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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'éthique                     Derrida, l'éthique
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Galgal, 2004-2013, Page créée le 26 août 2005

[Derrida, l'instance éthique]

Autres renvois :
   

L'hospitalité

   

Derrida, nos tâches

   
                 
                       

Si l'on entend par ces mots un système de règles instituées ou à instituer, Jacques Derrida ne propose ni morale, ni éthique. Une éthique soi-disant universelle ne serait qu'un assujettissement à la loi de l'autre, soumis au leurre de la parole vive. De même que l'écriture ne peut se penser qu'au-delà du bien et du mal, une éthique qui ne serait déterminée ni par le politique, ni par le juridique, ne pourrait se penser qu'en-deça de toute décision. Mais cela n'implique pas l'irresponsabilité. Nous sommes engagés par le langage et par la loi, même s'il ne s'agit pas de la loi instituée. Sans produire aucune morale, l'écrivain ou le philosophe est travaillé par l'instance éthique - qui n'est pas une loi, mais une loi au-dessus de la loi. Ils ne peuvent pas se soustraire à ces tâches.

La déconstruction, qui n'est soluble dans aucun système, pas même celui d'une éthique, engage. Elle dit oui, elle peut choisir d'hériter ou d'affirmer. Elle ne se prive pas de dire : il faut. Exemples : il faut laisser venir les traces inconnues, leur laisser leur chance, il faut mettre en mouvement la différance, il faut laisser ouverte la possibilité de l'avenir, etc... Préserver l'à-venir n'est pas une morale, si cet à-venir est absolument imprévisible et incalculable.

Plus tard, Jacques Derrida laissera un peu couler son vocabulaire. Peut-on parler d'un tournant éthique qui interviendrait vers 1990? Nous ne le pensons pas, car il n'y a aucune césure. Il parle certes d'une nouvelle éthique, mais elle est inséparable de la différance, et la responsabilité qu'elle avance est exposée à l'indécidable. C'est une éthique folle, au-delà de l'éthique, où nous acceptons de nous déposséder du logos en le disloquant. En réponse aux télépouvoirs d'aujourd'hui, cette nouvelle éthique respecte la loi de l'autre par une tolérance, une hospitalité infinies. Les actes auxquels elle ouvre, comme le pardon inconditionnel, sont impossibles.

Même après la mort, il faut encore apprendre à vivre. On le fait avec les spectres autant qu'avec les vivants.

 

 

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Propositions

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La littérature est travaillée au corps - de l'écrivain, de la langue, de l'oeuvre - par l'instance éthique, mais elle ne produit ni morale, ni éthique

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Il n'y a pas d'éthique sans présence de l'autre comme absence, dissimulation, détour, différance

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"Apprendre à vivre", c'est respecter la loi de l'autre (promesse et fidélité) selon la triple anagramme : respect, spectre, sceptre

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L'éthique de la parole vive entretient un leurre : celui d'une présence maîtrisée à portée de voix, dans la proximité immédiate d'un voisinage

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L'hospitalité inconditionnelle n'est ni juridique, ni politique, ni éthique : elle est transcendante et ne dépend même pas d'une décision

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Le pardon inconditionnel est fou : c'est une surprise, une révolution, un événement hétérogène à la politique et au droit, une éthique au-delà de l'éthique

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On peut désormais penser une "autre tolérance" comme scrupule, retenue, respect devant la distance de l'altérité infinie

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L'écriture et le supplément ne peuvent se penser qu'au-delà du bien et du mal, en annulant la qualification éthique

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L'éthique derridienne de la responsabilité exposée à l'indécidable repose sur une méfiance à l'égard des distinctions, oppositions et frontières

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Le seul avenir désirable et digne d'intérêt, c'est de laisser se mettre en mouvement la différance de l'autre

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Au fond, la seule et ultime proposition de Jacques Derrida, c'est de "laisser venir la trace"

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Dans la question du droit de regard et de notre place par rapport aux télépouvoirs, il y va d'une nouvelle éthique et d'un nouveau droit

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L'impératif inconditionnel de toute négociation serait de laisser ouverte la possibilité de l'avenir

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L'autre éthique à-venir est "ce qui vient", "ce qui arrive", une hétéronomie où l'autre est ma loi

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"Apprendre à vivre, enfin", n'est-ce pas, pour un vivant, l'impossible? C'est pourtant l'éthique même

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Une éthique qui se veut universelle repose sur une métaphysique de l'assujettissement à la loi de l'autre

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La pensée de Lévinas nous fait rêver d'une dépossession inouïe : disloquer le logos grec et libérer la métaphysique en faisant appel à l'éthique

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