| L'image et la parole sont de même essence : un monde, dont le passé est irreprésentable, se présente là, lui-même. La représentation est comme une sépulture. Elle met en réserve des images silencieuses, inconscientes, dont l'histoire précède tout récit, pour invoquer la présence.
Une image marque un échec : celui de l'effacement complet, de la disparition. De même que le second commandement biblique interdit l'image et l'appelle en même temps (car ce texte ne vaut que par l'interprétation qu'on en donne), le spectre survit dans l'image. Il réapparait miraculeusement. Ainsi l'image commence-t-elle par la ruine. C'est cette ruine qui a toujours hanté Jacques Derrida.
Quand elle nous arrive, l'image semble globale, inanalysable. Pourtant on peut l'analyser, la critiquer, repérer les traces ou les mots invisibles qui l'habitent, l'autre scène qui vient à l'envers.
Certaines images peuvent-elles chasser la présence? Peut-être, si ce sont des oeuvres.
Qu'en est-il de l'image d'aujourd'hui, telle que saisie par les télétechnologies? Sa logique spectrale envahit tout. Elle déborde l'écriture alphabétique et multiplie les signes hétérogènes, pictographiques ou idéographiques. On touche à la fin du privilège phonétique. |