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Entre Jacques Derrida et Emmanuel Lévinas, le nouage n'a jamais cessé. La relation est complexe et ambiguë. Sous un angle philosophique, Derrida se dissocie de Lévinas : le visage n'est-il pas un nouveau succédané de la présence? Sous un angle éthique, Derrida finira par se rapprocher de Lévinas. Le chiasme existe depuis le départ. Il les sépare, mais passe aussi à l'intérieur de chacune des deux pensées, déchirées entre judaïsme et sources grecques.
Points de croisement : l'expérience eschatologique de l'autre ou du tout-autre; une tentative de penser cet infiniment-autre dans la langue philosophique, c'est-à-dire grecque; une éthique qui disloque le logos; un face-à-face qui, sans langage, fait surgir l'impardonnable.
Critiques faites par Derrida : axiome d'un moi indifférencié, homogène; oubli humaniste de la différence entre l'être et l'étant; retour à la vérité de l'expérience vive (le visage); pour Lévinas autrui précède toute ontologie, tandis que pour Derrida il n'est qu'une figure du même; prééminence du discours oral au détriment de l'écriture.
En définitive les deux admettent que (comme le soutient le talmud), nous sommes des êtres de temps.
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