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Derrida, le rien, khôra                     Derrida, le rien, khôra
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 25 décembre 2006.

[Derrida, le rien, Khôra]

Autres renvois :
     

Platon, la khôra

     

Le vide, le rien

     
 
                   
                         

Ce qui n'est rien n'a pas d'essence, comme la khôra platonicienne : un lieu limitrophe, sans histoire, d'une extériorité absolue, celui de l'irruption du nom. La loi du propre n'y a aucun sens. Il ne désigne aucune chose, aucun étant. N'ayant ni forme, ni détermination, il est comme rien. Il n'est pas soumis aux oppositions du discours et n'y participe que sur un mode aporétique.

Le rien est au commencement, avant même le temps, avant l'auto-affection de la voix. Il est aussi dans l'époque à venir, celle d'une écriture non logocentrique, errante. Dans l'avenir, il n'y a rien, rien d'autre que de l'imprévisible, pas plus de possession que dans le trait du dessin, pas plus de voix que dans la photographie ou dans la parole de dieu.

Ce lieu est désert dans le désert : lieu impassible, abstrait, qui ne se laisse ni humaniser ni théologiser, encore plus ancien que le désert.

Que reste-t-il après l'effacement, le retrait? Pas le rien, la trace. Le rien ne reste pas, il est restance - avant même le reste (Il n'est rien en-dehors du texte).

La khôra grecque [la place même, un des noms du rien] est en affinité profonde avec une certaine nomination du Dieu des Juifs [le Lieu, un autre nom du rien]. N'étant rien, elle précède et excède toutes les oppositions, elle fait place à l'espacement, elle dissémine et met en oeuvre.

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Propositions

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Qu'en est-il de la voix et du temps? Tous deux reproduisent l'auto-affection pure, qui n'est engendrée par rien

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La khôra n'a pas d'essence : elle est l'anachronie dans l'être

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Khôra est le lieu abstrait qui ne se laisse dominer par aucune instance théologique, ontologique ou anthropologique

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La khôra n'est comme rien

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Khôra annonce l'irruption du nom; inapte à nommer, elle arrive comme le nom

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Khôra est la place même, la place irremplaçable qui fait parler, comme Socrate

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La khôra, étrangère au sensible et à l'intelligible, y participe comme "troisième genre" de manière aporétique

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La khôra donne lieu à l'opposition du logos et du mythos - ainsi qu'à toutes les oppositions, sans y appartenir

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Khôra est un abîme ouvert dans le mythe général, a-logique et anachronique, qui précède ou excède ses oppositions

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Khôra, lieu de tout site, fait raconter des histoires au sujet de ce qu'elle reçoit, mais ne devient elle-même l'objet d'aucun récit

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La khôra situe le mouvement, elle fait place à l'espacement, elle fait naître sans engendrer

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Avec la khôra, on est en un lieu où la loi du propre n'a plus aucun sens

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Khôra n'est rien : le lieu d'une restance infinie, d'un immémorial désert dans le désert, impassible, sans visage, tout-autre

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L'écriture, en laquelle rien ne réside, est l'errance même

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Khôra est le lieu où commence la dissémination

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Khôra est le lieu où la peinture se fait oeuvre

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Ce qui excède l'époque du logocentrisme (celle qui, comme histoire, clôt le savoir) n'est rien : ni la présence de l'être, ni le sens, mais autre chose qui n'a pas de nom

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L'époque à venir est celle d'une pensée qui, par son ouverture, ne veuille rien dire et rende l'écriture possible à partir de rien

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"Il n'est rien en-dehors du texte" soutient la Cabale, et aussi Derrida

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Le trait du dessin se retire dans l'acte de tracer; dans ce qu'il sépare ou différencie, rien ne lui appartient, pas même sa propre trace

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Il n'y a pas de voix présente dans la photographie, rien qui n'y soit prononcé

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Une des logiques les plus formalisées et irréductibles que Derrida a signées, sous le nom grec de khôra (le lieu), est en affinité profonde avec l'un des noms du Dieu des Juifs : le Lieu

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Si Dieu est une voix, elle me parle pour ne rien dire

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Khôra (Jacques Derrida, 1993) [khora]

     


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