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Derrida et Lévinas                     Derrida et Lévinas
Source (livre) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delayin - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Idixa, 2004-2009, Page créée le 25 août 2005 Emmanuel Lévinas

[Derrida, Lévinas]

Emmanuel Lévinas
   
   
   
                 
                       

Entre Jacques Derrida et Emmanuel Lévinas, le nouage n'a jamais cessé. La relation est complexe et ambiguë. Sous un angle philosophique, Derrida se dissocie de Lévinas : le visage n'est-il pas un nouveau succédané de la présence? Sous un angle éthique, Derrida finira par se rapprocher de Lévinas. Le chiasme existe depuis le départ. Il les sépare, mais passe aussi à l'intérieur de chacune des deux pensées, déchirées entre judaïsme et sources grecques.

Points de croisement : l'expérience eschatologique de l'autre ou du tout-autre; une tentative de penser cet infiniment-autre dans la langue philosophique, c'est-à-dire grecque; une éthique qui disloque le logos; un face-à-face qui, sans langage, fait surgir l'impardonnable.

Critiques faites par Derrida : axiome d'un moi indifférencié, homogène; oubli humaniste de la différence entre l'être et l'étant; retour à la vérité de l'expérience vive (le visage); pour Lévinas autrui précède toute ontologie, tandis que pour Derrida il n'est qu'une figure du même; prééminence du discours oral au détriment de l'écriture.

En définitive les deux admettent que (comme le soutient le talmud), nous sommes des êtres de temps.

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Propositions

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Chez Lévinas, l'expérience de la rencontre de l'autre est eschatologique par elle-même

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La pensée de Lévinas nous fait rêver d'une dépossession inouïe : disloquer le logos grec et libérer la métaphysique en faisant appel à l'éthique

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Le visage ne signifie pas, il s'exprime, il est derrière le signe, il se donne en personne, comme la parole vive ou la voix

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Avec Lévinas, le judaïsme comme expérience de l'infiniment-autre se produit comme logos

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Le moi de Lévinas, sans différenciation ni altérité intérieures, est assimilé à l'homogénéité du Même et de la totalité finie

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Lévinas propose à la fois un humanisme et une éthique : accéder comme autre à l'étant suprême par la voie royale de l'éthique

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Lévinas revient sans cesse à la vérité impensable de l'expérience vive : rencontre du visage

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Pour Lévinas, l'altérité de l'autre est absolument irréductible, tandis que pour Derrida, il n'y a pas de concept d'autrui

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L'essence du pardon exige un face-à-face personnel qui n'engage que des singularités absolues

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Chez Lévinas, un "dire à Autrui" précède toute ontologie

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Par son absence, l'écrivain pratique l'écriture comme différance et économie de la mort, oubliant l'infiniment autre

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Derrida est le premier élève de Levinas, car il poursuit sa réflexion sur le temps dans son rapport à la lettre

Jacques Derrida à Ris-Orangis en 2004

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