| La première interrogation sur l'origine, c'est de se demander s'il y en a. La réponse de Derrida est ambiguë. Il est impossible de commencer, mais impossible aussi de ne pas en faire un point focal de son interrogation, car il y a de l'événement, de l'arrivant absolu, de l'altérité irréductible.
De quelle origine s'agit-il? Du déclenchement d'un mécanisme, c'est-à-dire d'un commencement? Ou d'un désir d'origine, de ce qui supplée à l'origine pour faire naître le mouvement du supplément ou de la différance, elle-même disséminatrice, productrice de l'acte du différer? Cette dernière production serait plus originaire encore que la différence ontico-ontologique de Heidegger.
Une révélabilité archi-originaire, en-deça de la révélation, rend possible le lien fiduciaire qui ouvre l'autre. Elle suppose un acquiescement, un oui originel préalable à toute parole. Là se fonde tout crédit, la foi comme la science.
Au départ, il y a ce qui reste d'une répétition, d'un effacement. L'opposition entre originaire et dérivé n'en est qu'un effet. C'est une trace, un dessin.
Mais tout cela, qui fait naître sans engendrer, n'est rien (Khôra).
Imaginer le cogito comme point-zéro, c'est prendre un point de vue métaphysique. On situe le logos au point d'origine, oubliant qu'il a lui-même un père, et qu'à l'origine du logos, il y a inversion du supplément : l'origine n'est pas nécessaire, elle est contingente, elle n'est qu'un reste.
Un signifié originaire, transcendantal, occupe une fonction dans le système des significations organisé autour de l'interdit. Il oriente toute signification, mais n'a pas de sens. C'est le point fictif auquel nul autre point ne peut se substituer.
La perte de l'origine est inéluctable, mais son retour aussi, en tant que spectre. |