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Derrida, nos tâches                     Derrida, nos tâches
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 29 novembre 2005.

[Derrida, nos tâches]

Autres renvois :
     

Derrida, l'éthique

     

Derrida, retrait, effacement

     

Derrida, alliance

 
                   
                         

Derrida explique ce qu'il (se) propose (de faire, d'écrire). La tâche d'un philosophe est de pousser l'analyse aussi loin que possible, mais il bute sur de l'irréductible, de la dissémination. D'une part la construction rigoureuse de la pensée (c'est l'exigence de la philosophie), d'autre part un coup de dé dont le contenu est incalculable. La stratégie est toujours double : tenir compte du système établi pour le faire progresser; faire émerger des concepts purs, incompréhensibles dans le système antérieur.

Un axiome n'a pas à être démontré. Ainsi en est-il de la justice, qui est inconditionnelle, de la déconstruction, qui ouvre sur l'avenir, du messianique, qui expose à la surprise absolue, de l'à-venir, sans lequel il n'y a pas d'héritage, etc... Ces concepts contribuent à laisser vide la place, spectrale, qui laisse venir l'événement, et à laisser agir le mouvement de la différance, qui est un espacement, une avancée.

Pour laisser l'avenir ouvert, il faut suivre certains préceptes : radicaliser et mobiliser la pensée freudienne, penser la justice, crever la philosophie. Il faut que les choses soient imprévisibles, il faut faire son deuil du spectre, faire craquer les signes, analyser l'image, et aussi faire signe vers un autre texte, se battre pour une nouvelle place dans les media, faire survivre les oeuvres, etc... Notre question naïve serait : pourquoi le faut-il? Pourquoi est-il souhaitable de s'ouvrir à l'événement, d'accueillir l'époque à-venir, de renverser le système, et regrettable de répéter des clichés? Qu'y a-t-il derrière? Un simple amour de la vie? Une nouvelle éthique (même si Derrida n'aime pas beaucoup ce mot-là), un nouveau droit, celui de l'hospitalité? Un impératif qui ne dirait pas son nom?

A sa façon, Jacques Derrida répond. La forme du "Il faut", il l'utilise pour son ambiguité. Fétichiste et disséminatrice, elle est porteuse d'un impératif indémontrable, mais criticable. Le verbe à l'infinitif se dit "faillir" : dans une époque d'absence d'horizon, toujours le il faut est pris en défaut, mais cela n'efface pas la responsabilité.

Le projet de Derrida n'est pas pragmatique, il est politique et philosophique, même quand il négocie des compromis. Il travaille à tisser une chaîne d'autres mots, dans une substitution qui ne s'arrête jamais, par lecture d'innombrables autres textes cités comme Kant, Heidegger ou Platon, évoqués comme Bataille ou Genet ou critiqués comme Lacan.

Refuser l'annulation de l'avenir (le mal radical) est une sorte de salut, mais c'est aussi une aporie.

Sa nouvelle Internationale se construit par l'écriture, par la pensée, par la transformation de l'espace public et aussi par des actions ponctuelles.

Il est comme Moïse, invité à graver la loi sur de nouvelles Tables. Mais les Tables sont brisées. Il réinvente la religion et ses rites, même quand il laïcise.

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Propositions

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Axiome de la justice : elle est inconditionnelle et indémontrable, elle engage au-delà du droit, de la norme, du temps

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L'axiome de la déconstruction, ce à partir de quoi elle s'est toujours mise en mouvement, c'est l'ouverture de l'avenir

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Axiome : nul à-venir sans héritage, possibilité de répéter, promesse, alliance à soi et confirmation du oui originaire

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La déconstruction comporte une phase indispensable de renversement afin de s'emparer des moyens d'intervenir dans le système

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La tâche urgente, c'est d'inscrire une trace dans le texte tout en faisant signe vers un autre texte

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Le projet de la dissémination se tient sur la tranche du livre fermé : un texte rigoureusement agencé ouvert par un coup de dés

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Une tâche derridéenne : "Vis-à-vis du spectre, aller au-delà du travail de deuil"

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Le lieu de la spectralité est celui où on doit laisser une place vide en mémoire de l'espérance : la démocratie à-venir

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Au-delà du deuil, une désidentification intempestive fait craquer les signes, les modèles et les figures de la croyance

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"Il faut la vérité", c'est la loi - disséminatrice et fétichiste

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La dissémination (ou différance séminale) se constitue en programme non formalisable, tenant à la chute incessante d'un supplément de code

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Il faut radicaliser la pensée freudienne de la trace

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La tâche d'un philosophe, c'est de pousser l'analyse aussi loin que possible jusqu'au moment où l'on touche à l'arrivant

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La différance est prise dans un réseau, un travail de tissage impossible à arrêter à travers une chaîne d'autres mots : gramme, réserve, trace, espacement, supplément, etc...

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Plus que de tout autre à leur époque, on peut rapprocher les travaux de Derrida et de Lacan à cause de leur effet critique

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La stratégie générale de la déconstruction est double : intervenir en renversant les hiérarchies; désorganiser les systèmes en explorant les écarts

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Pour changer le droit, le faire progresser, il faut mettre en jeu deux pôles irréductibles l'un à l'autre mais indissociables : le concept pur et le processus empirique

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Notre horizon, ici maintenant, est une absence d'horizon : des lieux sans issue ni chemin assuré, sans dehors prévisible, qui conditionnent l'avenir

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L'impératif inconditionnel de toute négociation serait de laisser ouverte la possibilité de l'avenir

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Pour qu'elles me survivent, il faut que les choses soient imprévisibles

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Le concept messianique de Derrida, c'est de laisser venir l'autre, de s'exposer à la surprise absolue de sa décision, sans rien en attendre

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L'annulation de l'avenir est le plus grand risque, le mal radical qui nous menace

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Il faut penser la justice dans un au-delà du droit qui est excès, disjointure, dislocation

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"Il faut" un mouvement d'appropriation fini, une exappropriation : le "faillir" de ce "il faut" est l'existence même en général

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"Il faut" une politique de la mémoire et "il faut" aussi la critiquer et la penser; mais l'impératif "il faut" n'est ni criticable, ni objectivable

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Il faut négocier et inventer un compromis au nom d'un inconditionnel qui ne souffre pas la transaction - c'est la difficulté

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La dissémination, sollicitant la physis comme mimesis, remet la philosophie en scène et son livre en jeu

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La philosophie a la structure d'un tympan : il faut la crever pour l'empêcher de prêter ses catégories au logos de l'autre

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Dans le champ politique, la prise de conscience ne suffit pas : il faut mobiliser la psychanalyse, lui faire travailler la mémoire collective et les traces spectrales de toutes sortes

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Transformer l'espace public oblige à travailler dans un autre temps où la perspective est renversée, où il faut compter avec l'intempestif

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Il faut apprendre à analyser ce qui nous arrive par l'image en découpant les images et en discernant les collages et montages dont elle est faite

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Il faut lutter pour faire survivre les oeuvres en fonction de leur force, leur nécessité, leur génialité, leur inventivité productive, dans un espace public ouvert au-delà de l'espace national

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Il faut se battre non pas contre les télétechnologies ou l'Internet, mais pour que ces media laissent une plus grande place aux normes proposées par les citoyens ou intellectuels

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Pour que la responsabilité soit possible et signifiante, il suffit que la possibilité du "sans réponse" (le mal, la mort) soit irréductible

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La révolution future sera l'avènement de l'événement : victoire d'un contenu propre, qui ne soit pas la répétition d'une phraséologie passée

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Derrida préconise une "nouvelle Internationale" : alliance sans coordination, sans communauté, sans appartenance et sans institution, dans la fidélité à l'esprit de Marx

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Au-delà du savoir absolu, une question inouïe s'ouvre et réclame des pensées à travers de vieux signes

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Circoncision est le désir de vivre sans avoir besoin d'écrire : aimer la vie

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En identifiant la figure du mal radical qui marque notre temps, on accédera peut-être à une promesse de salut

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Il n'y a ni salut, ni chemin, ni issue aux apories du monde actuel, car l'acte de foi y a toujours partie liée avec son opposition

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Derrida a laïcisé l'itinéraire de la libération de la parole par l'écrit en effectuant une reprise philosophique de la narration biblique

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Dès 1963, Derrida se voit comme un nouveau Moïse qui porte à l'autre la Table nouvelle de l'écriture

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Refonder les religions en s'en jouant, réinventer la circoncision, recirconcire ce qui se décirconcit, déjouer la réappropriation des langages par un Dieu-Un

     


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