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TABLE des MATIERES :

Mode d'emploi des moteurs IDIXA.

                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
Duplicité de l'image                     Duplicité de l'image
Termes et parcours               Termes et parcours  
Harald Hardrada - "Un virtuel de plus", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 24 janvier 2006

[L'image est double, triple, quadruple et encore plus]

Autres renvois :
   

Sur la vision

   

Derrida, l'image

   

Figure, figurabilité

                 
                       

Rien de plus évident qu'une image, mais rien de plus difficile à cerner. On peut en distinguer plusieurs types :

- l'image banale, usuelle, vue et revue, rassurante, qui offre la garantie d'une certaine stabilité, d'une identité spatiale ou visuelle. Cette image nous présente un monde qui semble être là où il est. Elle est le résultat d'un acte de représentation. Construite à partir d'idées, elle prolonge l'image mythologique. Quand elle s'appuie sur un Etat, un église ou un académisme, elle écrase de sa tyrannie toutes les autres images. C'est une fiction qui repose sur le meurtre de l'image-symptôme porteuse de vérité. Sa prééminence est toujours menacée, et toujours renaissante.

- l'image mécanique, découpée directement dans le monde, qui peut donner l'illusion d'une adéquation ou d'une plénitude. Les images indicielles ne sont pas nées avec la photographie. De l'imago aux images prototypiques chrétiennes, on s'est beaucoup servi de l'empreinte pour fabriquer des images.

- l'image qui perturbe, celle qui nous sort des sentiers battus, nous arrache à notre vie courante, entretient les désirs, révèle la ruine ou la déchéance dont elle est le souvenir, image d'art ou figure, ou corps, ou visage, image issue d'un rêve (vestige ou cristallisation d'un travail de l'inconscient), d'un montage, d'une création, d'un mécanisme, d'une ouverture dans l'ordre du temps ou de la lecture, ou d'un autre processus incontrôlable. Celle-là suscite un malaise, elle élance notre désir et le met en face d'une altérité, d'une crise ou d'un réel sur lesquels nous ne comptions pas. Des mots invisibles l'habitent. Elle est au centre de nos perceptions du monde en tant qu'elles sont porteuses de vérité. L'histoire tourbillonne à partir d'elle, comme chez Goya.

- l'image comme résultat d'une imagination pure ou productrice. Ce qui s'en rapprocherait le plus aujourd'hui serait l'image numérique, sans référent ni pesanteur de réel. N'est-ce pas cette image-là que Platon critiquait comme simulacre?

- les anciens Romains ne la prenaient au sérieux qu'en tant qu'"imago" : les effigies en cire obtenues par empreinte sur le visage des morts. La ressemblance y était parfaite, c'est-à-dire juridique et rituelle. L'art n'a pu commencer que lorsque ce type d'empreinte a été abandonné. Mais le mode de lecture, celui où commande une voix spectrale, n'a pas été abandonné.

Dans nos parcours visuels, nous distinguons rarement entre ces différents types (et d'autres encore). Des modalités ontologiques contradictoires coexistent. Nous sommes à la fois voyants et visibles, c'est-à-dire soumis à sa duplicité. L'image est un kaléidoscope. Selon Georges Didi-Huberman, elle nous place devant du temps. Toute image est anachronique, dialectique car surdéterminée. La durée s'y installe, s'y insinue, s'y monte et s'y démonte. Mais le temps peut défaillir. L'être montré par l'image s'y désagréger. L'histoire elle-même peut s'y monter ou s'y démonter.

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Propositions

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L'image est une crise de temps

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L'image a une double temporalité : document de l'histoire/bloc d'éternité; elle ne produit d'historicité qu'anachronique et de signification que symptômale

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Toujours, devant l'image, nous sommes devant du temps

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L'image authentique doit être pensée comme image dialectique, car elle réunit et fait exploser des modalités ontologiques contradictoires

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Une image est un montage de différences qui ouvrent l'éventail de temps hétérogènes

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La structure de l'image est celle du kaléidoscope : une poussière d'objets disparates auxquels un montage optique donne une variété de formes lisibles

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La ressemblance de l'image est infectée d'altérité

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Le mouvement qui est propre aux images, leur pouvoir spécifique, apparaît comme un symptôme, un malaise dans l'histoire de l'art

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L'image apparaît comme un malaise dans la représentation

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Au commencement de l'image, il y a la ruine

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Du fond de la chose qu'il s'agit de rejoindre, l'image véritable procède du désir d'altérité

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L'image est anachronique car son rapport au temps est complexe, surdéterminé et exubérant

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L'image n'est pas l'imitation des choses, mais une intervalle de temps rendu visible, une ligne de fracture où l'être se désagrège

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Walter Benjamin place l'image au centre originaire et tourbillonnant du processus historique

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L'image est un symptôme qui ouvre le temps

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Dans certaines photographies, la durée s'installe pleinement et s'insinue dans l'image

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On peut distinguer deux types d'images : indicielles (la photographie) et symboliques (la peinture)

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Dans certaines photos le réel a pour ainsi dire brûlé un trou dans l'image : petite étincelle de hasard, d'ici et maintenant, où niche un avenir si éloquent que nous pouvons encore le découvrir

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La représentation dessine à l'avance une boîte dans laquelle l'image est enfermée

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Ce qui compte dans l'image n'est pas ce qui est immédiatement visible, mais les mots invisibles qui l'habitent

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L'image est un produit de l'imagination productrice

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Toute image désigne un lieu à partir duquel une voix commande

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Dans notre société où la photographie écrase de sa tyrannie les autres images, tout se transforme en images, déréalisant le monde

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Avec le rêve et le symptôme, Freud a brisé la boîte de la représentation où l'image était enfermée

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Il faut penser l'image à partir du travail du rêve, vestige d'un travail de l'inconscient

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Dans le rêve, tous les contrastes et toutes les différences se cristallisent en une image unique

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Les images cristallisent des désirs : elles entremêlent le neuf et l'ancien, le passé immémorial et l'aspiration à la transfiguration de l'ordre social

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Le punctum d'une photo est un détail, un objet partiel qui lance le désir au-delà de ce que l'image donne à voir

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L'image pratique un travail d'ouverture dans l'ordre du lisible

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Les peintures noires de Goya disloquent l'empire des images sur l'être-au-monde

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L'art commence historiquement quand la ressemblance parfaite, c'est-à-dire l'empreinte (imago), est abandonnée

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Pour préserver le concept autoréférentiel et humaniste de l'art, il faut échapper à la dissémination à quoi nous contraignent les images, c'est-à-dire les tuer

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L'image d'art démonte, monte et remonte les montages visuels et temporels par lesquels se définit la philosophie du temps

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L'image photographique est pleine : elle emplit de force la vue, il n'y a plus de place, on ne peut rien y ajouter

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Image et parole sont de même essence, celle d'une quasi-présentation d'un "lui-même là" du monde dont le passé est irreprésentable

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L'image numérique est ce moment infinitésimal où nous percevons des formes, des couleurs, des mouvements, sans la moindre assurance de pouvoir nous reposer sur eux

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Depuis Platon, l'image hante la philosophie comme la figure du mort hante le criminel

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L'image n'est pas une copie, une seconde chose, elle est ce qui rend possible la duplicité du voir (voyant/visible)

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"Imago" désignait au départ des effigies moulées en cire, obtenues par empreinte afin de garder une trace des généalogies

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"Imago" est un concept juridique qui suppose la dignité

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L'imago était pour les romains un rite symbolique touchant la ressemblance

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L'image dialectique est une fulguration, une boule de feu qui franchit tout l'horizon du passé

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Avec l'image, l'histoire est démontée et restituée comme un montage qui la montre en mouvement

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L'émergence de la photographie a bouleversé radicalement la psychologie de l'image : c'est l'événement le plus important des arts plastiques

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Transposée dans l'histoire de l'art, la formule kantienne "L'image est un produit de l'imagination pure a priori" fait des images des monogrammes

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L'homme est définitivement déchu de son statut originaire d'être à l'image de dieu

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Les images prototypiques du christianisme sont des traces exposées du divin, paradigmes où l'homme peut se penser à l'image de dieu

     


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