vérité", comme "il faut du langage", et comme "il faut parler" -, mais il faut aussi déconstruire la vérité

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Les larmes révèlent que la vérité de l'oeil humain est l'imploration plutôt que la vision

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Religion et raison témoignent toutes deux d'un "Je promets la vérité" où dieu est témoin absolu, même dans son absence

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La mimesis doit suivre le procès de la vérité, sa seule référence

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La "vérité en peinture" est une formulation passe-partout de Cézanne qui promet que les quatre vérités seront dites, mais seulement en peinture

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Le texte de Freud redouble fictivement celui qu'il explique en dévoilant une vérité "nue" qui était déjà en lui

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Pas plus que la castration, la dissémination ne peut devenir un signifié originaire, le lieu propre de la vérité

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"J'ai fait de l'eschaton le bord des lèvres de ma vérité"

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Tous les concepts qui déterminent une non-supplémentarité (nature, animal, primitif, enfant, ...) n'ont aucune valeur de vérité

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Dans l'oeuvre d'art, la vérité du cadre est sa parergonalité : il construit (fixe les formes et les oppositions), mais il est fragile (supplémentarité)

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Ce qui se passe chez Derrida vers 1990 - un tournant de la générosité - est un déplacement du primat de la non-vérité vers celui de la vérité

     


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