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Le récit de l'Orloeuvre

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Derrida, retrait, effacement                     Derrida, retrait, effacement
Source (livre) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 25 décembre 2006

[Derrida, retrait, effacement]

Autres renvois :
   

Le retrait

   

La Cabale cachée de Jacques Derrida

   

Sur la Cabale

Derrida, nos tâches

                 
                       

De nombreux concepts de Jacques Derrida présupposent un mouvement préalable, un temps d'absence, d'effacement, de disparition ou de manque que nous désignons ici sous le terme général de retrait - bien qu'il s'agisse chaque fois d'un retrait différent. Citons : la trace, la réserve, la garde, la déconstruction, le deuil, le gramme, l'inouï, l'exappropriation, le point, le spectral, le subjectile, le désoeuvrement, etc... Chaque fois une autre perte, un autre effacement intervient dans le déploiement du concept.

Originaire est le lieu du retrait. C'est le désert dans le désert où se fonde le lien fiduciaire qui ouvre l'autre, le lieu où l'accès à soi est toujours différé, celui où silencieusement arrive la loi.

Autre concept : la différance. Cette structure originaire, irréductible, a disparu dans l'oubli. Elle n'existe pas, pas plus que le nom propre qui a été oblitéré dès le premier matin du langage, pas plus que le subjectile, ce fond sans fond qui conditionne la figure mais ne s'efface jamais complètement sous elle. Le retrait n'est jamais fini. Il se poursuit et génère l'espacement qui génère le texte et le laisse ouvert à l'imprévisible.

Le retrait derridéen est aussi un horizon, une décision, un choix et peut-être une éthique - même s'il évite ce mot-là. Il faut laisser l'autre venir, le laisser-être, comme le tsimtsoum de la Cabale. Sans un retrait primordial qui laisse une place vide, spectrale, il ne peut y avoir création, oeuvre. Ecrire [au sens de l'archi-écriture] est un acte violent. Il faut que s'efface d'abord la main puis la face du père, que le sujet se mesure à l'angoisse de sa propre et irrémédiable disparition, à l'effacement de soi. Le retrait ne conduit à rien de prévisible, il ne dévoile rien. Il tient au corps comme un talith, et s'efface lui aussi devant l'imminence d'un verdict.

Se retirent aussi le trait du dessin, la peinture, la photographie, tout ce qui peut se présenter comme empreinte ou mimesis. Le modèle ne reste pas, il se tire. Muet, il laisse une parole s'articuler.

Peut-être peut-on aller encore plus loin : vers un retrait ultime, absolu, qui décharge entièrement l'autre de tout héritage.

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La conscience a émergé avec l'écriture phonétique. L'idée de vérité, fondée sur l'évidence de la voix, supposait le retrait du signifiant, l'effacement de la différence organique et la mise en réserve des grammes. La subjectivité se constituait et s'effaçait dans une duplicité qui marque aussi la clôture du logocentrisme.

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Propositions

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La différance est innommable et son inscription impensable car sa trace s'efface elle-même; imperceptible, elle a disparu dans l'oubli

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Le "graphein" (archi-écriture) est effacement originaire du nom propre, oblitération du propre qui se produit dès le premier matin du langage

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La trace est l'angoisse de la disparition irrémédiable, de l'effacement de soi

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L'accès à l'écriture est la constitution d'un sujet libre dans le mouvement violent de son propre effacement

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La loi est un rien qui, dans un lieu vide, diffère incessamment l'accès à soi

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Le mouvement de la différance qui ouvre l'écriture est un retrait de la face du père

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La réserve constitue et efface en même temps, dans le même mouvement, la subjectivité dite consciente, son logos et ses attributs théologiques

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En dénonçant le retrait de la main qui s'opère avec la machine à écrire, Heidegger dénonce l'essence même du geste d'écrire et de l'écriture

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[Derrida : Un retrait du trait est à l'origine du dessin comme de l'écriture]

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Un retrait (tsimtsoum) maintient à jamais l'espacement qui génère le texte

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L'époque du logocentrisme, qui est celle de l'écriture phonétique, est aussi celle de l'effacement mondial du signifiant, dont le retrait libère la conscience

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La voix s'entend au plus proche de soi, comme l'effacement absolu du signifiant, qui est la condition de l'idée même de vérité

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L'impératif inconditionnel de toute négociation serait de laisser ouverte la possibilité de l'avenir

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L'archi-originaire de la religion se tient en un lieu de retrait où tout crédit se fonde : désert dans le désert, origine qui est la duplicité même, entre khôra et messianisme

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Le lieu de la spectralité est celui où on doit laisser une place vide en mémoire de l'espérance : la démocratie à-venir

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Le subjectile, fond sans fond, se retire à l'infini derrière les figures, mais jamais complètement : il y a toujours plus de fond, de la figure vient en plus

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Partir sans laisser d'adresse est la bénédiction ultime : laisser l'autre survivre sans la surcharge d'un héritage, sans le poids d'un deuil

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L'oreille est un organe dont la structure produit le leurre, l'effet de proximité, de propriété absolue, l'effacement idéalisant de la différence organique

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Il faut s'attendre au messie comme à l'imminence d'un verdict qui ne dévoile rien qui tienne, ne déchire aucun voile, mais invite à la diminution, au retrait, au départ, à la relève de l'autre

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[Jacques Derrida fait don d'une écriture poétique qui fait du texte signé un talith]

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Le trait du dessin est comme un Dieu invisible qui se retire pour laisser place à la figure

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"Cela" (le modèle ou paradigme du dessinateur) qui reste sans exemple, s'est tiré (retiré) pour laisser place à la lignée des dessins

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En se retirant, le trait du dessin laisse une parole, une rhétorique qui articule un ordre du discours

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La peinture rend, restitue, réajuste ou complète ce qui s'est retiré, hors d'usage, hors du tableau

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Dans la photographie, le tout se retire et ne laisse des traces qu'en forme de fragment

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A un moment, le démiurge platonicien ne fait rien, et c'est ce désoeuvrement, cette destitution ou cette mort symbolique qui fait oeuvre

Jacques Derrida ŕ Ris-Orangis en 2004

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