Il y a eu deux révolutions coperniciennes en histoire. La première à l'époque des Lumières, quand on a voulu lui appliquer la méthode scientifique. La seconde avec Walter Benjamin et d'autres, quand l'historien a renoncé à la fiction des "faits objectifs" et a reconnu que, comme quand nous sortons du sommeil, nous ne pouvons reconstituer le passé qu'à partir du présent. L'historien contemporain s'appuie sur une mémoire sans certitude. Il procède par trouvailles, à partir de traces et d'images dont il ne nie pas le caractère anachronique. Le passé étant définitivement perdu, l'historien contemporain a renoncé à toute substance d'un "autrefois". Pour lui, l'histoire est définitivement hystérique : elle ne se constitue que si on la regarde.
Les historiens professionnels résistent à la seconde révolution. Ils veulent préserver leur objet d'étude, comme certains historiens d'art qui tiennent à enfermer le passé dans des catégories positives.
L'histoire n'est pas close. C'est une structure ouverte qui continue à produire de la différence. Des facteurs irréductibles sont en mouvement (Derrida les nomme : traces, grammes). Ils ne sont lisibles qu'indirectement, à travers des symptômes, des spectres ou des images.
|