L'image ne se donne pas dans la transparence. Elle doit être lue, interprétée. Nous croyons voir des formes et des couleurs, mais nous sommes devant du temps. Entre le regard porté sur elle au présent et le faisceau de causalités et de différences qui ont conduit à son montage, elle est le lieu d'une scission du temps (terme employé par Carl Einstein). En elle se multiplient les régressions, les archaïsmes, les primitivismes, les survivances. Il faut la penser, dans une dialectique de l'anachronisme, comme un point critique ou un kaléidoscope, comme une rencontre entre l'histoire, la mémoire et la durée, comme un symptôme. Elle n'a de signification que dans cette temporalité multiple.
L'image est une concrétion temporelle, un cristal de temps. Si elle n'était qu'une imitation ou une illustration, elle serait pétrifiée, mais ce n'est pas le cas. En elle l'être se désagrège. Son rapport au temps est complexe. Elle est comme un tourbillon au centre du processus historique. C'est une ouverture qui élargit le lisible, une boule de feu qui franchit l'horizon du passé. Les traumatismes psychiques y trouvent un champ d'expression, y créent un malaise. |