|
Le droit de regard selon Jacques Derrida n'est pas celui de Merleau-Ponty. Ce n'est pas le contact urgent du peintre avec le monde sensible par sa chair et son corps. C'est un ordre, un droit, une dimension de la loi, qui assigne une place au sujet par une technique et une rhétorique. Prenant appui sur une irréductible tekhnè, il préside à la perspective contemporaine : prise de vue, objectivation, montages.
Le droit de regard a une histoire. Il émerge comme question quand surgissent, entre autres, la psychanalyse et la photographie. Dans ces champs-là, il n'est que partiel, fragmentaire. Toute image est un écran qui en cache une autre. Celui qui en dispose peut posséder, objectiver, mais qui est-il? Un spectre. Il a tous les droits, y compris un droit de regard absolu, mais son autorité est ambiguë. Elle s'exerce à travers un effet de visière qui laisse la loi dans un lieu incertain, incalculable.
N'importe qui a droit de regard sur une oeuvre ou toute autre chose.
Dans notre rapport aux télépouvoirs, il a pour enjeu une nouvelle éthique et un nouveau droit.
|