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Derrida, la peinture                     Derrida, la peinture
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 4 août 2006.

[Derrida, la peinture]

Autres renvois :
     

Derrida, l'art, l'oeuvre

     

La peinture

     

Derrida, le dessin

 
                   
                         

Il y a au moins deux peintures :

- prise dans une rhétorique, elle reproduit de vieux codes intarissables ou des allégories. Elle est, à sa façon, un texte.

- comme Khôra, elle est silencieuse, hors langage, porteuse d'un élément sauvage, irreprésentable, hétérogène à tout discours. Elle déborde le cadre (parergon) dont elle se sert pour se délimiter. Comme dans la série des tableaux de chaussures de Van Gogh, on ne peut arrêter sa productivité. C'est un artefact, un pharmakon.

Cette tension ou duplicité marque la peinture comme tout art.

La peinture, qui est une simple surface, pose la question d'une fiabilité originaire, antérieure à tout contrat symbolique. Elle marque et engage cette confiance dans le mouvement (la marche) du discours.

Sa capacité de restauration est, elle aussi, double :

- comme le dessin, elle rend, elle restitue. Quoi? Pas un objet, mais la vue elle-même. Quand on dit qu'une peinture "rend bien", c'est de cela qu'il s'agit. Elle rend ce qui s'est retiré hors du tableau. Dans la peinture classique, on parle de mimesis, mais l'image produite (qu'elle soit ou non imitative) vient en plus, elle est surabondante.

- elle est peinture de peinture. Ce qui est peint n'est pas l'objet, mais l'essence de la représentation : une seconde présence, une autre présence qui répète la première par pliure. Ceci est un tableau, Je suis la peinture en peinture, dit le tableau.

Religieuse ou sacrée, elle indique ce qu'on n'a jamais peint.

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Propositions

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-

La peinture se passe de langage, demeure hétérogène au discours et lui interdit tout surplomb

-

Dans la peinture, un élément sauvage, irreprésentable, résiste à l'échange entre représentation et discours

-

Khôra est le lieu où la peinture se fait oeuvre

-

Quiconque écrit sur des arts sans voix (peinture, sculpture, musique) est mis en demeure d'adresser des mots, mais à qui?

-

Tout rapport à un tableau implique un mouvement double de rapprochement et d'éloignement, de marque et de marche (Fort/Da)

-

C'est comme s'il y avait deux peintures dans la peinture : l'une coupant le souffle; l'autre volubile, intarissable, reproduisant un vieux langage

-

La peinture rend, restitue, réajuste ou complète ce qui s'est retiré, hors d'usage, hors du tableau

-

[Hypothèse de Jacques Derrida : dans le dessin ou dans la peinture, il s'agit de restituer la vue par suppléance, supplémentation ou substitution]

-

En grec, "pharmakon" signifie la peinture dans le sens de couleur, teinte artificielle

-

La peinture au sens courant est une peinture de peinture : elle révèle l'essence de la pensée comme représentation

-

[On ne peut arrêter le mouvement de sérialité différentielle des tableaux de chaussures de Van Gogh]

-

Pour rendre ou restituer une vérité, la peinture doit être fiable : offrir une alliance originaire, antérieure à tout produit ou objet symbolique

-

Ce qui est commun à l'écriture et à la peinture, c'est que devant le tribunal du logos, elles se révèlent impuissantes à répondre aux questions

-

La peinture dans son milieu abstrait (le mur du musée) se détache doublement, comme produit et comme oeuvre : double marque de pliure et de dissémination

-

Tout tableau dit : "Je suis la peinture en peinture, l'origine de la peinture" - mise en abyme qui le restitue à la représentation

-

L'écriture ne sera jamais la simple peinture de la voix

-

La peinture chrétienne doit se soumettre à une auto-présentation allégorique qui convertit le regard

-

On n'a jamais peint le pénis circoncis du Christ

-

La peinture de Valerio Adami est, comme le travail de Jacques Derrida, un texte

     


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