| Alliance est l'un de ces termes de la tradition biblique que Derrida reprend en déplaçant profondément son sens.
Avant tout pacte, tout contrat, un Oui originaire rend possible le lien fiduciaire (la croyance) et la fiabilité. C'est une alliance primordiale qui passe entre la parole et l'être. Elle se pose partout, dans toute langue, chaque fois qu'on traduit ou qu'on tient à restituer une vérité, par exemple en peinture. Elle garde, en secret, une mémoire. C'est la première alliance, celle du talith.
Puis l'alliance revient sur elle-même. Deux dates hétérogènes (ou deux événements, deux lieux, deux signatures), toutes deux uniques, s'y conjoignent. La structure est celle d'un anneau. On la retrouve dans le poème - qui répète singulièrement l'unique événement initial - et aussi dans un rite comme la circoncision (un événement unique, inscrit dans le corps, répété rituellement). Dans le pli d'un retour sur soi, dans l'alliance à soi, vient la promesse d'héritage, l'itération. La première marque fait retour, mais chiffrée, cryptée, scellée par un schibboleth (un mot de passe imprononçable). Alliée avec elle-même comme autre, la provenance engage chacun singulièrement, mais aussi plus d'Un et aussi plus de deux : il faut témoigner de l'autre, y acquiescer, en répondre.
Si Derrida reprend l'idée d'autre alliance à venir, c'est parce que l'ancienne est rompue. Après l'alliance de Moïse, brisée depuis le départ, celle du christianisme s'est latinisée. Associant le savoir et la foi, elle finit par prôner la mort de dieu.
La troisième alliance est hétéronomique. C'est une alliance avec l'hétérogène, le tout autre, qu'il prenne l'aspect d'un animal ou d'une chose. Cette alliance-là ne relève ni du manque, ni de la vérité, mais d'un partage capable de déjouer toute réappropriation, de réinventer l'incalculable. S'appuyant sur les réseaux qu'elle combat, elle transforme et déconstruit. Sans renoncer au politique, elle invite à d'autres tâches. Elle reste fidèle à l'esprit de Marx, mais sans communauté ni institution. Ici l'anneau se détache, il reste vide.
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