| La dimension du retrait est sous-jacente à de nombreux termes utilisés par Jacques Derrida : la trace, la réserve, la garde, la déconstruction, le deuil, le gramme, l'inouï, l'exappropriation, le point, le spectral... Cela n'implique pas qu'il développe une théorie générale du retrait. Chaque fois, c'est un autre retrait, un autre effacement qui laisse ouverte la possibilité de l'avenir.
La différance, structure originaire, a disparu dans l'oubli. Elle n'existe pas, pas plus que le nom propre, qui a été oblitéré dès le premier matin du langage. Par elle se maintient le retrait et l'espacement qui génère le texte.
En un lieu de retrait, désert dans le désert, se fonde le lien fiduciaire qui ouvre l'autre.
Il n'y a pas d'accès à l'écriture sans retrait de la face du père. Il en reste une trace, qui laisse le sujet devant l'angoisse de la disparition.
Le logocentrisme, époque de la conscience, repose sur l'effacement mondial du signifiant, avec sa mise en réserve, qui se passe de subjectivité. Il n'est pas de vérité ni d'idéal sans cet effacement.
Pour qu'il y ait création, oeuvre, il faut un retrait primordial qui laisse une place vide, spectrale. C'est le cas pour le trait du dessin, pour la peinture, et aussi pour la photographie. Le modèle se tire. Muet, il laisse une parole s'articuler, |