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Le récit de l'Orloeuvre

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Oeuvre, différance                     Oeuvre, différance
Sources (*) : Derrida, la différance               Derrida, la différance  
Jacques Derrida - "La vérité en peinture", Ed : Flammarion, 1978, p93 Derrida, l'art, l'oeuvre

[Il y a oeuvre d'art quand la différance est impossible à arrêter]

Derrida, l'art, l'oeuvre Autres renvois :
   

Derrida, le musée

   

Un spectre incarne la différance

   
L'oeuvre, foyer de tension L'oeuvre, foyer de tension
Derrida, l'oeuvre de l'autre               Derrida, l'oeuvre de l'autre    
L'oeuvre déborde                     L'oeuvre déborde    

Dans sa brièveté, cette formulation n'est pas strictement de Jacques Derrida. Elle reprend les mots qu'il utilise dans La vérité en peinture où il ne parle que d'oeuvre et évite le syntagme complet, oeuvre d'art. Mais dans le même livre il insiste sur la circularité qui les relie. L'art existe par les oeuvres, et les oeuvres par l'art. De même que, dans le travail du texte (philosophique), la différance tisse toujours d'autres chaînes et produit toujours d'autres mots, l'oeuvre d'art entraîne dans une étrange logique qui produit toujours d'autres écarts. Comme dans la série des tableaux de chaussures de Van Gogh ou la série des dessins d'Artaud, on ne peut pas arrêter le mouvement.

Il y a dans l'oeuvre d'art quelque chose d'impossible à border. C'est justement pour ça qu'il lui faut un cadre, un cartouche, un commentaire. Il faut la mettre dans un musée, un milieu, un accompagnement. Il faut la décrire comme chose, produit. Artaud a eu l'idée géniale d'appeler cette chose subjectile, bien qu'elle fonctionne aussi comme parergon, tentative de tracer un contour, de localiser, de faire revenir l'oeuvre en son lieu propre. Mais si c'est une oeuvre d'art, c'est impossible. Son énergie n'est pas libérable au sens d'une présence. Comme la métaphore, elle transgresse les limites, elle déborde les cadres. On peut tenter de lacer son pourtour, mais les lacets ne tiennent pas, ils se desserrent. L'oeuvre n'est jamais intacte. La stricture ne se suture pas. L'oeuvre subsiste, mais comme chaos, manque, hétérogénéité. On peut tenter de la réduire à des termes posables (le vide, l'absence), mais il y a toujours en elle cette double dimension de ce qui ne s'arraisonne pas et s'arraisonne : la mise en oeuvre de la différance. L'oeuvre est un coup, une dissonance; mais elle ne survit, sur un mur d'église ou dans un musée, que comme consonance.

L'oeuvre ne peut surgir que devant la loi; mais ce qui fait oeuvre est ce qui perturbe la loi.

L'art moderne, devenu contemporain, donne à cette tendance sa place dans l'histoire. On continue à faire halte devant l'oeuvre, mais elle ne nous laisse pas indemnes.

A propos de la religion, Derrida revient sur l'arrêt ou la halte. On suivra cette veine dans le parcours sur l'oeuvre d'art : Face à l'objet d'art ou de culte, nous faisons halte; mais l'oeuvre déborde.

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Propositions

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La logique de l'oeuvre d'art est celle de la stricture : entrelacer la différance sans la suturer

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La différance est prise dans un réseau, un travail de tissage impossible à arrêter à travers une chaîne d'autres mots : gramme, réserve, trace, espacement, supplément, etc...

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Le manque est un terme métaphysique qui désigne la différance en tant qu'on ne peut pas l'arraisonner

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Point énigmatique, impensable de la différance : elle est à la fois détour économique dans l'élément du même et rapport au tout-autre, à l'impossibilité de la présence

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Ce qui fait oeuvre est une perturbation dans le système normal de la référence, en rapport avec les limites et le jeu du cadrage

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["Je vous dois la vérité en peinture" : par ce contrat de vérité, les limites du cadre sont transgressées, le tableau est débordé]

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L'oeuvre est un chaos de lave rouge qui durcit sauf à ne pas coaguler

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L'oeuvre surgit et reste toujours devant la loi

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[Derrida : Il faut un parergon pour donner lieu à l'oeuvre (ergon) et se protéger de son énergie (energeia)]

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En tant que parergon (ornement), le cadre d'une oeuvre d'art est appelé comme un supplément depuis le manque de cela même qu'il vient encadrer

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[Face à l'objet d'art ou de culte, nous faisons halte; mais l'oeuvre déborde]

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Pour qu'il y ait oeuvre, il faut l'idée ou le désir d'une oeuvre légitime, achevée, signée, et aussi le procès d'écriture qui ne laisse pas intacte cette idée

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Le cartouche, lieu du titre et de la signature d'une oeuvre, est une performance qui, elle aussi, n'a lieu qu'une fois - mais s'augmente aussitôt jusqu'à l'arrêt

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Ce que Heidegger désigne comme "produit" a la structure du parergon de Kant : encadrer la chose nue

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Tout rapport à un tableau implique un mouvement double de rapprochement et d'éloignement, de marque et de marche (Fort/Da)

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Tous les arts sont mis en oeuvre

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Le subjectile (jeté/jetant) se fonde et s'institue dans le mouvement où il devient le support de l'oeuvre

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Ce qui fait oeuvre, c'est l'arrêt du trajet, l'apaisement du subjectile, l'interruption d'un jet qui garde la trace d'une brûlure mais donne consistance à ce qu'il attaque

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Nous habitons l'espace métaphorique; il nous transporte et nous déplace, nous y dérivons entre places et fonctions, sans pouvoir arrêter ni maîtriser le mouvement

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Comme le mur d'église, le musée est un subjectile : lieu d'accueil et d'accumulation qui garde la discordance, la relève et la sauve dans une consonance

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Tout musée d'art classique et contemporain fonctionne à la gloire et sous la commande du cartouche

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[Dans les oeuvres de l'art moderne/contemporain se focalise une tension qu'aucun discours ne peut expliquer]

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[L'oeuvre d'art est un acte de maladresse volontaire, un coup dissonant que redouble une consonance qui la fait vivre et survivre]

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[On ne peut arrêter le mouvement de sérialité différentielle des tableaux de chaussures de Van Gogh]

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