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Le récit de l'Orloeuvre

 

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
L'archi-oeuvre                     L'archi-oeuvre
Sources (*) : Oeuvres : répondre de l'unique               Oeuvres : répondre de l'unique
Pierre Delain - "L'oeuvre, plus d'un secret", Ed : Galgal, 2011-2013, Page créée le 1er janvier 2011

 

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Page créée le 7 mai 2011.

L'Oeuvrement du Cercle

[Il y a dans toute oeuvre digne de ce nom une dimension d'"archi-oeuvre"]

L'Oeuvrement du Cercle
   
   
   
Le concept d'oeuvre chez J.D. Le concept d'oeuvre chez J.D.
Concept d'oeuvre, présentation               Concept d'oeuvre, présentation    
                       

Tout en conservant un seul mot, écriture, Jacques Derrida distingue deux types d'écriture radicalement différents. Au sens courant, l'écriture est phonétique, alphabétique, indissolublement liée à la voix, à la parole, au sujet et au logos; tandis que l'autre écriture (dite archi-écriture) n'est pas une structure différentielle mais un mouvement. La première tend à enfermer dans un système ou un discours, tandis que la seconde ouvre à l'autre, à l'hétérogène, à l'imprévisible. L'une est logocentrique; l'autre est disséminatrice. Entre les deux, il n'y a ni médiation, ni dialectique, ni réconciliation possibles. Pourtant elles sont inséparables. L'archi-écriture (ou mauvaise écriture) est la condition de l'écriture, tandis que la bonne écriture se laisse contaminer par la mauvaise par le biais des substituts, métaphores, simulacres, artefacts ou pharmaka dont on ne peut se dispenser dans l’exercice de la parole.

On voit, dans ce rapide résumé, la possibilité de distinguer entre oeuvre (à rapprocher de l’œuvre d’art ou de l’objet fabriqué) et archi-œuvre. Comme l'archi-écriture, l'archi-oeuvre n'a pas de présence phénoménale. Elle n'est pas un étant, ne peut pas être localisée ni décrite, ni pensée sous les catégories du sujet et de l'objet. Comment la penser alors? A partir d'une autre formule inspirée par Jacques Derrida : Pour qu'il y ait "oeuvre", il faut que la différance soit impossible à arrêter. L'archi-oeuvre destitue l'identité à soi, se désintéresse de la parole vivante, paternelle et vraie, multiplie les artefacts qui ne répondent à aucune règle d’équilibre ou d'harmonie, n’a pas de lieu où elle pourrait se fixer. De même que le mouvement de l'archi-écriture reste, par structure, extérieur au champ logocentrique, l'archi-oeuvre reste extérieure au champ de l'art. Comment alors se manifeste-t-elle? Par des espacements, déplacements, débordements qui peuvent porter éventuellement, eux aussi, le nom d’œuvre.

Une des difficultés tient au fait que :

- d'une part, l’archi-œuvre est un «concept pur», comme l’archi-écriture ou, dans un autre registre, l’hospitalité, le don ou le pardon,

- mais d'autre part, bien qu'elle ne soit ni un objet, ni un phénomène, ni un genre, bien qu'elle ne puisse être ni classée ni cataloguée, on peut l'expérimenter. Une telle expérience peut intervenir dans des contextes variés, soit classiques (la lecture d’un texte, la visite d’un musée), soit non classiques (exemples : la relation à l’autre, l’enseignement ou la cure analytique).

L'expérience de l'archi-oeuvre arrive sans avoir été prévue ni anticipée. La voici qui surgit. Elle peut se présenter comme oeuvre (au sens classique du mot) ou survenir en après-coup d'une rencontre d'un autre type, à l'extérieur du champ conventionnel des arts. On ne sait pas de quoi il s'agit, on ne sait même pas le nommer.

Alors que l'oeuvre peut s'user, se perdre, disparaître, être détruite - ou aussi être conservée indéfiniment, l’archi-œuvre peut continuer sur sa propre route, distincte de celle de l'oeuvre, ou bien disparaître d'un coup, sans raison apparente ou par effacement d'une des sources (connue ou inconnue) de sa survenue. Si elle survit, c'est d'une survie distincte irréductible à l'oeuvre. Si elle ne survit pas, elle peut laisser un souvenir analogue à celui d'un rêve qu'on aurait oublié.

Certes ces caractéristiques sont étranges, mais d'un étrangeté familière, car nous avons tous (ou presque tous) expérimenté l’archi-œuvre. Tant que nous la confondons avec l'expérience de l'oeuvre, il nous est impossible de la décrire.

 

 

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Propositions

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[Pour définir un concept d'oeuvre, il faut rompre la circularité qui unit "oeuvre" et "art"]

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[L'oeuvre ne s'écrit, ne se lit, ne se voit ou ne s'entend qu'une fois, une seule]

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[Il y a dans l'oeuvre une surabondance qui précède tout savoir, toute vision]

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[L'oeuvre vient à la place d'une origine qui n'a jamais existé]

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[Une oeuvre n'est oeuvre que si elle accueille l'autre en elle]

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[Dans toute oeuvre, ça déconstruit, ça se déconstruit, c'est en déconstruction]

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[L'oeuvre dite moderne ou contemporaine est travaillée par l'archi-oeuvre]

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[L'oeuvre atteste de la fragile irréductibilité du témoignage]

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[Toute oeuvre est hantée par des citations, qu'elle ne laisse pas intactes]

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[L'oeuvre est un pur supplément : elle s'ajoute et ajoute encore plus]

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[La fiabilité d'une oeuvre tient à ce qui, en elle, reste à venir]

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[On ne peut être fidèle à la pensée derridienne que sur une bordure externe de l'université, là où la philosophie commence sa mutation]

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[La tâche de l'Orloeuvre : laisser venir, par fragments, l'archi-oeuvre]

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