Il faut partir de quelques idées simples : l'art actuel est celui qui se fait actuellement. Art contemporain, Art moderne ou post-moderne se recoupent selon des lignes sans fractures. Ces classements peuvent servir, mais on peut en inventer d'autres, complètement différents et tout aussi valables. Après tout, quiconque réfléchit à l'art a le droit de se constituer ses propres catégories.
Chronologie.
La chronologie, elle aussi, peut servir, à condition de n'être pas l'alibi par lequel on renonce à penser. L'histoire de l'art n'en finissant pas d'être en crise, nous savons maintenant que toute oeuvre a toujours été un montage anachronique. Depuis le début du 20ème siècle, on s'est mis à assumer cet anachronisme, voire à s'en vanter. C'est peut-être ça, le post-modernisme : se vanter de conduire le mouvement d'un cheval qui ne vous communique jamais son itinéraire.
Vocal.
Un jour, l'art s'est mis à hurler. Lessing s'en est aperçu tout de suite. Il a écrit son Laocoon pour couper court à cette évolution - sans succès. La vision s'en est accommodée. Puisque ça hurlait dehors, pourquoi ne pas hurler dedans aussi? C'était le commencement de l'espace vocal avec son pathétique, sa sensiblerie, sa morale et ses machineries. Toute la suite s'y rattache, y compris :
- le cinéma et ses techniques, par exemple le montage,
- les courants sociaux de l'art : caritatif, droits-de-l'hommiste, contextuel ou relationnel,
- les figures de la mort de l'art,
- l'art de l'intime,
- etc...
Référence/irréférence/indice.
Une fois enclenché le mouvement qui détache l'art moderne de l'imitation, on ne peut plus l'arrêter. Il se développe dans toutes les directions :
- éloignement de la référence pour laisser libre cours à la matérialité et/ou la spiritualité de l'art. Exemple : l'art abstrait.
- retour de la chose sous la forme de l'empreinte (photographie), de l'indice sous toutes ses formes, du présentisme, du readymade.
Banalisation, objet quelconque.
L'art contemporain n'exclut rien. S'il est avide de frontières, c'est pour les bousculer. Toute limite lui est insupportable. Autant le modernisme recherche la pureté, autant le post-modernisme idéalise l'impureté. N'importe qui peut donner son avis. Tout est bon pour faire art : objets, gestes, souffles, jeux, formes, récupération de pratiques modestes ou oubliées, petites émotions, actions concrètes, provocations, etc... Il n'a pas de limites. Il dévore tout : l'hétérogène, l'innommable, la pulsion, l'horreur ou le néant (vaste programme). Entre désublimation, dégoût et nouvelles esthétiques, il y a toujours des places à prendre.
Mais fatalement, la décomposition débouche sur une recomposition. La logique du mélange est encore une logique, même si elle prétend rompre avec le logos.
Evénement.
Il faut faire événement. N'importe quoi peut en devenir l'enjeu. Il suffit d'un détail, d'un regard, d'un fait pictural. Mais un (véritable) événement est incompatible avec la répétition : il faut qu'il soit singulier, un hapax. Quand on le répète systématiquement, plus rien n'arrive.
L'invisible.
Quand la métaphysique s'effondre, le désir de représenter l'invisible s'intensifie. C'est un symptôme. Des stratégies du silence ou du retrait vont dans ce sens.
La place de la peinture.
La peinture est à l'art contemporain ce que l'alexandrin est à la poésie : même si elle disparaissait complètement (ce qui n'est pas le cas), on ne l'oublierait jamais, car toute oeuvre actuelle prend sa place.
La mimesis.
Ces courants combinés n'ont pas réussi à éliminer complètement la mimesis. Elle reste collée à leurs basques, et à la plupart des oeuvres.
Marchandise.
L'art classique était lié à l'humanisme. L'art contemporain est associé au marché.
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