| Ce qui n'est rien n'a pas d'essence, comme la khôra platonicienne : un lieu limitrophe, sans histoire, d'une extériorité absolue, celui de l'irruption du nom. La loi du propre n'y a aucun sens. Il ne désigne aucune chose, aucun étant. N'ayant ni forme, ni détermination, il est comme rien. Il n'est pas soumis aux oppositions du discours et n'y participe que sur un mode aporétique.
Le rien est au commencement, avant même le temps, avant l'auto-affection de la voix. Il est aussi dans l'époque à venir, celle d'une écriture non logocentrique, errante. Dans l'avenir, il n'y a rien, rien d'autre que de l'imprévisible, pas plus de possession que dans le trait du dessin, pas plus de voix que dans la photographie ou dans la parole de dieu.
Ce lieu est désert dans le désert : lieu impassible, abstrait, qui ne se laisse ni humaniser ni théologiser, encore plus ancien que le désert.
Que reste-t-il après l'effacement, le retrait? Pas le rien, la trace. Le rien ne reste pas, il est restance - avant même le reste (Il n'est rien en-dehors du texte).
La khôra grecque [la place même, un des noms du rien] est en affinité profonde avec une certaine nomination du Dieu des Juifs [le Lieu, un autre nom du rien]. N'étant rien, elle précède et excède toutes les oppositions, elle fait place à l'espacement, elle dissémine et met en oeuvre. |