| Derrida distingue le pur pardon, concept exceptionnel et extraordinaire, qui n'est prescrit par aucune norme ni pratique sociale, de scènes d'aveu ou de repentir qui visent une réconciliation ou l'expression d'un regret. Le pur pardon n'est pas transactionnel. Il ne suppose ni excuses, ni demande du coupable qui reste un coupable. C'est une sorte de folie qui, sans aucune condition ni obligation, pardonne l'impardonnable. Même si, en pratique, un pardon effectif n'est décidé que sur la base d'un compromis ou d'une négociation, il suppose toujours l'horizon du pardon pur. Les deux pôles du pardon sont indissociables.
Le véritable pardon ne peut être décidé par aucune institution, mais seulement par la victime, dans la singularité d'un face-à-face.
Le droit de grâce dont dispose le monarque souverain est le modèle exemplaire du pardon pur. Mais il n'est jamais complètement inconditionnel. S'il l'était, il serait porteur d'une aporie : que le pouvoir renonce à la souveraineté qu'il exerce.
On peut rapprocher le pur pardon de la pure hospitalité, elle aussi absolument désintéressée, illimitée et inconditionnelle. |