Une figure nous semble présente. En se détachant sur un fond, elle appelle notre attention. Elle nous dit : "Déchiffre-moi!", mais elle cache autant qu'elle montre. Elle se joue de nous, se dissimulant sous une énigme non dite, présentant une chose oubliée. On ne voit que ce qui est figurable, mais le reste, l'infigurable, le défiguré, nous fait signe. L'artiste travaille sur ce reste.
Pour que la figure devienne visible, il faut que le trait dont elle est faite se retire. Il cède la place au discours et se transforme en objet figuratif.
La figure est un entre-deux. Elle repose sur un compromis dynamique entre une poussée, un regard et l'aptitude humaine à la figurabilité.
La pensée chrétienne s'est emparée de cette position médiane. Dans la tradition religieuse, la figure ne s'interprète pas à un seul niveau, mais à plusieurs (au moins quatre, mais éventuellement beaucoup plus). Elle est porteuse de mystère. On ne peut pas la réduire à sa seule visibilité.
Dans certains cas exceptionnels, comme chez Picasso, la figure produit sa propre intelligibilité. Dans d'autres cas, elle induit sa propre désagrégation. |